Que se passe-t-il si demain, le gouvernement de François Bayrou tombe ? La fin du conclave sur les retraites ouvre un nouveau temps dans l’expérience gouvernementale. François Bayrou aura gagné quatre mois, c’est-à-dire une éternité dans une passe aussi incertaine qu’instable. Le désaccord des partenaires sociaux ramène déjà au centre du jeu la question de la censure que la gauche s’apprêterait à voter.
La question de la position du RN reste néanmoins entière. Elle ne semble plus en faire une « ligne rouge ». Gageons qu’il y aura cependant un débat au sein du groupe parlementaire de Marine Le Pen dans la mesure où le socle électoral populaire du parti est très opposé au recul de l’âge de départ en retraite. Entre volonté de se normaliser et nécessité d’être en rupture, le calcul bénéfice-coût d’une censure fera l’objet sans aucun doute de la plus grande attention parmi les dirigeants de la formation mariniste. Sans compter qu’un autre paramètre sera pris en compte, même si l’on s’en défend côté RN : le risque d’une dissolution entraînant de facto l’impossibilité pour Marine Le Pen de se présenter dans sa circonscription nordiste.
De la censure à la dissolution, il n’y a qu’un pas. Mais ce pas apparaît encore hypothétique, quand bien même il est une carte que le chef de l’État pourrait à nouveau opérer en cas d’empêchement généralisé à former un nouveau gouvernement. D’autant plus qu’une nouvelle élection législative n’offrirait aucune garantie de stabilisation d’une situation qui structurellement ne l’est plus et ne le sera pas forcément plus après une nouvelle consultation électorale. Pis, elle serait susceptible de la dégrader encore plus dans un contexte de fragmentation du champ partisan.
François Bayrou entend reprendre la main après l’échec du conclave des retraites. Ce faisant, il gagne encore un temps qui lui reste inéluctablement compté. Dès lors, sa chute à brève ou moyenne échéance s’inscrit comme une donnée fortement probable. Tout le problème consiste à savoir ce que tentera ensuite Emmanuel Macron pour éviter un blocage complet des institutions.
À vrai dire, toutes les solutions qu’il peut envisager s’avèrent imparfaites. Nommer l’un de ses fidèles comme Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, ne garantit en rien une coalition plus pérenne. D’autant plus que la participation des LR ne manquera pas de se poser à partir du moment où s’achève l’expérience Bayrou. Désigner un Premier ministre chargé de constituer un gouvernement technique ne suffira vraisemblablement pas à éviter une nouvelle coagulation des oppositions. S’ouvrir à la gauche en vue de former une autre coalition entraînera mécaniquement des turbulences peu maîtrisables à l’intérieur du bloc macroniste…
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Force est de constater qu’en l’absence d’issues durables et cohérentes, l’ingouvernabilité guette, ou au mieux, une gouvernabilité relative au prix d’un immobilisme précaire. Dans cette affaire, la France est otage, in fine, non pas de l’esprit des institutions, mais de la lettre de ces dernières. En effet, un président démonétisé, comptable du dérèglement institutionnel, a toute latitude pour demeurer à son poste jusqu’au terme de son mandat. Tout laisse à penser que c’est bien là l’intention d’Emmanuel Macron qui ne signera en rien pour un départ anticipé, ce qui ne manquerait pas d’être interprété comme un échec.
Il en va autrement avec l’esprit de la Ve République. Car en faisant un lien direct entre le chef de l’État et le peuple, la pierre angulaire du présidentialisme à la française, elle dicte implicitement un choix au monarque dès lors que l’exige un état donné des circonstances. Les fondateurs de notre régime, il est vrai, disposaient d’une autre hauteur de la vision qu’ils se faisaient de l’exercice de leurs responsabilités…
*Arnaud Benedetti est professeur associé à la Sorbonne et auteur de « Aux portes du pouvoir – RN, l’inévitable victoire ? » (Michel Lafon).
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