Dominique de Villepin marche sur les plates-bandes de Jean-Luc Mélenchon. Si l’ancien Premier ministre n’a pas annoncé officiellement sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, il a récemment fondé son parti, La France humaniste, ouvrant la voie à un retour dans l’arène électorale. Et il pourrait au passage prendre des voix à l’Insoumis…
Un récent sondage de l’Ifop, réalisée pour l’observatoire Hexagone sur un échantillon de 9 000 personnes inscrites sur les listes électorales, confirme cette tendance. L’étude révèle que Dominique de Villepin ne récolte que 2 % d’intentions de vote sur l’ensemble de la population. Mais le chiffre bondit à 10 % lorsqu’il s’agit de l’électorat musulman. Paul Cébille, spécialiste de l’opinion et rédacteur en chef de l’observatoire Hexagone, analyse cet engouement pour le JDD.
Le JDD. Quelque 10 % d’électeurs musulmans seraient prêts à voter pour Dominique de Villepin en 2027. Comment expliquer cet attrait pour un ancien Premier ministre de droite ?
Paul Cébille. Dominique de Villepin est une ancienne figure qui a marqué le pays dans les années 2000. Dans plusieurs baromètres de popularité, il fait partie des personnalités avec la meilleure image. Toutefois, cette bonne réputation est peut-être le fait d’une distance avec la politique. Lorsqu’il était à la tête de Matignon dès 2005, il jouissait d’une certaine carrure d’homme d’État, mais son action était bien plus critiquable à l’époque.
Après le regain de tensions au Proche-Orient et l’attaque du 7-Octobre, il est revenu sur le devant de la scène avec des positions favorables à la Palestine. On ne sait pas à quel point il s’agit d’une stratégie, mais cela favorise les liens avec la communauté musulmane, qui est beaucoup plus impliquée dans ce conflit que d’autres électeurs. Si la plupart des Français ne choisissent pas de camp, les musulmans ont plutôt tendance à soutenir la Palestine. Une minorité d’entre eux défend même l’action du Hamas.
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L’électorat musulman peut-il également se retrouver dans d’autres idées de Dominique de Villepin ?
C’est là tout le questionnement. D’une part, cela est tout à fait possible de voir émerger un électorat à la fois musulman, de droite, de banlieue et actif professionnellement – en étant autoentrepreneurs par exemple. C’est aussi ça la France. Cette proportion est toutefois relativement réduite. D’après des chiffres de l’Insee, un peu moins des trois quarts des personnes qui vivent en banlieue dépendent d’une aide sociale.
« Il veut être une troisième voie entre la gauche mélenchoniste et la droite »
De plus, on voit mal un discours libéral de droite plaire à cet électorat. Cela semble contradictoire. Dominique de Villepin est toujours identifié comme un homme de droite. Une partie de son électorat est constituée de soutiens de Valérie Pécresse ou d’Emmanuel Macron. Et un petit peu moins d’un tiers vient du camp de Jean-Luc Mélenchon de 2022.
De manière générale, les électeurs musulmans représentent encore une faible part de l’électorat en France. Presque la moitié des musulmans vivant dans l’Hexagone sont de toute façon étrangers. Une part importante n’est pas inscrite sur les listes électorales ou ne s’intéresse pas à la politique. C’est donc une micro-niche dans une niche.
Peut-on vraiment le considérer comme un adversaire crédible de Jean-Luc Mélenchon ?
Dominique de Villepin s’inscrit dans une concurrence avec Jean-Luc Mélenchon. Il tente d’être l’incarnation d’une France qui s’élève face à deux camps. Il veut être une troisième voie entre la gauche mélenchoniste et la droite. Cependant, le tribun de LFI possède un net avantage, étant donné qu’il rassemble plus de 50 % des musulmans.
Dominique de Villepin pourrait toutefois récupérer des électeurs non-musulmans de Jean-Luc Mélenchon. Il s’agit de certaines catégories de la population française, plutôt non religieuses, jeunes, urbaines, avec des valeurs progressistes, qui défendent la Palestine ou ont une conception beaucoup plus libérale de la laïcité – en pensant que l’identité est une expression individuelle et qu’il faut la respecter. Cependant, l’électorat de droite ne sera pas attiré par son discours, notamment s’il défend le port du voile ou l’immigration.
Dominique de Villepin pourrait-il encore gagner des voix d’ici l’élection présidentielle de 2027 s’il poursuit cette stratégie ?
C’est en tout cas son objectif. Certains Français ont du mal à faire des choix électoraux depuis plusieurs années car ils ne savent plus vers qui se tourner. Ils n’ont plus confiance. Toutefois ses positions sur le conflit israélo-palestinien et le port du voile pourraient surtout lui desservir. Il faudrait que sa stature prenne le dessus pour que certains électeurs en fassent abstraction. Mais cela ne peut pas lui assurer une victoire. D’autant que de mauvais souvenirs de son époque au pouvoir pourraient remonter à la surface et le mettre en difficulté…
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