Le haut-commissaire au plan, Clément Beaune, tire la sonnette d’alarme : le niveau des élèves français s’effondre. Rapports Pisa, études nationales et internationales, la France, autrefois modèle de réussite scolaire, est désormais en plein décrochage. Et les perspectives d’avenir sont peu reluisantes. Derrière cet affaissement généralisé, la marque d’importantes disparités géographiques, notamment entre le monde rural et les grandes aires urbaines. Avec un constat clair : le niveau scolaire des jeunes ruraux baisse inexorablement.
Excellence Ruralités, réseau associatif d’écoles privées situées au cœur du monde rural, révèle des chiffres alarmants. Français, mathématiques, les élèves scolarisés dans des bourgs ou petites villes ont 10 à 12 % de difficultés en plus que la moyenne nationale dans ces matières. Alors que l’épreuve nationale du brevet des collèges aura lieu jeudi, ces mêmes élèves accusent, là aussi, une nette sous-performance, avec des notes inférieures jusqu’à 15 % par rapport au reste du pays. Soucieux de s’ériger en observatoire des inégalités éducatives en milieu rural, Excellence Ruralités promeut un modèle : le Cours Clovis, une école unique en son genre aux méthodes éprouvées, où les élèves issus des 10 % les plus défavorisés obtiennent, au brevet, le même niveau de réussite que les 10 % les plus favorisés du pays.
C’est dans la ville la plus pauvre de la région la plus pauvre de France que Jean-Baptiste Nouailhac a choisi d’inaugurer son projet il y a huit ans. Le Cours Clovis, à La Fère, en Picardie, promet de remettre l’école au centre du village. Au programme, la culture de l’excellence et une méthode d’enseignement ultrapersonnalisée pour accompagner des jeunes en plein décrochage scolaire. Classes réduites, éducateurs triés sur le volet, sorties culturelles régulières, tout est fait pour redonner confiance à ces jeunes élèves – du primaire à la troisième – souvent issus de milieux sociaux difficiles.
La Fère, petite commune sinistrée de l’Aisne, agrège tous les symptômes de la France déclassée : commerces fermés, habitats insalubres, niveau de vie médian le plus faible du département… La ville, autrefois parée du prestige d’héberger l’École royale d’artillerie, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Et la précarité sociale de ses habitants se répercute sur la scolarité des plus jeunes. « D’une façon générale, les jeunes ruraux sont défavorisés sur le plan scolaire. Mais ici, la pauvreté a amené d’autres problèmes. Beaucoup de nos élèves souffrent d’un contexte familial difficile, avec parfois des parents alcooliques et violents », explique Jean-Baptiste Nouailhac, qui s’est lancé le défi de remettre un peu d’espoir dans ce « territoire oublié ».
Une éducation à la grecque
C’est sur l’emplacement d’un ancien Lidl que l’école Excellence Ruralités est sortie de terre. En guise de classes, des Algecos blancs aménagés en salles de cours. « Nous avons dix à quinze élèves par classe, c’est aussi la recette d’un meilleur encadrement », glisse le proviseur Pierre-François Chanu, qui revendique une « éducation à la grecque, fondée sur l’anthropologie, c’est-à-dire la connaissance de l’homme, de sa vision, et la maîtrise de ses passions ». Un cadre qui mélange habilement fermeté et souplesse, et qui commence par la tenue vestimentaire. Au Cours Clovis, l’uniforme est de mise. Un excellent moyen pour « effacer les barrières sociales », assure une enseignante, mais aussi une « marque d’appartenance à un établissement scolaire unique en son genre, une marque qui crée un sentiment de communauté qui nous est cher », surenchérit Pierre-François Chanu. Et les élèves en sont contents.
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Simples pulls bleu marine signés du Cours Clovis, filles et garçons se satisfont de ce code vestimentaire, loin d’être perçu comme une contrainte. C’est le cas d’Hanaé, 12 ans, scolarisée depuis un an au sein de l’établissement. « Dans l’école où j’étais avant, les autres élèves me harcelaient tout le temps. Ils disaient que je savais pas m’habiller. » La jeune fille sourit et tape dans le ballon de foot que lui a envoyé son camarade. « Ici, je n’ai pas ce problème puisque nous sommes tous habillés pareil ! »
« Depuis que je suis ici, je ne fais que progresser »
Dans la cour de récréation, les élèves n’hésitent pas à parler des raisons de leur arrivée chez Excellence Ruralités. Le harcèlement scolaire, fléau des cours d’école, revient souvent. « J’étais à l’école publique de la ville, j’étais harcelée tout le temps », explique Laura, petite tête blonde de 13 ans. Après son arrivée en CE1 au Cours Clovis, sa vie change. « Je me sens comme dans une grande famille, même si ce n’est pas une vraie famille. Et puis je me sens en sécurité ici, ça change, c’est le bonheur », jure celle qui vient d’entrer en classe de sixième. Accompagnement scolaire ultrapoussé, aide aux devoirs personnalisée, la petite Hanaé a vu la différence. « Ma sœur, qui est en CM1, lit mieux que moi alors que je suis en sixième. Mais depuis que je suis ici, je ne fais que progresser, grâce à la méthode syllabique ! » Pour Quentin, le problème était tout autre. « Je n’allais jamais en cours, j’étais absent et je finissais par être viré », raconte l’adolescent de 16 ans. Un dur à cuir, qui reconnaît s’être « attendri » depuis qu’il est ici.
Des frais accessibles à tous
« Ce que l’on propose, c’est un cadre, un espace de vie où les règles sont les mêmes pour tous. Je crois que c’est la recette du succès », conclut Jean-Baptiste Nouailhac. Interdiction des téléphones, vouvoiement réciproque entre élèves et éducateurs, lever des couleurs ou répétitions de La Marseillaise, Excellence Ruralités promet de refaire de l’école un lieu d’instruction où le nivellement se fait par le haut. Et si le Cours Clovis espère obtenir d’ici peu un contrat avec l’État, les frais de scolarité restent accessibles à tous, avec une moyenne de 50 euros par mois. Un concept scolaire inédit, que la jeune association rêve d’exporter partout en France.
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