
Le cinéma d’animation français nous gratifie encore d’une pure merveille, dont on imagine déjà le fabuleux destin au cours de la saison des récompenses l’année prochaine. Prix du Public au Festival d’Annecy, Amélie et la métaphysique des tubes est le premier long métrage de Liane-Cho Han et Mailys Vallade, qui avaient déjà collaboré en 2020 au sein de l’équipe de Calamity, le western de Rémi Chayé. Ils relèvent cette fois le défi de mettre en images la fable éponyme d’Amélie Nothomb (publiée en 2000), qui revient sur la jeunesse japonaise de la romancière belge, de la naissance jusqu’à l’âge de 3 ans, en adoptant son point de vue exclusif et son ressenti, filmant toujours à hauteur d’enfant. Un parti pris puissant, qui permet d’appréhender le monde de façon sensorielle avec ses yeux verts perçants, sa relation avec ses parents, son frère, sa sœur et sa grand-mère, mais surtout avec sa nourrice chérie Nishio-san.
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Cette chronique, touchée par la grâce, réussit le tour de force de restituer tous les souvenirs – fantasmés ou élaborés d’après les dires de son entourage – de la fillette qui a grandi au cœur des montagnes du Kansai, à l’imagination débordante. Il y a de la magie, de l’onirisme, de la douceur à chaque plan. Notamment quand l’aventurière en herbe sort de chez elle à l’aube pour se promener dans son jardin et souffle pour disperser la brume matinale qui dissimulait une nature printanière en éclosion. On est frappé par l’intelligence et la sensibilité de l’intrigue et de la mise en scène, et par l’univers visuel sublime, aux couleurs chatoyantes, qui imposent Liane-Cho Han et Mailys Vallade comme les dignes héritiers d’Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Ils abordent un sujet qui tenait à cœur à leurs aînés : le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale à travers le personnage de Nishio-san, qui a perdu sa famille lors des bombardements nucléaires.
Le duo est fier d’avoir fabriqué Amélie et la métaphysique des tubes à 100 % en France, répartissant le travail entre Paris, Angoulême et Saint-Pierre, à La Réunion. Plus de 170 techniciens ont tout sacrifié pendant sept ans pour mener ce projet ambitieux et unique à son terme. Le plus périlleux consistant à retranscrire à l’écran ce récit autobiographique. « C’est une bible philosophique à la portée universelle, tout en demeurant éminemment intime, indique Mailys Vallade. On s’est emparés de cette nouvelle très courte mais extrêmement riche, en respectant son humour caustique et sa singularité. Pour parler de l’identité, de la mort, de la perte de repères, du choc des cultures, de la désillusion et du déracinement. » Elle a alors adressé une lettre à Amélie Nothomb pour la convaincre du bien-fondé de sa démarche. « On ne peut pas la joindre par téléphone ou par mail, atteste-t-elle. Sa maison d’édition, Albin Michel, nous a transmis son accord. »
La romancière leur a donné une liberté totale, n’est jamais intervenue et a fait preuve d’une grande ouverture d’esprit. « Elle considère ses livres comme ses enfants et leurs adaptations comme ses petits-enfants. Elle ne s’immisce pas dans leur éducation ! (Rires.) » Amélie Nothomb n’a pas retenu ses larmes à l’issue de la première projection le 19 décembre 2024. « Elle nous a remerciés d’avoir ressuscité son père, décédé récemment, note Liane-Cho Han. On a reconstitué d’après des photographies d’époque et des classiques de Yasujiro Ozu le Japon de la fin des années 1960, la culture, la spiritualité et les traditions. » Soucieux de la véracité du moindre détail des décors. « Non seulement on s’est appropriés son histoire, mais on a reproduit quelque chose qu’on n’avait pas vu, car sa maison a été rasée suite à un tremblement de terre. Amélie Nothomb nous a confessé l’avoir reconnue ! Le plus beau des compliments. »
★★★★ Amélie et la métaphysique des tubes. De Liane-Cho Han et Mailys Vallade. 1 h 17. Sortie mercredi.
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