
Monsieur le Président,
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Pourquoi ce silence face à l’injustice faite à Boualem Sansal ? Nous portons la voix de Boualem Sansal partout où l’on veut bien l’entendre.
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Dans les villes qui nous accueillent, les salles qu’on nous prête, les librairies, les festivals, les lieux de pensée et de beauté. À Paris et en province, en France et à l’étranger. Nous portons son nom comme on brandit une vérité, son œuvre comme une flamme dans l’obscurité.
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Mais pendant que nous parlons, vous, Monsieur le Président, vous vous taisez.
« Ce que nous demandons est simple : un geste. Un mot »
Je vous rappelle que les filles de Boualem Sansal, Sabeha et Nawal, vous ont écrit une lettre ouverte publiée dans Le Figaro et reprise par l’ensemble des médias. Une lettre bouleversante, d’une pudeur et d’une force qui honorent la dignité des combats justes. Elles vous ont parlé en tant que filles de Boualem, en tant que citoyennes, en tant qu’êtres humains blessés. Elles n’ont pas quémandé une faveur, elles ont supplié un acte d’humanité : permettre à leur père, malade, âgé, détenu, de venir se faire soigner en France. Et de retrouver, peut-être, un peu de vie.
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Elles n’ont reçu aucune réponse. Pas un mot. Pas un souffle. Pas une ligne de votre plume, pas une main tendue depuis votre bureau.
Faut-il être un oligarque, un tyran comme le nouveau dictateur syrien ou un milliardaire pour attirer votre attention ? Boualem Sansal, lui, n’a que ses livres, son courage, et une prison. Est-ce cela qui le rend invisible à vos yeux ?
Cet homme, votre administration le connaît. Il a porté la langue française aux quatre coins du monde. Il l’a nourrie de son intelligence, de ses doutes, de ses colères, de ses fidélités aussi. Il est l’auteur d’une œuvre magistrale, reconnue par l’Académie française, traduite dans des dizaines de langues, admirée par des lecteurs de tous horizons.
Et pourtant, face à sa détention arbitraire, face à son état de santé alarmant, la France ne dit rien. Ni soutien officiel. Ni parole forte. Ni même cette pression discrète mais décisive que permet la diplomatie.
Rien. Le vide. Le mutisme glacial. Nous vous le demandons solennellement, Monsieur le Président : qu’est devenue la France des droits de l’homme ? Qu’est devenue la patrie de Voltaire, de Zola et d’Albert Camus ?
Qu’est-ce qu’un écrivain emprisonné vaut encore aux yeux de la République ?
Ce silence nous blesse. Il blesse la communauté littéraire, intellectuelle, démocratique. Il blesse les membres de son Comité de soutien international qui se démènent comme de beaux diables. Il blesse la conscience même de ceux qui, en France, en Algérie, ailleurs, espèrent encore en la puissance du verbe et en l’honneur des nations.
Ce que nous demandons est simple : un geste. Un mot. Une initiative, même discrète. Un acte à la hauteur de l’homme que vous êtes, ou que vous aspirez à être.
Pour notre part, nous continuerons à porter la voix de Boualem Sansal. Mais nous le ferons aussi pour que personne n’oublie que la France, aujourd’hui, reste sourde à l’appel d’un homme qu’elle devrait défendre. Ne pas répondre, c’est cautionner. Ne pas agir, c’est abandonner. Ne pas s’indigner, c’est devenir complice.
Monsieur le Président, il est encore temps. L’histoire, elle, vous regarde.
*Kamel Bencheikh, écrivain franco-algérien, est l’auteur de L’Islamisme ou la crucifixion de l’Occident, préface de Stéphane Rozès, éditions Frantz Fanon, 258 pages, 19 euros
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