Le civisme, future grande cause nationale ? C’est en tout cas le souhait des participants aux premières Assises du civisme, qui se sont tenues ce mercredi 25 juin à Paris. Les intervenants se sont succédé au siège de l’Association des maires de France, devant un parterre de politiciens et de journalistes attentifs, pour prendre à bras-le-corps cet enjeu.
Ouvrant l’événement, David Lisnard, président de l’Association des maires de France, entre d’emblée dans le vif du sujet : « Le renouveau de la France ne pourra se faire sans un sursaut civique. Ce civisme doit être accompagné d’une politique de répression, d’éducation et de réparation, lance le maire de Cannes, rappelant au passage la définition du civisme – « aptitude morale de la conscience de sa liberté dans l’espace public ».
« La réponse à la dé-civilisation de la France : un civisme enraciné dans des repères solides »
« La réponse à la dé-civilisation de la France, c’est pour moi le civisme, un civisme enraciné dans des repères solides », lui fait écho Bruno Retailleau, quelques minutes plus tard. Le ministre de l’Intérieur ne mâche pas ses mots, fustigeant une justice des mineurs qui ne « sanctionne pas ».
À l’heure où les agressions de soignants, de maires, des forces de l’ordre ou des pompiers se multiplient, le locataire de la place Beauvau livre un discours ferme. « On a un ensauvagement qui découle de l’idéologie de mai 68, qui a déconstruit tous nos repères, et c’est cette société-là qui est devenue une fabrique de barbares », alerte le président des Républicains, assumant « choquer la bien-pensance ». Citant au passage la « patrie charnelle » de Charles Péguy, l’ancien cavalier du Puy du Fou tient à saluer la « France qui s’engage ». « On a besoin de reconstruire notre nation par le civisme, par la gratitude », martèle l’homme politique. Applaudissements dans les rangs.
Karim Bouamrane et Bruno Retailleau pour le rétablissement de l’autorité
Ministre déléguée chargée de l’Enfance, de la Jeunesse et des Familles, Sarah El Haïry se bat depuis des années pour défendre l’engagement des jeunes dans les services civiques. Aujourd’hui, elle intervient lors d’une table ronde aux côtés du maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, de Louis Laugier, directeur général de la Police nationale, ainsi que du général Jean-Claude Gallet. La ministre proche de François Bayrou loue cette jeunesse qui « a le sens et le goût de l’engagement ». Et souligne : « Il faut offrir des possibilités d’engagement à la jeunesse dès le plus jeune âge ».
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À sa droite, le socialiste Karim Bouamrane livre un discours qui en surprend plus d’un dans la salle. Droit dans ses bottes, l’élu de gauche appelle à revaloriser l’autorité. « L’autorité, c’est même une valeur de gauche, lance, taquin, l’édile. Je partage cela avec Bruno Retailleau, qu’il faut retrouver le respect de l’autorité, une valeur qui s’est délitée après mai 68 ».
Le passeport du civisme
C’est à l’Association Passeport du civisme, née dans la petite ville de Talmont-Saint-Hilaire en Vendée, que l’on doit l’organisation de cet événement. « Ça s’est fait juste après les attentats de Charlie Hebdo ; l’idée était de réamorcer une conscience civique, après l’émotion, le temps de l’action. Comment nos jeunes peuvent se ressaisir concrètement, à l’échelle d’une commune, de cette notion de l’engagement », se souvient Maxence de Rugy, maire de la ville, et fondateur en 2017 d’une opération intitulée passeport du civisme. À l’origine, seulement 120 enfants faisaient partie de ce dispositif. Ils sont aujourd’hui plus de 100 000, répartis dans près de 500 communes de France. Concrètement, chaque élève de CM2 se voit remettre un passeport, contenant des actions civiques à réaliser, comme assister à une commémoration, visiter des personnes âgées…
Ce mardi, chaque participant aux Assises du civisme s’est vu remettre à son arrivée un fascicule bleu, dévoilant les résultats d’une étude exclusive réalisée par l’Ifop sur les Français et le civisme. Jérôme Fourquet, directeur de département au sein de l’institut de sondages, présente à l’auditoire les résultats de cette grande enquête. « Une importante majorité des Français note une augmentation de l’agressivité verbale depuis la fin de la pandémie du Covid-19 », relève le sondeur. En outre, 83 % des sondés reconnaissent avoir déjà commis une incivilité. La plus fréquente d’entre elles étant le dépassement de limite de vitesse, loin devant « cracher par terre » (32 %) ou « uriner sur la voie publique » (20 %). Sur une note plus positive, l’auteur de L’Archipel français note également que 54 % des Français se déclarent prêts à consacrer en moyenne 7,3 heures par mois pour leur commune.
« La France est fondamentalement une nation politique, qui tient uniquement s’il existe un projet commun »
Clôturant les Assises du civisme, le maire du Havre et ancien Premier ministre Édouard Philippe estime que « la France est fondamentalement une nation politique, qui tient uniquement s’il existe un projet commun ». Partant, « il faut mettre dans le cœur de nos citoyens la notion de responsabilité », martèle le président du parti Horizons. D’ailleurs, annonce-t-il, la ville du Havre a rejoint cette année le dispositif du passeport du civisme.
Le civisme par le beau
La lutte contre les incivilités, ressort-il de ces Assises, ne peut être menée sans la promotion de valeurs positives. « Il faut rétablir le civisme, les liens d’autorité, qui sont des liens d’élévation, dans la famille notamment, confie David Lisnard au JDD après l’événement. Cela passe par la réparation, par l’éducation, par le partage de la fierté de la patrie. Mais cela passe aussi par le fait de maîtriser le peuplement. Pour qu’il y ait du civisme, il faut qu’il y ait sentiment d’appartenance. Pour qu’il y ait sentiment d’appartenance, il ne faut pas qu’il y ait séparatisme. »
« Il faudrait passer par une action nationale, notamment de maîtrise des flux migratoires »
Pour le maire de Cannes, ce renouveau du civisme peut, et doit passer par le beau. « Lorsque l’on fait du beau, c’est beaucoup plus respecté. C’est très concret, cela impose le respect », affirme le patron de Nouvelle Énergie. Il se félicite en outre du travail de la police municipale, et de la quasi-disparition des tags dans sa commune. « La lutte contre les incivilités c’est un combat sans fin. Il faudrait passer par une action nationale, notamment de maîtrise des flux migratoires », conclut l’édile. L’échelon national rattrape inévitablement les maires.
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