
Amiens, 1883. Une ville engourdie sous les ors d’une IIIe République satisfaite. Des notables s’empâtent dans leur confort bourgeois pendant que les journaux font leurs choux gras d’un étrange cambrioleur masqué, sorte de Robin des Bois en frac noir et haut-de-forme. C’est dans ce décor Belle Époque que Céline Ghys déploie son intrigue, et convoque le maître des lieux, Jules Verne lui-même, pour résoudre un crime qui dépasse les apparences.
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Car Jules Verne et le gentilhomme cambrioleur, sous ses airs de roman policier historique, est avant tout un hommage à l’auteur visionnaire, bien sûr, mais aussi à une époque où l’imaginaire pesait plus lourd que les faits divers. Ghys ne pastiche pas Verne, elle le convoque. Et ça fonctionne. L’écrivain y apparaît vivant, hanté par ses propres fantômes, ironique, sagace, presque mélancolique.
L’enquête est menée par un jeune journaliste, Lucien Carambel, double à peine déguisé d’un Rouletabille naïf, qui incarne cette génération curieuse, éprise de vérité et de sensationnalisme. L’intrigue avance à pas feutrés : un cambriolage, un meurtre, un duel idéologique entre modernité et décadence. Il y a du Maurice Leblanc dans l’air et un parfum de gentleman-thriller à l’anglaise porté par une plume élégante, documentée, jamais pesante. Mais ne vous y trompez pas : derrière la reconstitution soignée, les répliques ciselées et les corsets de velours, le roman interroge notre époque. Le déguisement du voleur devient métaphore. Le masque social, le théâtre de l’apparence, l’art de tromper pour mieux révéler. Comme un clin d’œil à nos faux-semblants contemporains.
Céline Ghys signe un polar érudit mais jamais ennuyeux
Céline Ghys signe ici un polar érudit mais jamais ennuyeux, léger sans être futile, rythmé sans perdre le fil. Un roman qui respire l’encre, la poudre, le cuir vieilli et cette douce nostalgie d’un temps où les écrivains étaient encore des aventuriers, et les cambrioleurs des gentilshommes.
En redonnant voix et corps à Jules Verne dans les ruelles sombres d’Amiens, Ghys nous invite à une relecture du passé, avec panache. Et s’il y a un message dans ce clin d’œil à la littérature populaire, c’est peut-être celui-ci : il faut voler la lumière là où l’époque installe l’ombre.
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Jules Verne et le Gentilhomme cambrioleur, Fayard, 288 pages, 19,90 euros.
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