Le 50e sommet annuel du G7 se déroule sous haute tension. Dans les Rocheuses canadiennes, à Kananaskis, le club des grandes démocraties industrialisées (Allemagne, Royaume-Uni, Canada, États-Unis, France, Italie et Japon) se réunit du 15 au 17 juin dans un contexte international explosif. Deux guerres font désormais rage dans l’environnement immédiat de ces pays. À celle d’Ukraine s’ajoute maintenant la confrontation entre Israël et l’Iran.
Et à ces tensions géopolitiques s’agrègent les tensions commerciales. La guerre économique lancée par les États-Unis depuis le retour de Donald Trump au pouvoir est un sujet tout aussi volcanique au cœur des tractations. Le locataire de la Maison-Blanche menace d’instaurer des droits de douane de 50 % sur les biens en provenance du continent européen à partir du 9 juillet, contre 12,5 % aujourd’hui. L’Union européenne, présente en tant qu’invitée comme c’est le cas depuis 1977, espère bien le faire renoncer.
« L’Union européenne doit se faire respecter »
À leur arrivée au Canada, Ursula von der Leyen et Antonio Costa ont tout de suite affiché la couleur. Signe de leur détermination, la présidente de la Commission européenne et le président du Conseil européen ont organisé une conférence de presse en pleine nuit. « Gardons les échanges entre nous équitables, prévisibles et ouverts. Nous devons tous éviter le protectionnisme », a mis en garde l’ancienne ministre de la Défense allemande.
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Dans la forme, ce message de fermeté rassure l’eurodéputé RN Aleksandar Nikolic. « L’Union européenne doit se faire respecter sur le sujet des droits de douane. D’autant que Donald Trump ne comprend que le rapport de force », assure-t-il auprès du JDD. Dans le fond, le porte-parole du parti ne partage pas totalement le discours libre-échangiste d’Ursula von der Leyen : « La baisse des droits de douane entraîne un manque de recettes importantes. Elles représentaient 50 % du budget de l’UE en 1980. C’est plus ou moins 14 % aujourd’hui ».
Mais au-delà des recettes fiscales, c’est la balance commerciale qui importe à Donald Trump. C’est précisément la raison pour laquelle il a lancé une guerre économique contre une bonne centaine de pays et de blocs géographiques. Parmi eux, l’Union européenne le met particulièrement en rogne. La cause : son excédent commercial de 48 milliards d’euros avec les États-Unis. Avant tout parce que les Américains dépensent plus que ce qu’ils produisent, ce qui implique nécessairement de s’approvisionner ailleurs. Avec les droits de douane, le dirigeant républicain espère donc rééquilibrer sa balance commerciale en incitant les entreprises américaines à relocaliser la production. Et en forçant la main des Européens à davantage importer d’outre-Atlantique.
La stratégie de Donald Trump a toutefois l’inconvénient majeur d’augmenter les prix pour les consommateurs américains. Mais paradoxalement, ce lien de causalité n’est pas encore visible. « Ça s’explique par le fait que les prix de l’énergie ont baissé et qu’une partie des vendeurs ont compensé en rognant sur leur marge, explique le chef économiste de la Financière de la Cité, Nicolas Goetzmann, au JDD. Mais la hausse des prix finira bien par affecter les consommateurs américains et les importations seront moins nombreuses », avance-t-il.
Baisse des tensions UE – USA
En Europe, les conséquences de la guerre commerciale sont également difficiles à mesurer. Car le mois qui a précédé l’instauration des droits de douane, l’importation en provenance d’outre-Atlantique a explosé. Pour limiter les dégâts et désamorcer le conflit entre les États-Unis et l’Union européenne, l’Allemagne a récemment jeté un pavé dans la mare. Le chancelier Friedrich Merz s’est dit ouvert à l’idée d’importer davantage de matières premières en provenance des États-Unis, comme le souhaite Donald Trump pour rééquilibrer sa balance commerciale.
À quelques jours du sommet du G7, l’administration américaine a également fait un pas vers les Européens. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a assuré que la pause des droits de douane pourrait être prolongée après le 9 juillet. « Les États-Unis ont fait baisser la pression avant le G7 pour qu’une vraie plateforme de discussion puisse avoir lieu », analyse l’économiste Nicolas Goetzmann. « Les dirigeants français, italiens et allemands sont des acteurs clés avec qui Trump veut entrer dans le dur des négociations », poursuit-il.
La Chine, adversaire commun ?
Selon le quotidien allemand Handelsblatt, des premières avancées auraient déjà eu lieu ce lundi 16 juin. L’UE serait désormais prête à accepter un tarif douanier généralisé de 10 % sur ses exportations si Donald Trump renonce à l’instauration de surtaxes plus élevées. En retour, le continent serait également ouvert à réduire ses droits de douane sur les véhicules fabriqués aux États-Unis. Mais aussi éventuellement à modifier certains obstacles techniques ou juridiques afin de faciliter la vente de véhicules américains en Europe.
« Les États-Unis et l’UE ont un intérêt commun à mettre en place une stratégie contre les distorsions économiques chinoises »
Lors des pourparlers, les États-Unis et l’Union européenne pourraient même enterrer la hache de guerre en prenant en grippe un autre géant : la Chine. Car si le déficit commercial américain est élevé avec l’UE, il est exorbitant avec l’empire du Milieu. Sur l’ensemble des biens et services, il dépasse les 260 milliards d’euros. « Les Européens s’inquiètent face aux tensions transatlantiques alors que le vrai défi est la Chine », pointe Elvire Fabry, chercheuse en géopolitique du commerce à l’Institut Jacques-Delors. « Les États-Unis et l’UE ont un intérêt commun à mettre en place une stratégie contre les distorsions économiques chinoises », abonde Nicolas Goetzmann.
Au vu des enjeux, le risque de répéter le fiasco de 2018 est mince. Donald Trump avait quitté tambour battant le dernier sommet du G7 au Canada… à cause des critiques sur ses droits de douane.
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