Le Major M a des milliers d’heures de vol à son actif. Engagée au sein de l’armée de l’air israélienne depuis ses 18 ans, la navigatrice et copilote d’un F-16 a participé à l’opération Rising Lion, durant laquelle Tsahal a frappé durement plusieurs dizaines d’installations militaires et nucléaires iraniennes. En exclusivité pour le JDD, elle raconte son parcours et l’histoire de cette opération aérienne hors du commun.
Le JDD. Vous êtes navigatrice dans un avion de chasse F-16. En quoi consiste exactement votre métier ?
Major M. J’assiste le pilote afin de mener à bien l’opération. C’est moi qui suis chargée des systèmes d’armement, mais aussi des radars et de tout autre système de navigation au sein de l’avion. Le F-16 est un avion formidable, mais il ne peut se piloter qu’en binôme. C’est aussi moi qui, bien souvent, appuie sur le bouton rouge lorsqu’il faut tirer un missile air-sol.
Vous avez participé à l’opération Rising Lion. Quel était votre état d’esprit lorsque vous avez appris que vous participeriez à cette mission ?
C’est certainement l’opération la plus importante à laquelle j’ai participé dans ma carrière. J’étais assez stressée, car j’avais conscience des risques que nous prenions, mais cette opération n’a pas été préparée à la va-vite. Cela faisait des années que nous nous y préparions. La mission était mûrement réfléchie, et c’est pour cela qu’elle a été un véritable succès.
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Quand aviez-vous su que vous étiez sélectionnée pour participer à la mission ?
Pour être très honnête avec vous, nous avons commencé à le comprendre avec la fréquence des entraînements qui ne faisait qu’augmenter. Mais 24 h avant le décollage, pas un seul d’entre nous n’avait été mis au courant de ce qui allait se passer.
En quoi l’opération Rising Lion marque un tournant dans l’histoire militaire d’Israël ?
C’est tout simplement la première fois que nous frappons aussi loin de notre sol. J’ai grandi en entendant parler d’opérations spéciales menées dans des endroits très lointains, par des pays comme les États-Unis ou la France. Nous, Israéliens, étions habitués à combattre des ennemis à nos frontières, au Liban ou à Gaza. Mais la menace de l’Iran était réelle, nous la sentions se rapprocher chaque jour. Je suis fière d’y avoir participé, mais il faut rappeler que nous devons ce succès à notre renseignement. Ce qu’ont fait nos agents est fantastique !

Beaucoup d’observateurs ont été frappés de voir que la défense antiaérienne iranienne n’est pas parvenue à abattre un seul de vos avions. Comment l’expliquez-vous ?
Nous étions préparés à la moindre menace, nous avions analysé pendant des heures et des heures les capacités de défense de l’Iran, leurs missiles antiaériens, leurs radars. Nous savions même qu’ils auraient pu tenter de tirer sur nos bases aériennes pour clouer nos avions au sol. Mais nos services de renseignement nous ont permis de déjouer cette menace. Je vais vous dire : en vol, je n’ai pas vu un seul missile iranien nous menacer.
Quelles sont selon vous les qualités d’un bon pilote de chasse ?
D’abord, la patience, car le processus de recrutement est long, très long. Il faut être assidu, prêt à étudier pendant des mois. Et évidemment, même si cela peut sembler logique, il faut aimer voler ; être dans les airs n’est pas fait pour tout le monde. La patience et le travail, voilà ce qui fait un bon pilote ou un bon navigateur !
En France, peu de femmes sont pilotes ou navigateurs sur des avions de combat. Est-ce plus difficile d’opérer sur ces appareils lorsque l’on est une femme ?
Je pense sincèrement qu’il n’y a aucune différence entre les hommes et les femmes pour remplir ce type de mission. Je pense même que cela pourrait être plus facile pour les femmes, car voler dans un F-16 en binôme demande de communiquer énormément, et les femmes sont réputées meilleures dans le domaine de la communication.
Depuis les frappes d’Israël en Iran, pensez-vous que votre pays est plus en sécurité qu’auparavant ?
Indéniablement, oui. Tous nos objectifs ont été atteints et de nombreuses installations militaires, qui représentaient une menace directe pour Israël, ont été détruites. Cette opération est une preuve supplémentaire de notre force et de nos capacités.
Vous volez au sein d’un F-16, un avion américain qui a plus de 50 ans ! Êtes-vous amenée à voler dans un F-35, un chasseur de dernière génération ?
Non, malheureusement ! En Israël, si vous êtes affecté à un escadron, il est très difficile d’en changer. Mais les F-16, malgré leur âge, sont des avions surprenants et encore très performants et ce notamment grâce au travail de maintenance que nous effectuons dessus.
Et qu’en est-il du Rafale français ?
Je rêve d’en piloter un ! C’est un avion extraordinaire, dans lequel j’ai toujours voulu monter. Un jour, je me suis entraînée avec l’armée de l’air française, j’ai demandé à faire un tour à bord d’un Rafale. Malheureusement, nous n’avons pas pu… Un jour, peut-être ?
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