Son visage a été vu cinq milliards de fois : Axelle Saint-Cirel, c’est cette mezzo-soprano d’origine guadeloupéenne qui, le 26 juillet, chantait La Marseillaise sur le toit du Grand Palais lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Dans sa robe Dior aux couleurs de la patrie, l’artiste lyrique n’a pas vacillé malgré la pluie battante menaçant de lui faire traverser la verrière du monument national. Un temps, on a cru revoir Jessye Norman entonnant l’hymne national enroulée dans le drapeau français lors du défilé pour le bicentenaire de la Révolution française : « Je suis heureuse que cette séquence de sept minutes ait pu avoir lieu : l’opéra mis à l’honneur sous le visage d’une femme noire se présentant avec ses cheveux naturels. »
Lauréate de plusieurs concours internationaux, la jeune trentenaire ne chantait pas moins bien avant cet événement retransmis sur les écrans du monde entier, mais depuis sa prestation aux JO, le téléphone n’arrête plus de sonner : du festival de Salzbourg à l’Opéra national de Bordeaux où elle se produira l’année prochaine dans La Flûte enchantée, l’agenda ne désemplit pas pour celle qui se prend désormais à rêver de s’octroyer une semaine de vacances. On l’a même entendue chanter pour le PSG : « Je n’étais pas préparée à ce qu’on me dévisage dans le métro. Au début, c’était stressant car je suis faussement extravertie. Je n’étais pas habituée à ce qu’un inconnu me dessine à la volée, mais je suis heureuse que cette notoriété m’arrive à un âge où je suis assez solide pour la supporter », explique celle qui est devenue un emblème culturel et qui partage aujourd’hui son agent, le puissant Harrison Parrott, avec la soprano Amina Edris.
Dimanche, la chanteuse est descendu de son Olympe (gravi en talons aiguilles, harnachée dans un baudrier) pour inaugurer la quatrième édition des Étoiles du classique, lors de son concert d’ouverture à Saint-Germain-en-Laye. Implanté dans la ville qui vit naître Debussy, ce festival ambitionne de valoriser les jeunes talents du Conservatoire de Paris dans un écrin symphonique, lesté d’un aréopage d’invités prestigieux. Après Martha Argerich, Jean-Claude Casadesus, Karine Deshayes et Jean-Jacques Kantorow, c’est au tour de la soprano Patricia Petibon (toujours soucieuse de braquer les projecteurs sur les talents en devenir, notamment avec son académie internationale Les Chants d’Ulysse, à Saumur) de parrainer cette manifestation qui ambitionne de décloisonner les esprits.
Pour cette dizaine de concerts s’étalant jusqu’au 30 juin, les prix seront au plus bas : entre 15 et 32 euros, on est loin des tarifs habituellement pratiqués dans le classique, même pour les demandeurs d’emploi. Dans cette même perspective, des places sont réservées à un public de personnes autistes et des concerts sont organisés en milieu hospitalier.
Le don, c’est la curiosité. Le parcours d’Axelle Saint-Cirel l’illustre à merveille. Elle n’était pas du sérail, malgré une grand-tante pianiste professionnelle : « Je suis née dans une famille de mélomanes originaire de Basse-Terre, en Guadeloupe, confie-t-elle. Mon père avait appris la flûte traversière en autodidacte. Surtout, mes parents avaient cette qualité d’être dotés d’une très grande curiosité. Je pense en avoir hérité. Chez nous, c’était un joyeux bordel musical : on passait de Vivaldi à Abba. » Une ouverture d’esprit nourrie par une capacité à s’adapter aux changements de climat. Car, si elle est née en région parisienne, la cadette d’une fratrie de trois sœurs bâtira dès l’âge de 2 ans l’essentiel de sa culture en Asie : « Mon père, alors ingénieur automobile, avait été muté en Malaisie, raconte-t-elle. C’est là que mon oreille s’est forgée grâce à l’usage des langues. À la maison, ça parlait à la fois créole et français. J’en ai profité pour apprendre le chinois et l’anglais. Toutes ces langues, auxquelles s’adjoindra l’espagnol, m’ont permis d’appréhender des intonations différentes, semblables à des clés musicales. »
La suite après cette publicité
« Je suis passée directement de Kuala Lumpur à Montbéliard ! »
À 8 ans, la chanteuse revient en France. Elle se souvient d’un « grand choc thermique » : « Je suis passée directement de Kuala Lumpur à Montbéliard ! Je n’avais jamais vu la neige, pas plus que les usines de Sochaux ! » Après avoir songé à devenir hôtesse de l’air puis à se lancer dans l’événementiel, la jeune polyglotte entame des études en musicologie avant d’affronter enfin son destin : à 24 ans, Axelle Saint-Cirel se présente au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Depuis ses premiers ateliers musicaux à l’école, on lui avait bien dit qu’elle avait une voix exceptionnelle ! Il n’y a plus qu’à dérouler, et nous voici en 2023. Lauréate du prix Voix des Outre-mer, la chanteuse se produit dans l’émission Culturebox, présentée par Daphné Bürki. Coups de fil, contrats de confidentialité, rendez-vous avec les couturiers et tests d’équilibre… La suite est connue. À partir de combien de vues a-t-on le vertige ?
« Les Étoiles du classique ». 10 concerts. 200 jeunes talents. Du 22 au 30 juin à Saint-Germain-en-Laye. lesetoilesduclassique.fr
Source : Lire Plus






