Pour François Bayrou, l’ascension de l’Himalaya débute mardi, à 16 heures, dans l’un des majestueux salons de Matignon. C’est là que le Premier ministre dévoilera les axes majeurs de son plan de redressement des comptes publics. Les ultimes arbitrages se jouent aujourd’hui. Pas d’escapade à Pau pour le chef du gouvernement, dont le week-end est studieux. « Il enchaîne les réunions de travail », confie un conseiller au JDD. Entouré de son cercle de fidèles et des ministres les plus influents, le Premier ministre a la tête dans les chiffres.
À mesure que l’échéance de mardi se rapproche, l’architecture du budget prend corps. Un temps remise en cause, la cible d’économies se confirme. « Ce sera bien de l’ordre de 40 milliards, annonce une source au sein de l’exécutif, même si le Premier ministre se concentre davantage sur la baisse du déficit public que sur le montant précis des économies. »
40 milliards, donc. Comme promis, l’essentiel de l’effort portera sur la dépense publique, plutôt que des hausses d’impôts. « 90 % du total », avance-t-on à Bercy. François Bayrou a la conviction qu’il doit limiter au maximum l’usage du levier fiscal. La répartition envisagée ? 35 milliards d’euros sur la dépense, 5 milliards via des hausses d’impôts. Le mot est tabou, dans la bouche des membres du gouvernement, mais c’est bien un budget austère que concocte Matignon. Une rigueur qui s’applique d’abord aux budgets des ministères. À l’exception de celui des Armées, dont Emmanuel Macron prévoit l’augmentation au-delà des objectifs de la loi de programmation militaire, aucune enveloppe ministérielle n’a été sacralisée. Certains ministères (Intérieur, Justice ?) verront leurs crédits augmenter à la marge. D’autres enveloppes seront reconduites à leur niveau de l’année en cours, en dépit de l’inflation.
Enfin, quelques ministres, dont Éric Lombard et Amélie de Montchalin, auront la lourde tâche de faire mieux avec moins : leurs crédits vont baisser. Au total, c’est bien une forme d’année blanche sur les budgets des ministères qui se profile, avec un niveau de dépenses globales qui ne sera pas revalorisé à la hauteur de l’inflation. Ce coup de rabot aura des répercussions pour les Français, puisque les ministères ont en charge la distribution de nombreuses subventions publiques. Mais il présente l’avantage d’être rentable : Matignon en attend au moins 10 milliards d’euros, soit un quart du chemin à parcourir.
Les dépenses sociales dans le viseur
C’est l’éléphant dans la pièce. Les dépenses sociales, qui ne cessent de croître et pèsent un tiers du PIB. François Bayrou va s’y attaquer. Un temps oubliée, la piste d’une année blanche sur l’ensemble des prestations sociales, qui ne seraient pas revalorisées sur l’inflation, est revenue au centre du jeu. « Les dépenses sociales engloutissent beaucoup trop d’argent », selon Jean-François Husson, rapporteur général du budget au Sénat, favorable à une année blanche « avec le moins d’exceptions possibles pour que tout le monde se sente concerné ».
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Le gouvernement devrait aussi s’attaquer aux dépenses de santé
Pensions de retraites, RSA, allocations chômage, aides au logement… Un gel généralisé des prestations sociales rapporterait 5 milliards d’euros à l’État. Alors que le déficit de l’Assurance maladie ne cesse de s’alourdir, le gouvernement devrait aussi s’attaquer aux dépenses de santé : la hausse du ticket modérateur est sérieusement envisagée, comme le déremboursement decertains médicaments.
Les collectivités locales ne seront pas épargnées par l’effort budgétaire. La dotation globale de fonctionnement (DGF, 27 milliards d’euros en 2025), qui regroupe l’ensemble des concours financiers de l’État aux communes, départements et régions, pourrait être revalorisée en-dessous de l’inflation, ce qui engendrerait environ 2 milliards d’économies supplémentaires. Enfin, Matignon compte bien freiner la prolifération des opérateurs et agences de l’État, dont les dépenses ne cessent d’augmenter. Mais le rendement potentiel est moins élevé qu’espéré : 500 à 600 millions d’euros.
François Bayrou veut tracer des perspectives d’avenir
Une hausse modérée des impôts
Dans un contexte où le ras-le-bol fiscal gagne du terrain, François Bayrou marche sur des œufs. Le Premier ministre n’activera donc le levier fiscal qu’avec modération. Il prépare néanmoins un coup de rabot sur les niches fiscales, pour aller chercher quelques milliards d’euros de plus. Par ailleurs, le barème de l’impôt sur le revenu pourrait être gelé malgré l’inflation, avec un rendement d’1 à 2 milliards d’euros pour les comptes de l’État. Selon les informations du JDD, la contribution différentielle sur les très hauts revenus, qui vise moins de 30 000 ménages cette année, va réapparaître sous une forme un peu différente, mais avec le même objectif de rendement : 2 milliards d’euros. Un gage de bonne volonté envoyé au Parti socialiste, avec lequel le Premier ministre cherche à nouveau à construire un très hypothétique pacte de non-censure. « L’équilibre politique sur lequel repose le gouvernement, c’est la négociation avec le PS », affirme l’entourage du ministre de l’Économie, Éric Lombard.
Enfin, François Bayrou veut tracer des perspectives d’avenir. Le Premier ministre phosphore sur de nouvelles mesures pour encourager le travail. Une nouvelle réforme de l’assurance chômage pour renforcer l’incitation au retour à l’emploi ? Des choix forts pour alléger les contraintes sur le recours aux temps partiels, à l’intérim ou aux CDD ? Voire l’annonce d’une troisième édition de la loi Macron pour doper l’économie, lever les freins à la croissance et renouer avec l’esprit originel du macronisme ? Réponse mardi.
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