Souvenez-vous. 3 août 2024. La fameuse « roulette » des tatamis. Les catégories de poids défilent sur l’écran géant et dans une Arena du Champ-de-Mars incandescente, le hasard désigne la catégorie des poids lourds pour le duel décisif. Bingo ! Teddy Riner catapulte le colosse japonais Tatsuru Saito et offre un deuxième titre olympique par équipe à la France. Le public découvre que le judo n’est plus seulement un sport de combat individuel, mais aussi un show collectif totalement addictif.
« Depuis l’été dernier, le judo a basculé dans une nouvelle dimension, m’explique Stéphane Nomis, le président de la Fédération française. Je ne pensais pas que ça prendrait aussi vite, mais c’est un concentré de ce que le judo peut proposer de mieux, avec une dramaturgie totalement folle qui embarque tous les spectateurs, y compris les néophytes. » Vendanges tardives pour une épreuve lancée pour la première fois à Paris en 1994, à l’initiative de la France. Les débuts sont chaotiques. Peu d’équipes engagées, une fréquence aléatoire, un succès mitigé.
C’est bénéfique, le judo a tout à y gagner
Teddy Riner
Les puristes renient cette épreuve longtemps considérée comme une « extra-balle » pour ceux qui se seraient ratés en individuel. En 2017, le format par équipe mixte est adopté et il entre officiellement au programme olympique à Tokyo en 2021. « C’est une évolution bénéfique, me confie Teddy Riner. Le judo a tout à y gagner car c’est un prolongement naturel de notre engagement en individuel, avec de nouvelles sensations et une opportunité unique de mettre en avant toutes les valeurs du judo. » Comme l’entraide, la générosité ou encore l’humilité.
Septièmes seulement aux championnats d’Europe en avril dernier, les Bleus encaissent une déculottée historique. De quoi attiser leur soif de revanche. Tous les médaillés des JO de Paris sont là, sauf Teddy Riner, contraint de renoncer il y a un mois – « Mes sensations ne sont pas encore à 100 % » –, et Clarisse Agbegnenou. La tâche sera forcément plus compliquée. « Le niveau mondial progresse vite et les marges se resserrent, ajoute Frédérique Jossinet, manager général des équipes de France. Tenir notre rang reste une priorité absolue et plus que jamais, notre force devra être collective. »
Pour optimiser les chances, six judokas exclusivement préparés pour le combat par équipe ont fait le voyage. Le judo se transforme. Pour preuve, le lancement la saison prochaine en France de la Judo Pro League, un championnat professionnel par équipe mixte qui vise à valoriser les clubs formateurs, et qui sera désormais qualificatif pour la Ligue des champions.
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Une innovation qui a suscité la colère d’une grande partie de l’équipe de France et de 18 clubs, dont le puissant Paris Saint-Germain. « C’est une décision injuste et non concertée pour les signataires de la lettre ouverte. L’ajout de quatre à six nouvelles dates par an soulève de profondes inquiétudes, notamment sur la santé physique et mentale des athlètes. »
Une crise de croissance assumée. « Je ne peux pas faire seulement en fonction du PSG, répond Stéphane Nomis. C’est le sens de l’histoire. Il ne faut pas être égoïste, mais penser aux autres clubs, aux judokas qui sont dans l’antichambre du haut niveau et qui vont pouvoir vivre du judo grâce à cette Pro League. » Le dirigeant espère trouver rapidement un terrain d’entente avec les frondeurs. En attendant, les Bleus par équipe sont attendus au tournant dès vendredi sur les tatamis de Budapest.
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