Le JDD. Le PS dépose une motion de censure, considérant que le Premier ministre n’a pas respecté sa parole sur les retraites. Quel commentaire cela vous inspire ?
Aurore Bergé. Leur motion de censure avait été annoncée avant même que l’on connaisse l’issue du conclave. C’est donc un déni du dialogue social uniquement pour des intérêts internes au parti, quelques jours après leur congrès. Et depuis quand la censure serait la seule alternative pour les oppositions ? Le choix n’est pas binaire entre le soutien au gouvernement d’un côté et la censure de l’autre. Le PS dit vouloir se détacher de LFI, il ne faudrait pas qu’ils en empruntent les méthodes.
« Je ne promettrai pas l’inverse de ce que nous avons porté en huit ans »
Vous aviez défendu sous Michel Barnier la suppression ou le plafonnement de l’abattement de 10 % des retraités. Le défendez-vous toujours ?
Je n’ai pas changé d’avis sous prétexte que je suis redevenue ministre ! Donc oui, je le défends toujours. Cet abattement coûte plus de 4 milliards d’euros par an aux Français, et ce n’est en rien une mesure de justice fiscale. Dans un moment où nous devons baisser massivement les dépenses – la charge de la dette coûte 67 milliards d’euros par an, c’est l’équivalent du budget de la défense –, tout le monde comprend que nous devons faire des efforts. Il n’est pas question de moins protéger les retraités, mais de mieux répartir l’effort. Les retraités sont prêts à l’entendre pour permettre à leurs enfants et à leurs petits-enfants de gagner plus. L’essentiel de l’effort doit se concentrer sur la revalorisation du travail. Réduire cet abattement de moitié rapporterait 2 milliards d’euros par an.
Faut-il garantir qu’il n’y aura pas de hausse d’impôts ?
La suite après cette publicité
C’est un préalable indispensable. Augmenter l’impôt sur le revenu ou sur les sociétés, rétablir l’ISF, ce serait contraire à tout ce nous portons depuis 2017. La baisse du chômage, l’attractivité, ça n’est pas tombé du ciel. Ce sont nos résultats, et notre politique fiscale y est pour beaucoup.
Comment, dans le même temps, redonner du pouvoir d’achat ?
Les Français ont l’impression qu’on leur prend toujours plus et qu’ils ont toujours moins. L’écart entre le salaire brut et le salaire net est devenu incompréhensible. Il faut que le travail paye mieux. Et je le dis clairement : ce n’est pas aux entreprises d’augmenter les salaires, c’est à l’État de baisser les cotisations. On peut y arriver si on baisse massivement la dépense pour la concentrer sur ce qui est réellement stratégique – défense, éducation, santé, sécurité des Français – et si on continue à faire le choix du travail. Nous réformons pour cela depuis 2017, en faisant revenir dans l’emploi ceux qui en sont le plus éloignés, avec la réforme du RSA ou de l’assurance chômage, en permettant aux femmes de concilier leur vie professionnelle et familiale – en renforçant, comme je l’avais initié, les modalités de garde d’enfants. Dépenser moins, travailler tous pour gagner plus, c’est ça la clé.
La violence des jeunes est un fait de société compliqué à appréhender. Quelles réponses y apporter ?
Il faut être lucide, une partie de la jeunesse a décroché. Un décrochage par rapport aux valeurs de la République, à la laïcité, à la relation aux femmes, la rendant perméable aux préjugés antisémites et à la violence. Les causes sont multiples. La responsabilité des parents, parfois défaillants, singulièrement les pères, en est une. Il y a 25 % de familles monoparentales en France, souvent des femmes seules qui assument les charges éducative, mentale, affective. Il y a aussi les parents dépassés qui n’arrivent plus à faire face aux souffrances de leurs enfants. Le Covid a été un détonateur en matière de santé mentale de nos adolescents. Enfin, le phénomène des écrans et des réseaux sociaux est en train de faire basculer notre jeunesse dans une addiction qui détruit tous les repères. C’est pour ça que j’ai convoqué les plateformes : leur régulation est une urgence absolue.
Êtes-vous favorable à l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans ?
Oui, c’est un enjeu de santé publique. Le président de la République s’y est engagé, il faudra le faire.
Vous vous déplacez beaucoup en province, à la rencontre des élus et des Français, dans le but de créer un mouvement, voire de préparer une candidature à la présidentielle ?
Dans l’immédiat, ma priorité c’est de travailler et d’obtenir des résultats. Rien ne serait pire que d’enjamber les deux ans qui viennent. Les Français n’ont pas le luxe d’attendre 2027. Et oui, j’assume d’avoir de l’ambition. Je ne crois pas aux propositions à l’emporte-pièce mais à une offre politique globale. Un projet politique, ça se construit au gré des déplacements sur le terrain, dans l’Hexagone comme en outre-mer, avec les parlementaires, les élus, les forces économiques, les partenaires sociaux, les associations. Avec les Français, tout simplement.
Gabriel Attal a pris ses distances avec le président, Édouard Philippe s’en est détaché il y a longtemps, vous inscrivez-vous pour votre part dans sa continuité ?
Non seulement je l’assume, mais je le revendique. Le projet de 2017, nous l’avons porté ensemble. Nous avons été députés, ministres, présidents de groupe parlementaire ou de parti, pendant les quinquennats d’Emmanuel Macron. Cela ne signifie pas que dans deux ans, il ne faudra pas bousculer les choses, mais je ne promettrai pas l’inverse de ce que nous avons porté depuis huit ans. Quand on parle du travail, de l’attractivité, des enjeux européens, d’acquis sociaux, de gestion des crises, de réformes… Nous avons un bilan et ce serait une faute de ne pas le défendre. Cela créerait d’ailleurs de l’incompréhension chez les Français.
Souhaitez-vous une candidature commune du socle commun intégrant les Républicains en 2027 ?
Pourquoi fermer la porte dès aujourd’hui ? Je préfère que l’on pose tout sur la table, qu’on s’en donne les moyens et que le préalable soit le projet politique. En un an de vie du socle commun, nous n’avons jamais été réunis tous ensemble dans la même pièce, ce serait déjà un début… Ce qui est certain, c’est que si chacun considère qu’il est propriétaire de son écurie, on se retrouvera avec trois, voire quatre candidatures. Donc aucun d’entre nous ne sera au second tour de la présidentielle. Ce serait une responsabilité historique. Nous devons tenter de nous rassembler dès les municipales, l’année prochaine, et j’y travaille dans mon département des Yvelines.
Êtes-vous favorable, le cas échéant, à des primaires pour désigner le candidat du socle commun que vous appelez de vos vœux ?
Je pense que c’est le pire des systèmes, et en même temps, je n’en vois pas de meilleur.

En déplacement au Maroc cette semaine, reçue par le ministre des Affaires étrangères du royaume, Aurore Bergé y a défendu le principe d’une « diplomatie féministe » et établi un protocole renforcé avec Rabat sur la lutte contre les violences faites aux femmes. La ministre a également rencontré des acteurs économiques et la communauté française. Après s’être exprimée en mars à New York dans l’enceinte onusienne, à l’occasion de la 69e session de la Commission de la condition de la femme, et avoir représenté la France à Rome en mai pour la journée de l’Europe, la France accueillera à Paris, en octobre prochain, une conférence internationale sur la diplomatie féministe.
Source : Lire Plus






