Le dossier est plus que sensible. Car si la piste se précisait, il pourrait s’agir de la première tentative d’assassinat sur un représentant des forces de l’ordre attribuée aux narcotrafiquants marseillais de la DZ Mafia. L’affaire remonte au 10 mai dernier, peu après minuit. Des tirs d’arme à feu sont entendus sur la voie publique dans un quartier sensible d’Aix-en-Provence. Un gendarme âgé de 27 ans est retrouvé criblé de balles au pied d’un immeuble, alors qu’il rentrait en voiture chez ses parents.
Originaire de la ville mais en poste en Seine-Saint-Denis, la victime est transportée à l’hôpital en urgence absolue. Opéré, l’homme est aujourd’hui sorti du coma. Mais les séquelles seront importantes. Une dizaine d’impacts ont été relevés, aux pieds, aux jambes et aux fesses. Une « jambisation » en règle, comme on surnomme ce mode opératoire qui consiste à viser les membres inférieurs en guise d’avertissement.
Le gendarme a pu récemment être entendu par les enquêteurs. Selon ses premières déclarations, ses agresseurs auraient revendiqué leur appartenance à la DZ Mafia, détaille au JDD une source proche du dossier. Réclamation réelle ou d’opportunité ? Les suspects, en fuite, sont activement recherchés. Reste que l’identité de leur victime ne faisait, semble-t-il, pas de doute, puisqu’ils auraient crié son nom de famille avec cette menace : « T’es mort. » Un membre de la famille est lui aussi persuadé que ces faits sont liés à sa qualité de gendarme. Car le jeune militaire a fait, il y a quelques semaines, l’objet d’intimidations dans un salon de coiffure d’Aix-en-Provence, ce qui l’avait conduit à porter plainte contre des jeunes connus pour leur implication dans un point de deal local. Est-ce là l’origine du différend ? Le mobile est à ce jour inconnu.
Signe d’une complexité certaine, le dossier a été repris en main par la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille, des magistrats experts dans les dossiers de criminalité organisée. Après le dessaisissement du parquet de Marseille au profit de la JIRS, une information judiciaire a été ouverte pour « tentative d’homicide volontaire avec préméditation en bande organisée sur personne dépositaire de l’autorité publique » et « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime en bande organisée ». « Toutes les pistes sont explorées », indique une source judiciaire.
« Tié le prochain »
Du côté des investigations de la police scientifique, une dizaine d’impacts de balles ont été retrouvés sur le goudron, douze étuis de calibre 7,62 mm et deux ogives ont été saisies. Par ailleurs, selon les informations du JDD, les enquêteurs ont relevé sur les caméras de surveillance la présence du véhicule suspect dans le quartier pendant quatorze minutes au moment des faits. Avec, à son bord, plusieurs individus « semblant chercher quelqu’un », rapporte une source policière. Deux jours plus tard, les policiers ont retrouvé une voiture familiale correspondant au signalement alors qu’elle était stationnée dans un autre quartier de la ville. Des résidus de tirs ont été isolés à l’intérieur de l’habitacle. Mais, pour l’heure, pas de trace d’ADN ou d’empreinte digitale permettant de faire avancer l’enquête.
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Les policiers de la brigade criminelle de Marseille poursuivent les investigations. Dans son parcours de militaire, le jeune homme s’est vu confier plusieurs responsabilités autour des valeurs de cohésion et d’équipe. Car avant d’être gendarme, il s’était fait un nom dans le milieu des jeux vidéos, parvenant même à se hisser parmi les meilleurs joueurs français et remportant plusieurs prix. Aujourd’hui, c’est la famille toute entière qui est menacée. Un de ses proches s’est fait récemment taguer son capot de véhicule, avec ce message : « Tié le prochain. »
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