
Nouvelle ombre sur les relations franco-algériennes. Le journaliste indépendant Christophe Gleizes, connu pour ses enquêtes sportives publiées notamment dans So Foot et Society, a été condamné en première instance à sept ans de prison ferme en Algérie. L’information, annoncée ce dimanche par Reporters sans frontières (RSF) et son employeur, le groupe So Press, a suscité une vive indignation dans le monde des médias.
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Selon RSF, un appel sera déposé dès ce lundi 30 juin. L’ONG dénonce une décision « injuste », rendue à l’issue d’un contrôle judiciaire de treize mois. D’après des sources judiciaires algériennes citées par l’AFP, Christophe Gleizes a été immédiatement incarcéré à la prison de Tizi Ouzou. Un nouveau procès pourrait se tenir à l’automne, lors de la prochaine session criminelle.
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Une accusation lourde
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Âgé de 36 ans, Christophe Gleizes s’était rendu en Kabylie en mai 2024, afin de réaliser un reportage sur le club de football de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK). Le 28 mai, il était arrêté à Tizi Ouzou et placé sous contrôle judiciaire. Les autorités algériennes lui reprochant notamment une entrée sur le territoire avec un visa touristique, l’« apologie du terrorisme » et la « possession de publications à visée de propagande portant atteinte à l’intérêt national ».
« Ces accusations sont infondées et
totalement réfutées »
À l’origine de ces accusations : plusieurs échanges, datant de 2015, 2017 et 2024, entre le journaliste et un responsable du club de la JSK, également engagé dans le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé comme organisation terroriste par Alger depuis 2021. RSF rappelle cependant que les deux premiers contacts ont eu lieu bien avant cette classification, et que l’échange de 2024 s’inscrivait dans un cadre strictement professionnel, pour les besoins du reportage. « Ces accusations sont infondées et totalement réfutées », insiste l’organisation de défense de la presse.
De nombreuses réactions
« Sa condamnation n’a aucun sens, s’est insurgé Thibaut Bruttin, directeur général de RSF. Elle montre à quel point la justice algérienne est devenue un instrument politique, et à quel point tout aujourd’hui est politisé. » Le fondateur de So Press, Franck Annese, a de son côté appelé à une mobilisation rapide : « Il est crucial que tout soit mis en œuvre, sur le plan diplomatique et politique, pour que justice soit rendue, et que Christophe puisse rentrer auprès des siens. »
Cette affaire s’inscrit dans un contexte diplomatique particulièrement tendu entre la France et l’Algérie. Les relations se sont particulièrement dégradées, l’été dernier, après la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental — un geste perçu comme une provocation à Alger, qui soutient les indépendantistes sahraouis. Depuis, les deux pays ont multiplié les expulsions de diplomates.
Symbole de ces tensions : l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, poursuivi pour « atteinte à l’unité nationale » en Algérie après des propos tenus en France. Condamné à cinq ans de prison, son procès en appel doit rendre son verdict mardi prochain. Une séquence judiciaire scrutée de près, alors que les ONG s’inquiètent d’un climat de plus en plus hostile aux journalistes étrangers dans la région.
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