Face aux événements récents (meurtre d’Elias à Paris, mineur assassiné par un autre mineur de 16 ans à Dax, meurtre d’une surveillante à Nogent), il faut souligner que le terme de « violence des mineurs » correspond à de multiples structures psychiques. Je laisse de côté la violence groupale lors des moments festifs, c’est-à-dire le refus de s’enraciner dans la société occidentale et la volonté d’en détruire les moments de plaisir, et n’évoquerai ici que les deux sortes d’agresseurs les plus fréquents, tous deux incapables d’anticiper les conséquences durables de leurs actes.
La première catégorie correspond à des mineurs soumis dans leur petite enfance à des négligences et/ou à une exposition précoce à des scènes de violence conjugale, ou dont la famille clanique considère son code de l’honneur comme supérieur aux lois, ou encore qui sont pris dans des guerres territoriales ou ethniques qui leur donnent une identité. Les professionnels accrochés à l’ordonnance de 1945 se trompent en affirmant que la violence de ces mineurs est liée à la période « fragile » de l’adolescence : elle est présente souvent dès la maternelle – un enseignant exerçant en Seine-Saint-Denis m’a un jour demandé ce qu’il fallait dire aux nombreux enfants de 3 ans qui mordent. Dans ce premier groupe, on ne peut pas exclure une certaine dimension culturelle de l’usage du couteau.
Ces individus ont une personnalité fragile, la différence entre la réalité et leurs pensées est poreuse
La deuxième catégorie concerne des mineurs chez lesquels un trouble de la personnalité se révèle à l’adolescence. On peut le supposer en lisant les déclarations de l’auteur du meurtre de Nogent : indifférence totale par rapport aux conséquences de l’acte et au choix de la victime, sentiment d’être plus surveillé que les autres, donc en quelque sorte « persécuté ». L’expertise judiciaire proposera un diagnostic. Mais pourquoi tuer au couteau ?
Ces individus ont une personnalité fragile, la différence entre la réalité et leurs pensées est poreuse. Ils sont également poreux par rapport à l’extérieur, cherchent dans des jeux vidéo violents, les réseaux sociaux ou les informations des modèles auxquels s’identifier, et il est toujours plus facile de choisir des héros destructeurs « justiciers », car construire demande un effort mental supérieur à détruire. De même qu’on parle de « djihadisme d’atmosphère », il existe actuellement des meurtres au couteau d’atmosphère. Aux États-Unis, ce sont des meurtres de masse d’atmosphère à l’arme automatique.
Face à cela, que peut-on faire ? Au niveau pénal, le port d’une arme de catégorie D au sens élargi sans motif légitime devrait entraîner automatiquement une peine de prison ferme, le déferrement ne suffit pas. Et si les courtes peines peu désocialisantes sont adaptées pour les mineurs commettant des délits qui ne mettent pas en cause l’intégrité physique, il faut en l’occurrence une durée plus longue car il s’agit d’armes potentiellement létales. Il y a déjà eu trop de morts en raison de ces attaques.
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Pour lutter contre l’identification à un héros destructeur, il faudrait transmettre sur les réseaux sociaux et les médias un message inverse de l’héroïsme, du genre : « Tuer, c’est minable. » À nous de trouver une réponse alternative.
Enfin, il faudrait confier la responsabilité à des cliniciens expérimentés d’organiser une recherche par croisement de données sur les adolescents meurtriers emprisonnés. Ce n’est que par des études comparant des dizaines de situations qu’on pourra tenter de répondre à la question du « pourquoi ? » autrement que par des généralités. La non-réalisation de ces recherches constitue l’une des formes du déni actuel de la gravité de la situation.

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