
La série noire continue, s’étranglent les défenseurs de l’écologie normative. ZFE, proposition de loi de levée des contraintes agricoles, assouplissement du « zéro artificialisation nette des sols »… « Je ne suis pas content de ce que j’ai pu voir ces derniers jours », a tancé Emmanuel Macron, appelant son gouvernement à maintenir le cap. Le président de la République réagissait à la goutte d’eau de trop, tombée quelques jours plus tôt : le 4 juin, Valérie Létard, la ministre du Logement, avait annoncé la suspension du dispositif MaPrimeRénov’.
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Au 1er juillet, le guichet de demandes d’aides pour la rénovation énergétique des logements, lancé en 2020, va fermer. Depuis des mois, il était dans le collimateur, accablé par des rapports parlementaires et administratifs accumulés. Le dispositif est notamment gangrené par une fraude industrialisée, diagnostiquait une note confidentielle de l’Inspection générale des finances révélée par Le Point en novembre dernier, qui s’inquiétait en particulier de contrôles infimes (3 % en 2023) au vu des milliards mobilisés. Le tout pour des gains énergétiques qui s’avèrent en moyenne inférieurs de moitié aux estimations…
La suspension découle d’abord des finances publiques, le crédit budgétaire étant beaucoup trop entamé à mi-année avec 2,3 des 3,6 milliards d’euros engagés. La hausse du prix des matériaux, mais surtout le nombre record de dossiers et la hausse significative des fraudes – suspectées dans 16 000 dossiers, un sur dix, selon le ministre des Finances Éric Lombard – ont conduit à couper le robinet. Seuls les dossiers de copropriété continueront d’être instruits pendant l’été, tandis que les demandes dites « monogestes » (isolation ou chauffage) seront mises en pause. L’annonce a fait hurler les fédérations du BTP, qui dénoncent une menace immédiate pour 100 000 emplois.
Le DPE n’a pour l’instant été atténué que par des sursis octroyés aux logements les moins bien classés
Après le coup de pression du chef de l’État, MaPrimeRénov’ reviendra dès le 15 septembre, mieux calibré, a assuré la ministre, et le système d’aide sera « complété avec plusieurs centaines de millions d’euros de certificats d’économie d’énergie », un dispositif financé par les entreprises. S’il n’est pour l’instant pas remis en cause, le diagnostic de performance énergétique (DPE), qui sert de base de calcul, se retrouve un peu plus dans le viseur. Décrié pour son opacité, pour son mode de calcul arbitraire étrillé par la Cour des comptes, et pour ses effets délétères sur le marché du logement, le DPE n’a pour l’instant été atténué que par des sursis octroyés aux logements les moins bien classés.
« Ce système technocratique, ruineux et inefficace appelle un abandon du DPE », cingle le député RN de l’Aude Frédéric Falcon. Pas au programme pour Valérie Létard, qui a convié « tous les acteurs du secteur pour travailler aux modalités de cette suspension temporaire (sic) » ce mardi 17 juin. Sans attendre, la Fédération française du bâtiment a appelé vendredi à « des mobilisations de terrain » pour protester « dès le 2 juillet ». L’été sera chaud.
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