
Le pari était donné perdu d’avance. Mais François Bayrou, habitué à déjouer les pronostics, est sans doute en passe de réussir son coup de poker. Au début de l’année, il avait échappé à la censure en obtenant, là aussi contre toute attente, l’abstention « bienveillante » des socialistes et du Rassemblement national lors de l’examen du budget. Parmi les « gadgets » offerts aux oppositions, cette idée baroque et risquée de conclave, donnant aux organisations patronales et aux syndicats la mission de retravailler la réforme des retraites de 2023, avec le défi de rétablir l’équilibre des finances du régime dès 2030.
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Après des débuts chaotiques marqués par les départs successifs des syndicats FO et CGT ainsi que de l’Union des entreprises de proximité (U2P), les échanges se sont apaisés. Côté syndicats, la CFDT, la CFE-CGC ainsi que la CFTC ont poursuivi les négociations. Comme la CPME et le Medef, celui-ci ayant pour but commun avec le gouvernement d’éviter un retour en arrière sur les 64 ans, potentiellement fatal aux comptes du régime général.
Alors que la dernière séance se tiendra mardi, le patronat peut souffler. Il n’y aura a priori pas de bougé sur le report de l’âge de départ de 62 à 64 ans. La CFE-CGC l’accepte, la CFDT est en passe de se faire une raison. À condition d’obtenir des gestes sur les retraites des femmes (calculées sur les vingt-trois meilleures années plutôt que vingt-cinq ?) et la réintégration des critères de pénibilité supprimés en 2017, que le Medef est disposé à leur offrir.
Deux options sur la résolution du déficit des retraites : la hausse de la CSG pour les retraités les plus aisés ou la moindre revalorisation des pensions par rapport à l’inflation jusqu’en 2030
Ce dernier propose même d’avancer à 61 ans au lieu de 62 ans l’âge de départ anticipé dans les cas d’inaptitude ou d’invalidité. Côté syndicats, seule la CFTC freine vraiment. Le syndicat demande à être entendu sur l’avancement de l’âge de la décote (à partir duquel un départ à taux plein est assuré quel que soit le nombre de trimestres cotisés) à 66 ans au lieu de 67 ans. Le Medef s’y oppose, arguant que la menace sur le financement des retraites est trop lourde.
Cette fin de non-recevoir ne devrait pas empêcher les négociations d’aboutir car la signature de la CFTC n’est pas requise pour un accord, que le Premier ministre s’est engagé à soumettre au Parlement. Quant à la résolution du déficit des retraites, l’animateur des débats, Jean-Jacques Marette, a posé deux options sur la table : la hausse de la CSG pour les retraités les plus aisés ou la moindre revalorisation des pensions par rapport à l’inflation jusqu’en 2030. Un point qui devrait être tranché mardi 17 juin. Quid de l’attitude du RN et du PS en cas d’accord ? Si l’imprévisibilité des premiers est de mise compte tenu de la fébrilité liée au sursis judiciaire de Marine Le Pen, les seconds pourraient rester l’arme au pied, contraints par la signature de la CFDT.
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