Et si la technologie nous permettait, un jour, de créer le champagne parfait ? Celui avec lequel aucun autre ne pourrait rivaliser… Voilà le doux rêve caressé par la prestigieuse maison Moët & Chandon, fondée en 1743. En ce sens, depuis quelques années, la marque détenue par le groupe de luxe LVMH a investi plus de 700 000 euros dans des équipements truffés d’intelligence artificielle. L’objectif ? Traquer le raisin malade ou de mauvaise qualité, afin de pouvoir isoler le « nectar » des récoltes et optimiser ainsi la qualité de ses cuvées.
Pour comprendre le procédé, le JDNews s’est rendu sur place, au domaine de Romont, dans la Marne, là où les vendanges se déroulent. Une fois dans le saint des saints, la démonstration est spectaculaire. La cueillette reste manuelle, certes, mais une fois récoltés, les raisins entament un voyage dont les vignerons de jadis n’auraient même pas osé rêver…
Ils sont d’abord disposés sur des palettes, puis transportés par un chariot élévateur afin de traverser un grand portique (qui ressemble à ceux des aéroports), pour y être minutieusement examinés. À leur passage, des barres LED envoient un flash très court mais intense, qui garantit la même luminosité à chaque fois. Dans le même temps, des caméras spéciales scannent (en mouvement) les grappes jusqu’au moindre pépin.
Prouesse technologique
C’est là que l’intelligence artificielle entre en jeu, et que la « magie » opère. Les clichés sont aussitôt envoyés à un algorithme qui, en moins de trois secondes, pointe les raisins atteints de pathogènes fongiques – tels que le botrytis, l’oïdium et la pourriture acide – mais donne également un score aux raisins qui seront conservés, en analysant notamment la maturité des fruits, laquelle a une influence majeure sur l’acidité et le taux de sucre. Cette vitesse d’exécution est essentielle puisque l’objectif est de ne surtout pas ralentir l’arrivée des raisins jusqu’au pressoir.
« Environ 25 000 palettes de raisins par an sont récoltées et ensuite examinées »
« Ces données vont ensuite nous permettre d’indiquer au cariste comment positionner les différents raisins avec d’autres palettes qui ont la même provenance, le même cépage et la même qualité, afin de constituer des lots homogènes avant de remplir nos pressoirs », précise fièrement Jeanne Crombez, la responsable technique viticole du domaine.
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Une prouesse technologique d’autant plus importante que les raisins sont issus des vignes maison, certes, mais aussi de celles – productivité oblige – d’environ 2 300 partenaires, répartis sur plus de 4 000 hectares ! Alors, pour réaliser l’évaluation chez chacun d’entre eux, une solution plus compacte a aussi été développée. L’opération est la même, mais elle s’effectue avec un simple smartphone ! Une fois capturé, le cliché est analysé de façon similaire et assure une efficacité comparable. Et l’ensemble des données collectées (environ 100 000 images de caisses de raisins depuis 2019) contribue au développement de modèles capables de détecter de nouvelles maladies, comme la flavescence dorée.
Un supplément de finesse
Pour moderniser à ce point ses techniques de tri de grappes, le célèbre spiritueux s’est associé à Hiphen, une PME française, spécialisée dans l’intelligence artificielle et la création d’outils d’analyse d’images destinés à l’agriculture. Comme ici donc, avec ce tri optique futuriste digne d’un film de science-fiction. « Cela concerne environ 25 000 palettes de raisins par an qui sont récoltées et ensuite examinées », souligne Nicolas Cheviet, responsable du marketing et du développement de produits de la société créée en 2014 dans le bassin d’Avignon.
« On a gagné en précision »
Concrètement, cette évolution, conjuguée à toutes celles déjà existantes, permet-elle déjà d’obtenir un meilleur champagne, ne serait-ce que sur sa gamme de base, la fameuse Brut Impérial (85 % de sa production), vendue une quarantaine d’euros ? « J’en suis convaincu, répond sans ambages Benoît Gouez, chef de caves chez Moët depuis vingt ans. J’ai clairement vu des améliorations liées à notre approche technique. On a gagné en précision. Ça se traduit par un supplément de finesse et de sophistication dans la qualité de nos vins. »
Et l’intelligence artificielle n’a pas fini de faire des merveilles. Pour rendre ses petites bulles encore plus savoureuses, la marque compte bien la déployer, progressivement, dans le traitement de ses vignes. « L’idée est d’apporter plus de précision au niveau du pied de vigne, alors qu’aujourd’hui on raisonne plutôt à l’échelle de la parcelle. Je pense que l’IA pourra prochainement nous le permettre », anticipe Frédéric Gallois, directeur du vignoble et des approvisionnements.
C’est sûr, puisque Moët & Chandon remplit chaque année plus de 30 millions de bouteilles – ce qui fait d’elle la marque de champagne la plus vendue au monde –, mieux vaut s’assurer que la qualité soit encore plus qu’irréprochable.
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