
Depuis juin 2024 des groupes aéronavals (GAN) européens se succèdent en Indopacifique. D’abord les Italiens autour de l’ITS Cavour puis les Français autour du PAN Charles de Gaulle et enfin les Britanniques autour du HMS Prince of Wales. Plus d’un an de présence navale lourde, complexe, puissante, un signal stratégique important bien loin de l’Europe. Au cœur de cette puissance, le porte-avions occupe une place centrale depuis qu’il a succédé aux cuirassés comme arme navale de supériorité. Cette place, régulièrement remise en question, tout particulièrement pendant les périodes de paix qui brouillent les raisonnements, n’est plus contestée dès lors que survient un conflit.
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Un porte-avions est une base aérienne dont on ignore les coordonnées GPS. Le Charles de Gaulle, unique porte-avions français, parcourt 1000 km par jour, il peut se situer en trente minutes dans une zone grande comme le département de la Loire, ce qui rend les recherches par satellite complexes. Pour l’atteindre, il faut réussir à passer plusieurs couches de défense sous la mer, sur la mer et dans les airs. Il est un formidable agrégateur et permet aux autres marines qui n’en sont pas équipées de maintenir un haut niveau opérationnel. Il nous confère le statut de « nation-cadre » dans les opérations navales.
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Dans cette période de violence désinhibée où les logiques impériales sont de retour, le réarmement naval est massif. Les pays désirant demeurer des puissances navales ou ceux aspirant à le devenir l’ont compris. Ils le manifestent par la possession, la construction ou la transformation de porte-avions ou de porte-aéronefs. Les États-Unis en possèdent onze, la Chine trois, l’Inde deux, tout comme le Japon et le Royaume-Uni. Il semble évident que tous ces pays ne peuvent se tromper dans le besoin vital de posséder plusieurs de ces bâtiments lorsque l’on se souvient que 70 % des villes sont à portée d’ailes de ces géants des mers.
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Le nouveau porte-avions, un immense défi
Dans la loi de programmation militaire 2024-2030 figure la construction d’un remplaçant du Charles de Gaulle livré en 2038. Plus grand, plus large, plus lourd, ce porte-avions de nouvelle génération (PANG) sera le plus gros bâtiment de combat européen. Un immense défi humain, industriel qui génère plus de 18 000 emplois pour des dizaines d’entreprises sur l’ensemble du territoire national. Sa réalisation est un défi technologique gigantesque que seuls quelques pays peuvent réaliser. La construction par TechnicAtome de nouvelles chaudières nucléaires de 220 MW (les K22) plus puissantes que celles du Charles de Gaulle (les K15) de 150 MW ne peut souffrir d’aucun retard en raison d’un calendrier serré. Pour de multiples raisons, même un léger décalage du programme se traduirait par plusieurs années de retard pouvant entraîner une rupture capacitaire.
Mais la question qui se pose désormais en raison de la situation géopolitique, c’est bien la permanence à la mer d’un porte-avions français. Pendant les périodes d’entretien (c’est le cas en ce moment) ou les arrêts techniques majeurs (ATM), nous n’en disposons plus. Ce qui pouvait être accepté à la fin de la guerre froide ne l’est plus aujourd’hui. Cette présence discontinue nous prive également de la deuxième composante navale de la dissuasion nucléaire. Pour ces raisons la construction d’un second PANG ne doit pas être écartée, même si elle ne peut être envisagée avant la prochaine décennie à la fois pour des raisons budgétaires mais également en raison du calendrier industriel que cela représente.
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Ainsi, une prolongation du Charles de Gaulle pourrait être envisagée. Son prochain ATM (2027) devrait nous éclairer sur cette possibilité qui permettrait à la France de disposer à nouveau d’une permanence à la mer avec l’arrivée en 2038 du premier porte-avions nucléaire de nouvelle génération… en attentant son petit frère.
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