Le JDD. Le Parti socialiste compte quatre fois moins d’adhérents qu’au moment de l’élection de François Hollande, en 2012. Sa candidate pour la dernière élection, Anne Hidalgo, a récolté le score historiquement bas de 1,7 %. Comment expliquer un tel déclin ?
Stéphane Rozès. Cela résulte du télescopage entre des raisons structurelles qui travaillent la société en profondeur d’une part, et des raisons conjoncturelles d’autre part. La chute du mur de Berlin a libéré les forces du marché. à partir du milieu des années 1990, les Français ont vu en la nation et la République des abris face à la déferlante de la globalisation néolibérale et postnationale. C’est le moment où, à contretemps, la direction du Parti socialiste acte la rupture avec les catégories populaires pour s’orienter vers un projet anglo-saxon, a-républicain, visant à fédérer les « minorités », tel que préconisé en 2011 par la note de Terra Nova, un think tank d’influence néolibérale de gauche et « progressiste ».
Cette orientation fédérera bourgeoisie transnationale, technocrates et petite bourgeoisie intellectuelle wokiste, mais éloignera le PS de l’imaginaire français et de ses bases électorales. Dans le même temps, le nouveau cours des choses empêchant de se projeter dans la construction politique d’un avenir commun, la dispute sociale s’estompera au profit de tropismes bonapartistes verticaux à forte incarnation, relativisant le conflit gauche/droite. A contrario, le président Hollande, écoutant ceux qui voulaient unifier les appareils de gauche, laisse entendre qu’il participerait à une primaire. Privé de son capital symbolique présidentiel, il doit renoncer à se représenter et entraîne le PS dans sa chute.
Olivier Faure a exclu une alliance avec Jean-Luc Mélenchon en vue de la présidentielle. Le PS a-t-il un espace face à l’hégémonie de La France insoumise à gauche ?
LFI a prospéré sur la ruine idéologique et politique du PS, mais n’a pu s’y substituer. Seul un quart des Français vote à gauche, et LFI est considérée comme la formation la plus dangereuse pour la démocratie. Par impatience et inculture, Jean-Luc Mélenchon a rompu avec la République, après la présidentielle de 2017, pour une stratégie de la tension fondée sur un « populisme de gauche », fédérant les minorités antisystèmes, islamistes compris, à partir d’une analyse de la période jugée pré-révolutionnaire, alors que les Français aspirent au retour de l’autorité politique et des normes dans tous les domaines.
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« La social-démocratie se porte mal dans le reste de l’Europe »
Le charisme de Mélenchon galvanise la gauche en la radicalisant – en témoigne la thématique Gaza –, mais la marginalise dans le même temps. Sans retour vers ses fondamentaux historiques – la nation, sa souveraineté et la République –, le Parti socialiste actuel disparaîtra. La nature des débats et les votes militants laissent augurer qu’il n’en a pour l’heure ni les moyens intellectuels ni la force. Le PS n’a pas pris la mesure du retour de la nation et de la République.
Comment se porte la social-démocratie dans le reste de l’Europe ?
Mal. Chaque pays a sa culture politique et ses enjeux, mais globalement, la fin de l’ennemi communiste a rendu caduc le compromis sociopolitique européen : la prospérité pour le plus grand nombre contre la paix sociale, dont la social-démocratie était le garant. Les sociaux-démocrates ont accompagné le mouvement de dérégulation des États-nations de l’Union européenne au nom d’un internationalisme dévoyé, au moment où la question nationale – dont l’immigration est le condensé des dimensions culturelle, politique et sociale – revient avec force en Europe.

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