Le nouveau président des LR, Bruno Retailleau, en est convaincu, « la France est majoritairement à droite ». On voudrait le croire mais, de scrutin en scrutin, la pensée conservatrice se trouve toujours électoralement déçue. La droite se livre, ainsi, depuis des années, à des examens de conscience sans fin pour savoir comment se « refonder ». Ces sempiternels débats, révélateurs des confusions de notre temps, méritent une réflexion plus étoffée que l’énoncé facile de « valeurs » qui flattent la base sociologique de la droite, souvent vagues mais suffisantes, pour gagner parfois les élections.
Par paresse, la droite a refusé d’interroger le socle intellectuel sur lequel elle doit pourtant nécessairement s’appuyer pour retrouver le sens de son action : l’évidence du réel, le souci de l’enracinement, le goût de la transmission, la défense des libertés, la passion de la grandeur, le sens des responsabilités, le besoin d’ordre et le désir d’harmonie, la persévérance de notre identité et un peu de transcendance.
Plutôt que de faire l’inventaire de ses fossoyeurs, la droite doit retrouver, et non réinventer une nouvelle fois, sa souche culturelle pour éviter de n’être qu’un gestionnaire de la vie publique qui ne se distinguerait de la gauche que par le jeu de la compétition électorale. La droite la plus bête du monde a tous les atouts pour devenir la plus belle du monde.
La défaite de la pensée
Il est de bon ton d’asséner que la France ne cesse de se « droitiser ». Cette assertion péremptoire, évoquée avec une régularité mécanique, est pourtant systématiquement démentie dans les urnes. Cette forme de schizophrénie électorale s’explique, sans doute en grande partie, par le fait que la droite n’a pas encore gagné la bataille des idées. Faute de réflexion profonde, elle s’est contentée d’énoncer ses « valeurs » qui, à force d’être évidée de sa sève conservatrice, ont fini par ne même plus effrayer ses adversaires de gauche.
« On attend un manifeste à la hauteur du Capital de Marx »
Tout au long de son histoire, la droite s’est ainsi automutilée pour ne plus apparaître que comme une compétition d’écuries partisanes dépossédées de toute culture politique. Sa pudibonderie l’a conduit a abandonné le combat politique, jugé trop trivial, à la gauche qui n’avait pas ses pudeurs. Le conservateur fait de la politique sans l’avouer, sérieusement mais sans se prendre trop au sérieux.
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La droite n’a pas seulement perdu parce qu’elle a rarement pu se hisser à la hauteur de ses proclamations mais aussi parce qu’elle a fini par perdre de vue le sens de ce qu’elle devait porter. On ne mène pas un projet politique sans le sédimenter d’une vision de l’homme et de l’homme en société. Le trompe-l’œil de la « droitisation » a empêché la droite de s’interroger ce qui constitue son substrat ontologique qui a cru que pour penser la défaite, elle devait défaire sa pensée.
Si la production éditoriale renseigne abondamment ce que peut recouvrir la pensée de gauche, connaître la droite nécessite un effort littéraire. Il existe peu d’ouvrages dédiés, sinon ceux partiaux, écrits par ses adversaires ou encore une histoire maladroite qui confine à la caricature ou à la confusion. On attend un manifeste à la hauteur du Capital de Marx. La défiance du conservatisme à l’endroit des idéologies le rend rétif à la réduction à un corpus sclérosant de doctrines. La pensée conservatrice se nourrit de culture livresque mais refuse de laisser un exercice purement spéculatif réduire la complexité, par essence insaisissable, du monde.
Elle s’est, en revanche, laissée culpabiliser par la gauche qui, depuis qu’elle l’a créée en 1789, n’a cessé de fulminer contre elle des anathèmes anesthésiant son rayonnement en lui donnant mauvaise conscience. Il valait mieux avoir raison avec la gauche qui avait tort. Toutes les périodes sulfureuses de l’histoire, de la colonisation à Vichy, lui sont adossées. Plutôt que de balayer ces amalgames d’un revers de la main, la droite, honteuse, finit par faire sienne ces accusations comme autant de vices à expier.
Sortir de la prison mentale de la gauche
Tétanisée, la droite abandonna à la gauche le combat des idées et finit par penser qu’une culture conservatrice était une anomalie même en période de réussite électorale. Le domaine de la pensée devient le jardin exclusif de la gauche dans lequel seuls quelques hussards osent s’aventurer. La droite ne trouve même pas de secours dans la figure tutélaire du général de Gaulle, convoquée par tout le spectre politique et précurseur du dépassement quand il clame, « c’est pas la gauche, la France ! C’est pas la droite, la France ! ».
S’avouant intellectuellement vaincue, la droite craint tant ses adversaires qu’elle préfère en embrasser les codes, les mots et même les idées. Pour plaire à ses bourreaux, elle évite de convoquer la mémoire des figures authentiquement conservatrices mais être disruptive en citant Jaurès, Moquet, en vilipendant le bourgeois, en acceptant les lois sociétales progressistes.
« La droite s’est contentée d’apparaître comme un gestionnaire efficace de la chose publique, avec succès »
Adoptant la grille de lecture élaborée par son adversaire, elle se piège elle-même. On ne gagne jamais sur le terrain imposé par son adversaire. Les concessions faites à la gauche ne lui ont arraché aucune reconnaissance seulement toujours plus de mépris. La gauche n’aime jamais mieux la droite que lorsqu’elle ne l’est plus.
Il ne lui restait plus que les lauriers du pragmatisme. À défaut de reconquête des esprits, la droite s’est contentée d’apparaître comme un gestionnaire efficace de la chose publique, avec succès. La droite s’est laissé séduire par les sirènes de la dépolitisation, mais le bon sens n’a jamais incarné une vision politique. Notre responsabilité n’est pas de satisfaire des revendications catégorielles mais de proposer un projet commun qui transcende les individualités.
Le conservatisme doit sortir de la prison mentale dans laquelle la gauche l’a enfermée et reprendre le combat des idées. D’abord parce qu’il n’a plus à subir le moralisme progressiste d’une gauche qui s’est trompée sur tout, tout le temps et qui donne des leçons en évitant soigneusement de s’y conformer. Ensuite, parce que les tenants de la déconstruction, eux, sont sans complexe et n’ont pas renoncé à ce combat. Enfin, parce que le combat des idées n’est pas seulement un exercice de haute voltige intellectuelle mais une nécessité pour donner de la densité et du sens à un engagement authentiquement politique au service de la cité et du Bien commun. Notre pays en a urgemment besoin.
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