
« L’Amérique est comme un chien. Si tu recules, il se jettera sur toi. Mais si tu te jettes sur lui, il reculera. » Ces mots, l’ayatollah Ali Khamenei les a prononcés il y a une dizaine d’années. Le Guide suprême iranien est réapparu une fois depuis l’annonce du cessez-le-feu, tout comme certains hauts gradés des Gardiens de la révolution annoncés morts auparavant. Son message pour la télévision officielle iranienne était enregistré. Reste-t-il caché en raison de la menace que fait toujours peser sur sa tête l’infiltration du Mossad dans les plus hautes sphères en Iran ? Il ne faudrait pas croire qu’en acceptant le cessez-le-feu et en échangeant des « amabilités » avec Donald Trump, le régime a changé de nature. Pour le Guide, la compromission n’existe pas, seulement la concession parfois.
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Il est en outre conscient des faiblesses, mais aussi des forces de son pays dont la résilience provient pour une part de l’héritage de la guerre avec l’Irak dans les années 1980. Le pays s’était retrouvé seul pendant huit ans, sans alliés. Cet isolement explique en partie pourquoi il s’est réorganisé rapidement face à l’attaque d’Israël et l’élimination de hauts dirigeants de l’armée et des gardiens. Cette guerre contre l’Irak a structuré l’attitude de l’Iran vis-à-vis de l’Occident et de l’Amérique en particulier. Les Iraniens ont été habitués aux privations, ce qui leur permettra d’affronter des décennies de sanctions économiques. Comme l’explique Vali Nasr, ancien conseiller diplomatique : « Le Guide suprême iranien recherche un équilibre qui peut être résumé par “Pas de guerre, pas de paix”. Il ne veut ni confrontation, ni normalisation avec les États-Unis. Il cherche à ce que Washington ne le contraigne pas, n’abime pas son économie et l’autorise à devenir une puissance régionale. »
Reste que les frappes israéliennes ont causé des dégâts considérables aux infrastructures militaires et à ses installations pétrolières, la principale richesse du pays. Pour le nucléaire, c’est l’inconnu
En 2003 par exemple, l’Iran a su tirer profit de l’invasion américaine de l’Irak. Grâce aux milices chiites qu’il avait sous son contrôle, l’Iran a tantôt servi d’allié tactique, tantôt d’adversaire, en accroissant sa sphère d’influence. Cette stratégie d’opérer via des alliés régionaux s’est accompagnée d’un développement méthodique du programme d’armement, en particulier depuis 2003 des missiles à longue portée, des drones et des recherches nucléaires. Ainsi le fameux site de Fordo bombardé par les Américains a-t-il été creusé et bétonné il y a longtemps. Au cours de la guerre, certains ont pu penser que l’Iran connaîtrait un soulèvement interne. C’était le souhait de Benyamin Netanyahou qui appelait à « libérer le peuple iranien ». Il n’en a rien été. On a assisté au retour du fils du Chah, Reza Pahlavi, mais le fait qu’il s’adresse en anglais à ses compatriotes n’a pas aidé à faire de lui un leader d’opposition légitime. Au final, le Guide aura réussi à diriger la rancœur des Iraniens contre l’agresseur israélien et son allié américain, selon la logique que celui qui vous bombarde ne saurait être celui qui vous libère.
Il reste que les frappes israéliennes ont causé des dégâts considérables aux infrastructures militaires et à ses installations pétrolières, la principale richesse du pays. Pour le nucléaire, c’est l’inconnu. Ainsi, le New York Times estime que les frappes américaines n’auront fait prendre au programme iranien que quelques mois de retard. Natasha Bertrand, journaliste pour CNN, a révélé des rapports du renseignement indiquant que les bombardements n’auraient pas détruit les sites nucléaires. Aussitôt, Donald Trump a exigé qu’elle soit « virée comme un chien », ce qui témoigne d’une certaine fébrilité.
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