
Dans le couloir du Centre d’études et de recherche en appareillage du handicap (Cerah) des Invalides, un patient déambule sous le regard attentif de son orthoprothésiste. Ce dernier observe la prothèse tibiale qui remplace la jambe droite, amputée. Dans ce centre, l’armée développe un savoir-faire unique pour transformer la vie des grands blessés.
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Au sein de cet atelier hors du commun, six orthoprothésistes conçoivent chaque jour des jambes, des pieds ou des mains pour ceux qui les ont perdus. Un travail de précision, parfois bluffant de réalisme, comme ces mains dont la peau et les veines sont peintes par des épithésistes. « Tout est fait sur mesure. Nous créons entre 250 et 300 prothèses par an », indique Didier Azoulay, responsable du département appareillage orthopédique. Prise de mesures, moulages, essais, retouches… Le Cerah prend en charge des cas complexes, souvent considérés comme des « échecs d’appareillage ». Principalement implanté à Woippy (Moselle), avec des antennes à Paris (INI) et à Créteil, il allie expertise médicale, recherche et innovation technologique. « C’est une équipe pluridisciplinaire qui suit le patient : chirurgiens orthopédistes, médecins rééducateurs, psychomotriciens, psychothérapeutes, et bien sûr les orthoprothésistes », explique Didier Azoulay.
Environ 70 % des patients sont des civils ; et 30 % proviennent du ministère des Armées : anciens combattants, militaires blessés en opex ou personnels non combattants. Les opérations extérieures étant plus rares, le Cerah accueille désormais des combattants ukrainiens. Après un premier soin sur place en Ukraine, ils sont transférés au Cerah ; trois cas compliqués sont pris en charge en ce moment.
Dans le parcours du blessé militaire, le Cerah intervient après quatre phases du soutien médical : stabilisation sur le terrain, opération en base arrière, hôpital médico-chirurgical, puis l’hôpital militaire. « Nous, l’appareillage et la rééducation, intervenons en ‘‘Rôle 4+’’ », résume Didier Azoulay.
Longtemps perçue comme un échec, notamment par le corps médical, l’amputation est aujourd’hui mieux acceptée
C’est ici que Cyrille Chahboune, ancien membre du commando parachutiste de l’air n° 30, a été équipé après avoir perdu ses deux jambes en Irak. « J’ai commencé l’appareillage trois mois après mon accident, se souvient-il. J’étais très fermé, je n’arrivais pas à me projeter dans cette nouvelle vie. » Grâce aux réglages précis effectués au Cerah, Cyrille a pu retrouver une vie « presque normale ». « J’ai passé mon brevet de pilote d’ULM, je fais de la moto et même de la plongée… avec des palmes ! »
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Didier Azoulay souligne le lien profond et durable qui unit sa profession aux amputés. « L’orthoprothésiste est celui qui va rester en contact le plus longtemps possible avec le blessé », explique-t-il, rappelant qu’une prothèse se renouvelle tous les trois à six ans. Longtemps perçue comme un échec, notamment par le corps médical, l’amputation est aujourd’hui mieux acceptée. « Un patient amputé a finalement bien plus de chances de retrouver une vie “normale” qu’un patient en fauteuil roulant. C’est pour ça que l’on fait tout ça. Pour leur redonner leur vie. »
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