
« Une aberration. » Julien, habitué des trains, n’a pas de mots assez durs pour qualifier sa mésaventure. Lundi soir, de retour du bassin d’Arcachon avec sa compagne, ce titulaire du statut « Grand Voyageur Le Club » – l’un des plus élevés du programme de fidélité SNCF – s’est vu infliger une amende de 100 euros. Motif : un billet TER payé 5 euros au lieu de… 5,10 euros. « Je pense n’avoir jamais vécu un tel abus de pouvoir », souffle-t-il au Parisien.
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Chaque année, ce cadre dépense entre 4 000 et 5 000 euros en billets de train, précisent nos confrères. Cette fois, il avait réservé un trajet combiné Biganos-Bordeaux (en TER) puis Bordeaux-Paris (en TGV), pour un total de 274 euros à deux, carte Avantage incluse. Grâce à une carte régionale, une réduction supplémentaire s’applique sur son TER. Résultat : 5 euros le billet au lieu du tarif habituel de 5,10 euros. Mais à bord du train de 19h53 – pris en avance, comme normalement autorisé en Nouvelle-Aquitaine –, une contrôleuse l’interpelle lui et son épouse : le tarif dont il a bénéficié serait en fait une « promotion » et dans ce cas bien précis, le billet n’est valable que pour un train spécifique.
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« L’agente m’a alors prévenu que la police m’attendrait à la descente. C’était lunaire »
En prenant celui de 19h53 plutôt celui de 19h55, comme indiqué sur leurs tickets, Julien et son épouse ont commis, sans le savoir, une infraction. Face à eux, la contrôleuse se montre intransigeante. Elle prévient le couple qu’elle va leur délivrer une amende individuelle de 50 euros, pour absence de titre de transport. « Nulle part ce point n’était mentionné au moment de l’achat », affirme Julien, avant d’exploser : « Pour 10 centimes ! » Il refuse de payer, ne signe rien, et ne présente pas sa carte d’identité. Sa compagne, elle, s’exécute. Résultat : l’amende de l’homme grimpe à 100 euros. « L’agente m’a alors prévenu que la police m’attendrait à la descente. C’était lunaire », raconte-t-il.
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Sur le quai, cinq agents de la Sûreté ferroviaire l’attendent, avant l’arrivée de la police nationale. « Je savais que je raterais mon TGV, j’ai demandé à ma compagne de continuer seule. Elle était en pleurs. » Finalement, après discussion, Julien présente ses papiers. Mais la SNCF n’en reste pas là : un PV pour outrage à agent lui est également notifié pour avoir refusé de donner sa carte d’identité à l’agente assermentée et, selon la compagnie de transports, avoir proféré des insultes à l’encontre de la contrôleuse. Julien risque jusqu’à 7 500 euros d’amende.
La SNCF assume. « Notre agent a appliqué la procédure », répond la compagnie au Parisien, avant d’ajouter qu’elle se montre « très compréhensive » lorsqu’une réclamation est déposée. Une « compréhension » toute théorique, visiblement, à bord. « Je dépense des milliers d’euros par an en billets de train, et j’aurais tout fait pour payer un billet de TER 10 centimes moins cher alors que le voyage m’a coûté 274 euros ? Cela n’a pas de sens », s’offusque Julien, qui se dit humilié après avoir été traité « comme un délinquant ». Le fidèle voyageur ne conteste pas le règlement. Il dénonce son application aveugle :« J’ai fait face à un mur ».
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Derrière la lutte contre la fraude ou les incivilités, la RATP et la SNCF laissent en effet parfois place à des dérives qui ciblent en priorité ceux qui peuvent payer, comme l’a révélé il y a quelques semaines le JDD. Quitte à fermer les yeux sur les autres resquilleurs… L’Institut pour la justice a récemment réclamé une enquête sur les amendes de la régie parisienne fondées sur des motifs lunaires ou ciblant des personnes au faciès, auprès de la Défenseure des droits, Claire Hédon. Une procédure similaire pourrait-elle bientôt être lancée contre la SNCF ?
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