En 2025, 90 prêtres seront ordonnés en France, d’après les données publiées par la Conférence des évêques de France le 23 juin dernier. Après une légère embellie en 2024 (105 ordinations), le pays retrouve le seuil de 2023, qui comptait 88 nouveaux prêtres. Un chiffre cependant incomplet puisqu’il ne prend pas en compte les ordinations issues des rangs « tradis ». Or en 2025, sept prêtres auront été ordonnés au sein de ces communautés, dont deux moines. S’y ajoutent quatre ordinations à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, systématiquement exclue des statistiques officielles en raison de ses relations conflictuelles avec le Saint-Siège.
À noter également : le blocage persistant des ordinations chez les Missionnaires de la Miséricorde divine, communauté traditionnelle implantée dans le diocèse de Fréjus-Toulon. Cinq diacres – bientôt six – attendent depuis deux ans d’être ordonnés prêtres en raison d’un contexte de tensions entre Rome et Mgr Dominique Rey, ancien évêque de Fréjus-Toulon, critiqué pour avoir accueilli avec trop de souplesse des candidats issus de sensibilités diverses. Un gel qui s’inscrit aussi dans le sillage du motu proprio « Traditionis custodes », par lequel le pape François a limité les célébrations selon le missel de 1962, resserrant l’encadrement des communautés attachées à l’ancien rite.
En dix ans, le nombre d’ordinations a chuté de 43 %
Laval, un territoire fécond
Mais même en tenant compte de ces ordinations, le constat reste inquiétant. Entre 2000 et 2010, le nombre d’ordinations est passé de 142 à 96, soit une baisse de 43 %. Un léger sursaut a bien été observé dans les années 2010, avec une moyenne annuelle comprise entre 120 et 130. Mais la chute de 2023 (- 28 %) a rompu cet équilibre. Le recul est plus important si l’on remonte plus loin : en 1965, plus de 600 prêtres étaient ordonnés chaque année en France. Ils étaient encore plus de 1 000 dans les années 1950. Aujourd’hui, le nombre de séminaristes diocésains chute : ils étaient 673 en 2023, contre 976 en 2000 – soit une baisse de plus de 30 % en deux décennies. Ce phénomène ne se limite d’ailleurs pas à la France. À l’échelle mondiale, la tendance est comparable. D’après l’Annuaire pontifical 2025 publié par le Vatican, on comptait en 2023, 106 495 séminaristes, soit une baisse de 1 986 (- 1,8 %) par rapport à l’année précédente. Le nombre total de prêtres a lui aussi reculé, passant de 407 872 en 2021 à 407 730 en 2022, et ce malgré une population catholique en croissance constante. Seul le continent africain échappe à cette dynamique globale de repli.
En France, cependant, la situation n’est pas la même partout. Don Paul Préaux, modérateur général de la Communauté Saint-Martin, n’est pas très étonné par ces chiffres : « Lorsque les séminaires se remplissent moins, on sait qu’il y aura mécaniquement moins de prêtres dans les années à venir. » Une réalité à laquelle sa propre communauté semble pourtant échapper. « Depuis 2015, nous avons connu une nette progression des ordinations, suivie d’une phase de stabilisation. Cette année, ils sont 9. En 2026, nous en attendons 13, puis 11 en 2027 », précise l’ecclésiastique. Fondée en 1976, la Communauté Saint-Martin, connue pour son attachement à une formation doctrinale structurée et à une liturgie soignée, continue d’attirer des vocations. Son séminaire, situé à Évron dans le diocèse de Laval, y joue un rôle moteur : cette année, neuf des dix prêtres ordonnés dans le diocèse en sont issus. Ce territoire se classe parmi les plus féconds en vocations, aux côtés de Paris (16 ordinations) et Fréjus-Toulon (10 ordinations), où l’élan missionnaire impulsé par Mgr Dominique Rey continue de porter ses fruits.
Mais ces diocèses font figure d’exceptions dans un pays où la religion catholique recule. Le déclin des vocations s’inscrit dans une dynamique plus vaste : baisse de la pratique régulière, délitement de la transmission familiale et scolaire, déchristianisation des rites de passage (baptêmes, mariages, obsèques), sécularisation des mentalités, individualisation croissante du rapport au spirituel, mais aussi perte d’influence de l’Église dans l’espace public.
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Un réveil dans les banlieues
À ces évolutions sociétales, le père Benoît Pouzin, prêtre du diocèse de Valence et auteur de Être prêtre tout simplement (Artège), ajoute une difficulté d’un autre ordre, plus existentielle. « Les jeunes ont aujourd’hui plus de mal à s’engager ; le mariage lui-même ne se porte pas bien, observe-t-il. On ne les aide pas non plus à se poser la question de leur vocation : on les interroge sur leurs études, leur avenir professionnel, mais rarement sur le sens qu’ils veulent donner à leur vie. » Don Paul Préaux ajoute à ce constat celui de l’instabilité au cœur même de l’Église : « Depuis quinze ans, tout évolue sans cesse : regroupements paroissiaux, élargissement des secteurs, nouvelles méthodes d’évangélisation… Cette instabilité peut être insécurisante. Être un jeune prêtre aujourd’hui, c’est aussi porter une charge particulièrement lourde. » Pour autant, le tableau n’est pas totalement sombre. Des jeunes continuent de répondre à l’appel, jusque dans les communautés traditionnelles, en dépit des restrictions imposées au rite tridentin par le pape François et du flou qu’elles font peser sur leur avenir pastoral.
Le catholicisme connaît une mutation frémissante
Plus largement, le monde catholique connaît une mutation frémissante qui pourrait bien influer sur les dynamiques à venir. Longtemps cantonnée à des cercles sociaux plutôt bourgeois ou issus de milieux très pratiquants, l’Église voit aujourd’hui émerger des conversions dans des zones qu’elle avait peu à peu désertées depuis les années 1970. « Nous accueillons des jeunes issus de milieux beaucoup plus variés, parfois populaires – comme ce séminariste en deuxième année, venu de Sarcelles, note don Paul Préaux. Ce qui les attire, c’est notre manière de vivre : une communauté sacerdotale unie, ancrée dans le ministère vécu ensemble. Beaucoup de jeunes, parfois néophytes, viennent chercher une formation solide, mais aussi une vie fraternelle authentique, joyeuse et rayonnante. » Ce frémissement se manifeste aussi dans certaines banlieues, où l’on observe un réveil de la foi catholique, souvent impulsé par des jeunes et structuré autour d’initiatives locales comme les associations Fidèles et Porta Fidei, qui œuvrent à la redynamisation spirituelle et missionnaire de ces territoires longtemps délaissés.
« Il y a mille raisons d’espérer, conclut le père Pouzin. Cette année, nous avons enregistré une hausse de 45 % des demandes de baptêmes d’adultes, et 7 000 adolescents ont été baptisés. On espère que cette embellie portera aussi du fruit en matière de vocations. Mais ce souci ne relève pas uniquement des prêtres ou d’un service dédié : c’est l’affaire de tous les baptisés. La mission, ce n’est pas une simple méthode à reproduire : c’est s’adapter, ne pas avoir peur, oser aller de l’avant et annoncer Jésus-Christ. Et nous avons cette grâce immense : porter le plus beau message qui soit. Dieu nous a sauvés en Jésus-Christ. Il est plus fort que le mal, plus fort que la mort. C’est une espérance infinie. »
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