Faut-il réagir à toutes les polémiques de Jean-Luc Mélenchon ? J’aurai tendance à répondre par la négative dans le but de se préserver mentalement tant les oukases du gourou créolisé de l’extrême gauche peuvent nuire à l’équilibre psychologique de toute personne qui aspire à la réflexion et au débat de fond. Mais sa dernière trouvaille sur la langue française n’est pas du tout du même acabit que ses habituelles sorties de route plus ou moins contrôlées. En proposant de débaptiser notre belle langue, le fondateur de la France insoumise a lancé un véritable débat qui mérite qu’on s’y intéresse.
Dans la droite ligne de son projet de créolisation de la société, la langue occupe une place de choix. Plus que tout autre, Jean-Luc Mélenchon a compris que pour déconstruire une civilisation, il faut s’attaquer à ses fondamentaux, autrement dit, son histoire, sa culture et sa langue. Il n’a eu de cesse de le faire en criminalisant le passé de la France et en dénigrant sa culture. Il ne lui restait plus qu’à tenter de déboulonner la statue du commandeur incarnée par la langue. Ce qu’il a tenté de faire lors d’un colloque à l’Assemblée nationale sur l’avenir de la francophonie, en lançant à l’assistance : « Le français n’appartient plus aux Français. »
La nouvelle France dont il s’est fait le chantre doit donc avoir une nouvelle langue. Après le changement de composition de la population, voici venir le grand remplacement du langage. La nouvelle manière d’habiter le monde et plus singulièrement la France s’accompagne d’une autre manière d’appréhender la langue française. Avant de répondre sur le fond du sujet, reconnaissons d’abord l’imparable logique mélenchono-gramscienne. J’en veux d’ailleurs moins à la France insoumise de poursuivre ses objectifs, fussent-ils comme je le crois funestes pour note pays, qu’à tous ceux qui participent de fait à ce grand effacement en ne relevant pas le gant pour le défi qui nous est lancé. Je ne m’explique pas cette forme d’apathie quasi généralisée. Dans tout autre pays, une telle attaque contre la langue aurait suscité une avalanche de réactions indignées et à tout le moins un véritable débat de fond pour ne pas laisser prospérer une telle proposition.
Dans tout autre pays, une telle attaque aurait suscité
En parlant d’autres pays, je me souviens combien nous étions fiers autrefois au lycée français de la Marsa en Tunisie d’apprendre toutes les subtilités de la langue de Molière. En assistant au cours de français, nous avions l’impression d’embrasser la culture d’une vieille et grande nation qui se respectait encore. Aucun de nous n’a jamais eu l’envie et encore moins la volonté de changer le nom de ce qui nous fascinait. Notre professeur, Madame Gallaud, faisait partie de ces enseignants que l’on appelle « coopérants » et qui étaient détachés pour une période donnée en Tunisie dans le cadre d’un partenariat entre les deux pays. Régulièrement, elle nous proposait des thèmes de débat qui enflammaient nos jeunes esprits. L’un des sujets qui avait le plus suscité la controverse était inspiré d’une interrogation d’Albert Camus que Mme Gallaud avait un peu modifiée à la marge : quel rapport y a-t-il entre la conscience d’être Français et l’avenir de la langue française ?
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Le débat avait séparé deux camps dans la classe. Ceux qui affirmaient qu’il n’était nul besoin de lier la langue française à la conscience d’être Français et donc à l’identité. Et les autres qui pensaient à l’inverse qu’on ne pouvait pas dissocier la langue de cette conscience. Interrogée sur la question, je me souviens encore de ma réponse car c’est toujours ce qui me guide aujourd’hui, à savoir la défense de ce lien charnel entre cette si belle langue française et ce qui fonde une société. La cloche avait sonné, le cours était terminé et nos arguments continuaient à s’entrechoquer dans la cour du lycée. Pendant toute une semaine, le sujet nous avait occupé et divisé. En retrouvant Mme Gallaud le lundi suivant, nous brûlions d’impatience de lui fournir de nouveaux arguments plus affutés mais pas encore à cette époque-là « ChatGPTisés ». Nous étions convaincus que le débat ne pourrait être tranché tant nos positions étaient affirmées. Il a suffi d’une phrase de Camus lue par notre professeure pour tout changer. « Ma patrie, c’est la langue française. »
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