Il veut sauver des vies. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, répète cette phrase à propos de Donald Trump. Lui-même en a fait une ligne de conduite qu’il adapte tantôt à l’Ukraine, tantôt au Moyen-Orient, comme pour dire : de grâce, croyez-moi, je suis le président de la paix. Pourtant, il y a peu, certains ont eu des doutes sur les intentions pacifistes du président américain. Lorsque, le samedi 21 juin, Donald Trump lançait l’opération « Marteau de minuit » en bombardant les sites nucléaires iraniens, les barons du trumpisme que sont Tucker Carlson et Steve Bannon voyaient rouge. Le président était-il en train de renier une de ses promesses de campagne ? Allait-il renouer avec les guerres sans fin caractéristiques de ses prédécesseurs ?
Lorsque, 24 heures plus tard, le Trump guerrier retrouvait le visage de l’apôtre de la paix, arrachant à la surprise générale un cessez-le-feu entre Israël et l’Iran, même ses ennemis ont reconnu que sa diplomatie avait un sens. Faire état de sa puissance peut aussi être une manière efficace d’obtenir la paix.
Galvanisé par ce premier succès diplomatique, après l’échec d’une guerre en Ukraine qu’il prétendait régler en 24 heures, Donald Trump espère bien pousser son avantage. Pour la visite du Premier ministre Benyamin Netanyahou à Washington lundi 7 juillet, il vise ni plus ni moins que le cessez-le-feu à Gaza. « C’est terrible de voir ces images qui nous arrivent d’Israël et de Gaza depuis le début de cette guerre, et le président veut qu’elles prennent fin », précise encore la porte-parole de la Maison Blanche. Le président américain déteste la guerre et croit dur comme fer que le business peut régler des contentieux séculaires. C’était d’ailleurs le message de sa première tournée au Moyen-Orient en mai dernier, où il remplissait les caisses américaines de centaines de milliards de dollars d’argent saoudien, qatari et émirati tout en pronostiquant la fin des conflits par le biais des relations commerciales.
Depuis, les relations entre Donald Trump et Benyamin Netanyahou se sont réchauffées. À l’époque, Trump avait évité Israël. Il avait négocié dans son coin un cessez-le-feu avec les Houthis qui ne concernait pas l’État hébreu et congédié son conseiller à la sécurité nationale, Mike Waltz, accusé de coordonner sans l’avoir consulté des frappes potentielles contre les sites nucléaires iraniens avec des officiels israéliens. En gros, Mike Waltz faisait la même chose que Trump en Iran, mais un mois trop tôt. Or, chez Trump, tout est dans le calendrier. Donc, après avoir fait front commun avec Netanyahou contre l’Iran, il ne voit plus les choses de la même façon. Il s’est même permis de s’immiscer dans les affaires intérieures israéliennes en qualifiant le procès pour corruption dont est l’objet le Premier ministre de « chasse aux sorcières ». Netanyahou a salué sur X cette harmonie retrouvée, par un objectif commun : « Make the Middle East Great Again » (« Rendre au Moyen-Orient sa grandeur »). Quant à ce qu’il y a au bout de cette formule, le doute subsiste.
En déclenchant ses frappes contre l’Iran le 12 juin dernier, Netanyahou n’aura pas réussi à embarquer les États-Unis dans sa guerre. L’appui offert par Trump avec le largage des bombes GBU-57 sur le site nucléaire de Fordo fera figure d’élément majeur dans le rapprochement. Trump en ressort comme le président de la paix par la force. Netanyahou comme le Premier ministre en mission pour une refonte du Moyen-Orient, mais qui reste à ce jour inachevée. Au cours de ces épisodes guerriers successifs, Israël n’a pu que constater que les pays arabes de la région n’ont pas bougé, apportant même, comme la Jordanie et l’Arabie saoudite, une aide pour intercepter les missiles iraniens. Les Saoudiens auraient d’ailleurs été plus impliqués encore qu’annoncé à l’origine dans leur soutien à Israël. Et la Syrie a offert son espace aérien à la chasse israélienne pour mener ses missions contre l’Iran.
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Il reste que le Hamas contrôle toujours Gaza. Le Hezbollah, bien que diminué, opère toujours au Sud-Liban. Les Houthis représentent une menace balistique contre Israël et en mer Rouge. Et le régime n’a pas changé en Iran. Quant au programme nucléaire, le Pentagone prétend maintenant qu’il aurait été ramené à un ou deux ans en arrière, manière de signifier qu’il n’a pas été détruit, ce qui était un des buts. Trump est conscient que la riposte au 7-Octobre a porté des coups majeurs aux ennemis d’Israël, mais sans en détruire aucun. De plus, et c’est là qu’il compte mettre en avant sa compassion pour les victimes, la situation humanitaire à Gaza est devenue tellement épouvantable que l’image d’Israël en pâtit.
Trump en ressort comme le président de la paix par la force
Il y a fort à parier qu’à l’inverse de la première visite de Netanyahou à Washington, au début du mandat de Trump, ce dernier ne parlera plus de son projet de transformer le territoire en « Côte d’Azur ». Chez Trump, cette évocation correspondait à la psychologie du personnage qui voit dans l’ostentatoire et le luxe des conditions au bonheur. Aujourd’hui, il dit ne plus se souvenir d’avoir utilisé cette formule. Aide aux sinistrés, reconstruction, Trump est prêt à aller loin pour obtenir un cessez-le-feu et le retour des otages. Gaza, c’est le commencement du cycle de conflits. Gaza, c’est une tache qui vient salir l’image du protecteur revendiqué d’Israël et qui a permis à Netanyahou d’enchaîner six mandats. Le cas iranien semblait insoluble, Trump va-t-il encore surprendre ? Il en est certain et annonce un cessez-le-feu pour les prochaines semaines.
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