
« On savait qu’il y aurait des détracteurs. Mais nous ne pensions pas que cela prendrait cette ampleur… » Moulins, 20 000 habitants, au cœur de l’Allier. Dans quelques semaines, du 11 au 13 juillet, 350 bénévoles raconteront dans la petite cité bourbonnaise 2000 d’histoire de France. Baptisé Murmures de la Cité, le spectacle doit accueillir plus d’un millier de spectateurs. Une fresque historique géante, « inspirée de la Cinéscénie du Puy du Fou », nous explique Guillaume Senet, président de l’association Murmures de la Cité. Ce projet d’une vie, pari audacieux au sein du département rural de l’Allier, fait aujourd’hui face à une campagne médiatico-politique de grande ampleur.
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Un spectacle bourbonnais
Tout avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices. Il y a deux ans, Guillaume Senet, bouillonnant doctorant en droit, imaginait un spectacle inédit : raconter l’Histoire de France sous le prisme de la région bourbonnaise (Saône-et-Loire). Très vite le concept séduit, et prends corps avec le soutien des habitants de la région. Les subventions publiques sont au rendez-vous, les bénévoles affluent, et le prestigieux Centre National du Costume et de la Scène accepte d’accueillir l’évènement.
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« Cette grande fresque historique vient rendre hommage et transmettre notre histoire, celle du Bourbonnais »
« Cette grande fresque historique vient rendre hommage et transmettre notre histoire, celle du Bourbonnais ». À l’évocation de son spectacle, Guillaume Senet a la voix qui vibre : « Notre région est riche d’une histoire exceptionnelle. Il faut la faire revivre ! » Objectif affiché : « Donner une tribune à la population bourbonnaise, que les habitants puissent se rencontrer en faisant rêver les plus jeunes et les plus âgés », lance plein de fougue le jeune homme de 24 ans. D’un budget de 170 000 euros, le spectacle bénéficie de subventions publiques de la ville de Moulins, du département et de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
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Le mois de juillet approche, les répétitions s’enchaînent, et la presse locale chante les louanges de cette « production locale et pas moins ambitieuse ». Quand soudain, patatras. Les nuages s’amoncellent soudain au-dessus des 350 bénévoles, et des dizaines d’animaux qui composent le spectacle.
Polémique subvention
À l’origine de la polémique, se trouve une subvention. Celle accordée à l’association Murmures de la Cité par le Fonds du Bien Commun, co-fondé par le milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin. Rapidement, le spectacle historique et son président se retrouvent au cœur d’un maelstrom d’attaques aussi féroces qu’inattendues.
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« C’est un projet inspiré du Puy du Fou au service d’un récit nationaliste et clérical […], d’une idéologie ultra-conservatrice, identitaire sexiste et autoritaire »
« C’est un projet inspiré du Puy du Fou au service d’un récit nationaliste et clérical […], d’une idéologie ultra-conservatrice, identitaire sexiste et autoritaire », assène la CGT de l’Allier dans un communiqué. « Les organisateurs sont des racialistes catholiques », canonne de son côté le syndicat FSU. Une référence directe à l’engagement de Guillaume Senet au sein d’une association catholique conservatrice. À la tête de l’offensive anti-Murmures de la Cité, l’on retrouve le député communiste Yannick Monnet. Ce dernier a demandé le retrait des subventions publiques à l’évènement pour non-respect des « valeurs républicaines ».
Des accusations qui provoquent l’incompréhension et la colère du principal intéressé. « Selon moi ce sont des personnes qui n’aiment pas la France, cingle Guillaume Senet. On essaie de faire découvrir l’histoire de France, dans une dynamique d’union, et on a des gens qui nous accusent d’être séparatiste et anti -républicain ».
Demande de retrait des subventions
Un discours qui ne convainc pas Aline Jeudi, secrétaire fédérale du Parti socialiste de l’Allier. « Ce spectacle est une réécriture complète de l’histoire avec une vision totalement biaisée, pas du tout culturelle », dénonce l’ancienne candidate de la NUPES auprès du JDD. La responsable demande le « retrait des subventions publiques à ce spectacle organisé par une association identitaire d’extrême droite. Nos impôts ne doivent pas financer ce type d’évènement ».
« Avec d’autres partenaires de gauches nous allons sans doute organiser une action si les subventions ne sont pas retirées »
Si elle reconnaît que la population locale a accueilli « favorablement » ce spectacle, Aline Jeudi refuse de céder aux « menaces de l’extrême droite ». Et annonce que le combat ne fait que commencer : « Avec d’autres partenaires de gauches nous allons sans doute organiser une action si les subventions ne sont pas retirées ». Le groupe d’opposition Gauche démocrate et citoyenne (GDC) a demandé ce jeudi le retrait de la subvention de 2.500 € attribuée par le Département au spectacle. Sans succès.
Un spectacle politisé ?
Droit dans ses bottes, le président de Murmures de la Cité récuse en bloc les accusations qui ciblent le spectacle historique. Et assume pleinement la subvention du Fonds du Bien commun : « Je n’ai pas à me repentir de quoi que ce soit. Je tiens à remercier cet organisme pour son engagement en faveur de la culture ».
Les charges d’un spectacle politique et anti-laïcité ? « Ce sont des mensonges. Nous n’avons jamais été politisés. Avec ces faux laïcistes, la laïcité c’est tout sauf le catholicisme. L’histoire de France a une dimension catholique, et on ne peut pas le nier », martèle le Bourbonnais de souche. « Certains bénévoles nous ont quittés victimes de cette campagne de dédiabolisation, déplore-t-il. Mais la majorité est resté, et nous soutient ».
La mairie de Moulins elle, a réaffirmé son soutien au spectacle lors d’un conseil municipal qui s’est tenu ce vendredi soir. Sur le site de l’office de tourisme, la publicité pour le spectacle avait brièvement été retirée par les services, avant d’être remise en ligne sur demande du Conseil départemental.
Une situation tendue
Au fur et à mesure que le Jour J approche, la situation se tend dans la petite bourgade de 20 000 habitants. Murmures de la Cité se retrouve contraint de faire appel à une boîte de sécurité privée, afin d’assurer la protection du site et des spectateurs. « Il y a des élus de gauche qui sont allés dans les commerces de Moulins pour retirer les affiches du spectacle. Des figurants se sont fait agresser dans les marchés. C’est scandaleux », fulmine Guillaume Senet.
« Les figurants et les spectateurs ont tous hâte. Il y a beaucoup de joie et de sérénité, malgré les tentatives d’intimidation »
Malgré les attaques, le metteur en scène reste confiant. « On a vendu plus de 1000 places. L’enthousiasme est au rendez-vous. Les figurants et les spectateurs ont tous hâte. Il y a beaucoup de joie et de sérénité, malgré les tentatives d intimidation. Le spectacle est prêt, l’association ne reculera pas. L’intérêt de tous est dans le soutien à un tel projet. » Une cagnotte a été lancée afin de soutenir le spectacle. Elle a pour l’instant recueilli plus de 6 000 euros.
Contactés par le JDD, ni la mairie de Moulins, ni le député Yannick Monnet, n’ont répondu à nos sollicitations.
Source : Lire Plus






