
« Le JDD s’intéresse à notre congrès ? Mais quelle idée ! » Au téléphone, un cadre du PS. Pour la première fois, il ne se rendra pas au grand raout de la famille socialiste. En temps normal, il n’aurait manqué ce moment pour rien au monde. Cette année, il n’a pas le cœur à assister à « la cérémonie de reconduction d’Olivier Faure » à la tête du parti. Le 5 juin, le député de Seine-et-Marne a sauvé de justesse son poste de premier secrétaire face au maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol. Notre interlocuteur ne croit pas à la volonté des Fauristes de tendre la main.
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Un gouffre sépare les deux camps : les premiers défendent une alliance large allant de François Ruffin à Raphaël Glucksmann, les seconds aspirent à une candidature sociale-démocrate. « Cette question a été tranchée par le congrès », balaie le député Arthur Delaporte. Pas pour Mayer-Rossignol. S’il reconnaît cette fois la victoire d’Olivier Faure – contrairement au précédent congrès de Marseille dont les résultats furent contestés –, il estime que la faiblesse de l’écart oblige le premier secrétaire à composer : « La direction doit entendre la volonté de changement exprimée par les militants. » Le fera-t-elle ?
Le maire de Rouen hausse les épaules : « Je ne crois que ce que je vois. » Ce qu’il entend n’a rien de rassurant. La députée des Yvelines Dieynaba Diop, dès vendredi après-midi sur la scène du Palais des Congrès, prépare les esprits à de nouvelles alliances électorales avec LFI : « Seule la gauche rassemblée peut faire obstacle au RN. » Mais encore : « Oui, nous voulons que la gauche revienne au pouvoir, mais nous ne pourrons pas le faire seuls. » Certains applaudissent, d’autres bouillent sur leur chaise. « Il a bon dos le péril fasciste ! » maugrée un élu local tendance sociale-démocrate. La rupture avec LFI semblait pourtant faire consensus ces dernières semaines. Mais voilà, les municipales approchent à grands pas. Si Olivier Faure exclut tout accord national, il entretient le flou sur d’éventuelles alliances locales. Interrogée sur ce point, la maire de Nantes Johanna Rolland s’agace : « Pas d’accord national avec LFI, je ne peux pas être plus claire. » Et localement ? Dans sa ville, par exemple, où les Insoumis sont forts ? « J’ai été claire ! » En privé, Faure est plus cash. En cas de législatives anticipées, et face au risque RN, l’alliance avec LFI redeviendra une option : « Je ne confondrai jamais l’extrême gauche et l’extrême droite. »
La faiblesse de l’écart oblige Faure à composer
Dans les couloirs du Palais, les militants dépriment : le congrès ne règle rien. « Nous ne sommes pas plus avancés. Les équilibres au sein du parti restent à peu près inchangés. L’ambiguïté à l’égard de LFI n’a pas été levée », regrette Théo Chinon, secrétaire national de la branche socialiste du parti démocrate américain. Chapeau de cow-boy vissé sur la tête, ce Franco-Américain déplore un parti qui ne s’adresse qu’à lui-même. Soutien d’Olivier Faure, son camarade José, 76 ans, s’en remet à la plateforme commune de la gauche de Rufin à Glucksmann : « Hors du rassemblement, point de salut. » Problème, le patron de Place publique a déjà décliné la proposition. « L’union avec des gens qui n’en veulent pas, tout un programme », raille un éléphant. « Errare humanum est, perseverare diabolicum » [L’erreur est humaine, persévérer est diabolique, NDLR], barrit-il. Avant d’arborer un large sourire à la vue du premier secrétaire : « Comment ça va, Olivier ? »
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