
Publicité
À chaque 14 juillet, la même scène.Alors que toutes les unités de l’armée défilent au pas rapide sur les Champs-Élysées, les légionnaires, eux, ferment la marche à un rythme lent et solennel. 88 pas par minute, contre 120 pour les autres. Et pour les accompagner, un chant tout aussi singulier : « Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains… » Un air martial entonné d’une voix grave, répétitif, presque hypnotique. Le public sourit parfois, surpris par cette étrange évocation culinaire. Pourtant, ce « boudin » n’a rien à voir avec la charcuterie.
La suite après cette publicité
Retrouvez toutes les antisèches du JDD
La suite après cette publicité
Un paquetage devenu symbole
La suite après cette publicité
La suite après cette publicité
Dans le jargon militaire, le « boudin » désigne la toile de tente, roulée serrée et portée sur le sac à dos. Cylindrique, elle rappelle la forme d’un… boudin. Ce terme, hérité du XIXe siècle, a traversé les époques. C’est d’ailleurs à cette période que le chant voit le jour, composé par Wilhem (connu pour avoir mis en musique La Marseillaise des écoliers) et un chef de musique militaire, Antoine Dussenty. Mais ce refrain militaire, au-delà du rythme, raconte aussi une histoire. Et une rancune tenace.
« Pour les Belges, y’en a plus »
Dans les couplets, les légionnaires énumèrent les nationalités bienvenues… et désignent les indésirables. « Pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains » ont droit au boudin, tandis que pour les Belges, « y’en a plus ». Pourquoi tant de sévérité ? L’histoire remonte à 1870, en pleine guerre franco-prussienne. Le roi des Belges, Léopold II, ordonne le rapatriement de tous ses ressortissants enrôlés dans la Légion, afin de préserver la neutralité du royaume. Résultat : les légionnaires belges doivent quitter le corps… et rendre leur boudin. L’épisode reste en travers de la gorge. Le chant s’en souvient.
Mais une autre explication circule aussi parmi les historiens. En 1871, l’année suivant la défaite, le ministère de la Guerre suspend les engagements volontaires d’étrangers dans la Légion. Ne sont alors acceptés que les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains – les premiers fuyant l’annexion prussienne. Le chant, là encore, en conserve la trace, donnant à la chanson une valeur de mémoire réglementaire autant que symbolique.
Une marche au service de l’unité
Derrière l’apparente légèreté de son refrain, Tiens, voilà du boudin est avant tout un outil militaire. Il impose le rythme du pas légionnaire, plus lent que celui des autres troupes, et forge l’unité d’un corps à part. Car depuis sa création en 1831 par Louis-Philippe, la Légion étrangère accueille des soldats venus de partout — aujourd’hui plus de 140 nationalités différentes.
Il soude les hommes dans une même culture légionnaire
Ce chant, entonné dans toutes les cérémonies, dans les camps ou en opération, sert de langue commune. Il transmet l’histoire du corps, ses règles, ses fiertés, ses rancunes aussi. Il soude les hommes dans une même culture légionnaire, que l’on soit Kazakh, Colombien ou Français.
Une tradition bien vivante
À Aubagne, au musée de la Légion étrangère, Tiens, voilà du boudin résonne souvent dans les couloirs. Non comme une vieille rengaine, mais comme un marqueur identitaire. Il évoque les combats d’hier, les camarades tombés, les gestes qui unissent.
Lors des défilés, les spectateurs acclament ces hommes venus d’ailleurs, képi blanc sur la tête, barbe taillée, poitrine droite. Ils ne sourient pas. Ils marchent, imperturbables. Et dans le sillage de leurs bottes, un air qui dit tout de l’histoire de la Légion.
Source : Lire Plus






