
Dans le désert entre l’Algérie et le Niger, des milliers de migrants subsahariens sont expulsés dans des conditions inhumaines, par l’État algérien, révèle une enquête du Figaro. Pas moins de 16 000 personnes auraient ainsi été expulsées en mars et avril 2025. Le général Ibrah Boulama Issa, gouverneur d’Agadez au Niger, a dénoncé une « vague de refoulement sans précédent de migrants en provenance d’Algérie ». À Assamaka, les centres de l’OIM sont saturés. Des camions transportent jusqu’à 1 000 migrants par jour vers la frontière nigérienne, où ils sont abandonnés sans eau ni nourriture sous 50°C.
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Des ONG, comme Alarme Phone Sahara, dénoncent des « rafles brutales et inhumaines ». Les migrants, venant du Mali, de Côte d’Ivoire ou du Burkina, sont battus, rackettés et abandonnés. « Les migrants arrivent en Algérie, travaillent pour se faire un peu d‘argent et payer les passeurs, notamment sur des chantiers à Oran. Ils se font exploiter, parfois comme des esclaves », rapporte Daoud Imoulayen, ex-rédacteur en chef d’un site algérien. « Une chose est sûre, on ne dira jamais rien des Irakiens, des Libyens, des Syriens en Algérie. Mais ceux qu’on appelle “kahlouches », “nègres”, sont maltraités. Dès que c’est de couleur, on expulse », souligne Imoulay.
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Ces expulsions, menées par l’armée, sont taboues. « Ces expulsions de subsahariens sont organisées par l’armée et tout ce qui concerne l’armée est tabou en Algérie », explique Imoulayen auprès du Figaro. La presse étatique se tait, mais des vidéos sur Facebook, comme un migrant traqué par la gendarmerie, percent ce silence.
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L’Algérie, sans cadre juridique pour l’asile, laisse les migrants dans des situations catastrophiques. Xavier Driencourt, ex-ambassadeur français, affirme avoir vu des convois de « trente cars à la file » avec 80 migrants chacun.
Le président Tebboune a évoqué une régularisation « organisée » des migrants, tout en liant la migration à un risque de « terrorisme ». Pourtant, Alger critique les expulsions françaises, comme en mars 2025, insistant même sur le « respect des droits des personnes ». « Ils viennent nous faire la morale mais c’est un comble, alors qu’eux-mêmes ne s’embarrassent pas de l’État de droit », cingle Driencourt auprès du quotidien.
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Les expulsions ne dissuadent d’ailleurs pas les migrants. « [Ils] se retrouvent dans un pays qui n’est souvent pas le leur, démunis, sans rien. Repartir chez eux serait à la fois un coût et un échec. Alors ils repayent le même passeur et reviennent à la charge », explique Blamassi Touré. Les décès dans le désert, sous-documentés, seraient d’une ampleur semblable à ceux constatés en Méditerranée.
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