
Olivier Marleix venait d’un monde où la manière de dire les choses compte autant que ce qui est dit. Les petites phrases, les piques bien senties et autres éléments de langage, ce n’était pas pour lui. Ses attaques virulentes au sujet du démantèlement d’Alstom visaient juste, sans pour autant tomber dans l’invective ou la vulgarité souvent de mise à l’Assemblée nationale. Né en 1971, d’une allure sportive bien qu’un peu surannée, on aurait dit qu’il sortait tout droit d’un film de Claude Sautet mettant en scène la France bourgeoise des années 1970, en chemise Arnys assortie au costume gris en lainage façonné prince-de-galles avec veste à col cranté. Mais la comparaison s’arrête là, car Marleix ne faisait pas son cinéma.
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Droit dans ses bottes et fier de ses convictions, l’homme en impose quand il prend la parole dans l’hémicycle. Ses flèches acérées sont réservées à Emmanuel Macron, qu’il considère comme le grand « dépeceur » des fleurons tricolores. Le découpage d’Alstom en 2015 avait fait l’effet d’une bombe dont il ne s’est pas remis. Alors président de la commission d’enquête parlementaire sur la politique industrielle du pays, Marleix avait saisi le parquet national financier en 2019 sur les conditions de la vente. La défense de la souveraineté nationale ne se négociait pas pour cette figure gaulliste. Plus de dix ans après cette méga-opération politico-financière, il avait prévu la parution d’un livre choc au titre évocateur : La Dissolution française. Un scandale, un pamphlet à venir, une détestation de ce qu’incarne Emmanuel Macron, il n’en fallait pas plus pour que certains imaginent un complot autour de sa mort, comme un écho à ce qui arriva à l’ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy en 1995.
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Le suicide est un drame familial abyssal. En politique, il prend toujours des proportions que nul ne peut maîtriser. Chacun y va alors de sa théorie déversée comme une vérité sur les réseaux sociaux. On retiendra surtout qu’Olivier Marleix a reçu un hommage unanime en provenance de tous les bancs de l’Assemblée, sans la moindre ombre au tableau. Glacés de douleur et d’effroi, les parlementaires ont observé un moment de silence qui n’était pas seulement une minute d’hommage mais un véritable temps d’introspection renvoyant à la réalité de la politique. Froide, mécanique, injuste. La grande broyeuse récompense souvent ceux qui ne le méritent pas et jette aux oubliettes ceux dont les principes passent avant l’action. Olivier Marleix était de ceux-là.
En m’accordant pour la première fois une interview au micro d’Europe 1 voilà quelques années, en tant que patron des députés LR, il m’avait confié se sentir différent des autres responsables politiques, au sens où il ne fallait pas attendre de lui des coups d’éclat médiatiques. Son plus grand coup d’éclat restera de fait sa constance à dénoncer ce qui lui était insupportable. Depuis quelques mois je n’avais plus de nouvelles et pressentais qu’il voulait se mettre à l’abri de la lumière et des médias. Ce qui n’a rien d’inhabituel avant la sortie d’un livre qui allait certainement faire grand bruit. Et puis Olivier Marleix n’était pas du genre à vous appeler pour faire une matinale tous les quatre matins. Il était plutôt de l’ancien monde politique au sens noble du terme.
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Olivier Marleix était de l’ancien monde politique
Dans ce monde-là, on ne parle que lorsqu’on a des choses à dire. Aujourd’hui, on parle beaucoup lorsqu’on n’a rien à dire. Lui est parti sans rien dire, du moins sans laisser de lettre. Comme un film inachevé. Un film des années 1970 où l’acteur principal desserre sa cravate en fin de repas pour livrer ses désillusions intimes sur un monde politique qui n’a jamais vraiment été le sien, même s’il était le fils de l’ancien secrétaire d’État et baron politique du Cantal, Alain Marleix.
S’il n’a pas occupé les premiers rôles dans des ministères clés, le fils Marleix s’était fait un prénom qui restera à jamais associé à une certaine droiture, à une haute idée de la défense de ses convictions, à la fierté française, à la primauté de l’intérêt général et à un combat éternel qui sera son ultime combat, celui de la souveraineté d’un pays, donc de ses hommes. Paix à son âme.
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