Même lorsque l’on a échoué dans sa propre vie, il reste possible de lui redonner un sens en aidant les autres. C’est là toute la morale (mais aussi le fil rouge) soigneusement déroulée par Jason Keller, le créateur de Stick. On suit ici Pryce Cahill, ancienne gloire du golf désormais quinquagénaire, dont la carrière a brutalement volé en éclats deux décennies plus tôt après qu’il en était venu aux mains avec un rival devant les caméras. Séparé de sa femme, licencié du magasin de sport où il travaille, il sombre peu à peu… Jusqu’au jour où il croise la route d’un jeune prodige, Santi, qu’il décide de prendre sous son aile. D’autant plus que leur passé familial révèle de troublantes similitudes.
« Je voulais explorer ce que cela fait de se réveiller, vingt-cinq ou trente ans plus tard, et de réaliser qu’on a peut-être raté sa chance. D’un point de vue psychologique, je trouvais cela très fort. Comment un homme peut-il vivre avec ce poids ? Comment se reconstruit-on ? » explique le showrunner, connu notamment pour avoir collaboré à l’écriture de Le Mans 66 (2019), le long métrage de James Mangold.
Un comédien au charme si singulier
Une histoire de rédemption donc, magistralement incarnée par Owen Wilson dans un rôle taillé sur mesure : il livre ainsi une partition au cordeau, dans la peau d’un clown mélancolique au swing autrefois légendaire et désormais has been. Tout en nuances, par ses sourires en coin, son œil tantôt voilé de tristesse et tantôt pétillant de malice, le blondinet d’Hollywood insuffle une grande profondeur au récit.
« J’ai découvert un être vulnérable, att
entionné, curieux »
En ce sens, la scène où un ancien fan le reconnaît dans un bar pour aussitôt recenser ses exploits tout en le tournant en ridicule est aussi hilarante que touchante. « Owen est un acteur très attachant, mais aussi un homme d’une grande sensibilité, poursuit Jason Keller. J’ai découvert un être vulnérable, attentionné, curieux. Exactement ce que je voulais pour Pryce Cahill ! Son interprétation a véritablement enrichi le personnage en lui apportant une chaleur humaine incroyable. Tous les autres acteurs ont formé une véritable famille autour de lui. »
Et on retrouve avec plaisir ce comédien au charme si singulier, pas toujours très « heureux » dans ses choix de films récents mais ô combien marquant dans des succès variés comme La Famille Tenenbaum (2001), de Wes Anderson, Starsky et Hutch (2004), de Todd Phillips, ou encore Minuit à Paris (2011), de Woody Allen. Au fil des épisodes, on pense tour à tour à Rasta Rockett (1993), de Jon Turteltaub, pour cet ancien champion qui revit par procuration, à Little Miss Sunshine (2006), de Jonathan Dayton et Valerie Faris, pour le road trip familial, et même à la série Ted Lasso pour la façon dont le sport sert à explorer les failles des uns et des autres.
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Mais c’est dans la mécanique d’une vieille série américaine, All in the Family (1971-1979), qui a bercé son enfance, que le scénariste a en partie puisé son inspiration : « Une vraie sitcom à l’ancienne que je regardais beaucoup : très émouvante et conflictuelle à la fois, sur les liens familiaux. Les personnages s’aimaient tout en se provoquant sans arrêt. Ce genre de dynamique m’a beaucoup marqué. » Souvent drôle, parfois bouleversante, dérangeante même par instants, Stick passe d’une émotion à l’autre de bout en bout, sans jamais perdre son cap.
Mention spéciale au choix du golf, un univers peu exploré en fiction, mais qui a l’avantage d’échapper aux cadres des clichés tout en testostérone d’autres disciplines, laissant ainsi plus d’espace aux personnages. Les amateurs apprécieront d’ailleurs les scènes très spectaculaires où la petite balle blanche roule et vole avec grâce.
Stick ★★★, de Jason Keller, avec Owen Wilson, Peter Dager, Marian Treviño. Dix épisodes de 30 minutes. Disponible sur Apple TV+.
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