On l’ignore souvent, mais la République tente de changer les mentalités et tout n’est pas qu’inaction sous la présidence d’Emmanuel Macron. Prenons un exemple concret : depuis juin 2025, le ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, en partenariat avec le (très long à défaut d’être influent) ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, soutient le programme « Ambassadrices de l’égalité », qui vise à sensibiliser les « primo-arrivants », en particulier les femmes, à l’égalité des genres. Les ateliers sont animés par des femmes d’origine étrangère installées en France depuis plus de cinq ans et ayant réussi leur intégration.
Déployés à travers cinq départements pilotes pas forcément attendus — Corrèze, Dordogne, Haute-Savoie, Nièvre et Isère — ces ateliers s’inscrivent dans le Plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027 intitulé « Toutes et tous égaux ». La République française aime décidément les noms ronflants et les intitulés à rallonge. Il n’y a aucun mal à cela, mais que se cache-t-il derrière ces énoncés qui ne nous disent, finalement, qu’une seule chose : les nouveaux entrants sur le territoire hexagonal n’ont qu’une notion floue du droit des femmes. Si floue qu’il est bon que l’État commence à s’en préoccuper.
Selon le ministère de l’Intérieur, les femmes immigrées sont davantage « susceptibles d’être exposées à des violences sexistes, sexuelles et/ou à des violences conjugales ». Pour la seule année 2023, l’Office français de l’immigration et de l’intégration a comptabilisé plus de 130 000 immigrés ayant signé un contrat d’intégration républicaine, dont une petite moitié de femmes. Or, celles-ci — souvent meurtries du long périple entamé — se retrouvent isolées et à la merci des différentes plaies du trafic humain. Sans compter que les nouveaux venus arrivent en portant en eux une mentalité parfois peu compatible avec les valeurs défendues à grands coups de clairon par une Marianne qui semble, de plus en plus, avoir troqué sa vision claire contre le bandeau opaque de sa sœur Justice. C’est plus commode quand on ne voit rien. Quand les hommes traversent les frontières, c’est aussi une autre vision des femmes qui s’importe. Une vision souvent plus précaire, patriarcale et rétrograde. L’État peut toujours dire « non » d’un côté et, par nécessité, ouvrir des ateliers de l’autre. Nous ne sommes plus à une tartufferie près.
Quand les hommes traversent les frontières, c’est aussi une autre vision des femmes qui s’importe
À ce jour, ce sont donc plus de 30 ateliers qui ont été organisés et qui ont réuni, sur la base du seul volontariat, 500 participants dont 60 % de femmes. Selon le ministère en charge de l’Égalité, l’on vise « la promotion de rôles-modèles pour inspirer, motiver, accompagner et favoriser le dialogue entre la société d’accueil et les nouveaux arrivants ». Pour l’instant doté d’un budget modeste (100 000 euros), les frais servent à couvrir plusieurs postes : la formation des ambassadrices, la création d’un kit pédagogique (ce qui me fait songer que nous n’avons toujours pas reçu le kit « urgence et survie en terres postapocalyptiques »), ainsi que l’organisation logistique (déplacements, location de salles…).
Chaque atelier dure deux heures et favorise les échanges et la prise de parole à travers des témoignages et des mises en situation. Le message central est le suivant : « En France, les femmes et les hommes sont égaux devant la loi : ils ont les mêmes droits dans leur vie familiale, professionnelle et en tant que citoyens et citoyennes ». Mais deux heures pour changer la mentalité d’une vie entière, c’est peu. Très peu. Trop peu. En seulement 120 minutes, ces ateliers doivent couvrir l’évolution et la construction des droits des femmes (mention spéciale au fait qu’Olympe de Gouges fait, elle aussi, partie du package !), déconstruire les stéréotypes de genre et sensibiliser aux violences conjugales. Les participantes sont également informées sur l’accès à la contraception et le droit à l’avortement.
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On tente d’« occidentaliser » de manière express des gens venus des quatre coins du monde et qui, tous, portent en eux le poids séculaire de civilisations établies depuis parfois des millénaires. Qu’on ne s’y trompe pas, le programme est louable en soi ! Il serait aberrant de ne pas vouloir « émanciper » les nouvelles arrivantes, mais qu’il est pénible que l’État le fasse quasi en cachette, comme en ayant honte de reconnaître que les « primo-arrivants » ne sont pas tous, spontanément, compatibles avec les valeurs de Marianne.
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