
Le lycée musulman Al-Kindi traverse une période de turbulences. Fondé en 2007 à Décines-Charpieu, dans la banlieue-est de Lyon, cet établissement privé accueillant plus de 600 élèves a longtemps fait figure d’exception. Il était jusqu’à récemment le seul lycée musulman sous contrat avec l’État.
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Mais en janvier 2025, l’Éducation nationale lui a retiré ce statut, le privant par la même occasion d’un soutien public estimé à 1,8 million d’euros. Une décision motivée, en partie, par des soupçons d’influence idéologique : la présence, dans les bibliothèques, d’ouvrages d’auteurs proches des Frères musulmans, ou les publications controversées sur le viol conjugal ou la peine de mort pour les homosexuels d’un enseignant et trésorier de l’établissement, ont été relevées lors d’une série de contrôles.
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Une gestion opaque
La situation de l’établissement vient d’être aggravée par un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) d’Auvergne-Rhône-Alpes. Selon les informations du Point, cette instance indépendante a épluché la gestion de l’association Al-Kindi, qui dirige le groupe scolaire, sur la période 2019-2024. Et ses conclusions sont sévères.
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Un mélange des genres
Premier grief : une confusion persistante dans l’usage des deniers publics. Le lycée dispose de deux branches – sous contrat et hors contrat – mais l’argent alloué par l’État à la première a, selon les magistrats financiers, également servi à financer la seconde. Un mélange des genres que la CRC juge contraire aux règles d’affectation des fonds publics.
Par ailleurs, la gestion interne est qualifiée de peu rigoureuse : informations lacunaires transmises aux assemblées générales, absence de procédures de contrôle interne, recrutements familiaux, échanges informels de main-d’œuvre entre entités ou encore délégations de pouvoir peu encadrées…
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Des comptes peu fiables
Autre signal d’alerte : les documents comptables produits par l’association sont, selon la CRC, ni « réguliers » ni « sincères ». Depuis 2019, les bilans sont incomplets, voire absents, indiquent ainsi nos confrères. Certaines familles règlent toujours en espèces, les comptes bancaires ont été fermés à deux reprises (en 2022 puis en 2023) et le recours à un commissaire aux comptes n’a été engagé qu’à la fin de l’année dernière.
En parallèle, l’établissement s’est également retrouvé embourbé dans plusieurs procédures aux prud’hommes. Le rapport fait état de frais juridiques avoisinant 80 000 euros par an – une charge importante pour un budget global estimé à 2 millions d’euros par exercice.
La situation financière globale est donc jugée particulièrement préoccupante. Les résultats oscillent entre excédents et déficits, sans véritable projection à moyen ou long terme. Le fonds de dotation, créé en 2009 pour soutenir financièrement l’école, a été dissous par le tribunal administratif fin 2023, faute de ressources.
Privé de son contrat avec l’État, affaibli financièrement et désormais fragilisé par un rapport accablant, Al-Kindi joue sa survie. L’établissement a engagé un recours pour contester le retrait de son contrat d’association. L’agrément pourrait être réexaminé dans l’année. En attendant, les dirigeants misent sur l’appel aux dons pour compenser la perte des financements publics. Un pari risqué dans un contexte de défiance institutionnelle.
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