
C’est une idée qui crispe l’opposition de droite comme de gauche. Mardi 15 juillet, François Bayrou a suggéré de supprimer deux jours fériés pour réduire le déficit public, citant explicitement le lundi de Pâques et le 8 mai, date de la capitulation de l’Allemagne nazie. Objectif affiché : dégager 3,5 milliards d’euros grâce à deux journées supplémentaires travaillées, affectées notamment au budget de la défense. « Le mois de mai est devenu un véritable gruyère », a justifié le Premier ministre.
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Mais cette annonce touche à des symboles forts, et la riposte a été immédiate. À gauche, le député La France insoumise Thomas Portes juge que la suppression du 8 mai comme jour férié est une « honte absolue », tandis que son collègue Aymeric Caron dénonce un « contresens absolu de l’Histoire » et une « soumission pathétique au capital prédateur ».
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« Une provocation inacceptable, dénonce de même Marine Tondelier, cheffe de file des Écologistes. François Bayrou propose donc que le 8 mai, qui commémore la victoire contre le nazisme, ne soit plus férié. On doit le comprendre comment exactement ? ». Fabien Gay, sénateur communiste, s’insurge quant à lui contre « deux jours fériés offerts au patronat ».
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Même son de cloche à l’autre extrême du spectre politique : « La suppression de deux jours fériés est une attaque contre notre histoire, nos racines, contre la France du travail. Aucun député RN n’acceptera cette mesure », tempête le patron du Rassemblement national, tandis que Frédéric Falcon, député du même parti, voit dans la suppression du 8 mai férié une « insulte à ceux qui sont tombés pour défendre la France libre face à l’Allemagne nazie ».
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Du côté des souverainistes, Nicolas Dupont-Aignan, président du parti Debout La France, ironise : « Et si on supprimait plutôt le Gouvernement ? » tandis que Florian Philippot, patron des Patriotes, refuse « deux jours de boulot gratuits ».
Le 8 mai, les Français célèbrent la Victoire des Alliés et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe en 1945. Fait singulier : parmi tous les pays alliés, la France est la seule à commémorer cette victoire précisément le 8 mai. Mais cette date n’a jamais été figée : en 1946, l’Assemblée constituante décide que la célébration se tiendrait le dimanche suivant si le 8 tombe en semaine, avant que le gouvernement ne revienne en 1951 à une commémoration systématiquement le 8 mai. En 1959, le caractère férié est supprimé par Michel Debré, pour des raisons économiques, déjà.
« Fête internationale de la liberté et de la paix »
Le débat ressurgit en 1975, lorsque Valéry Giscard d’Estaing choisit, au nom de la réconciliation européenne, de supprimer carrément les commémorations du 8 mai, préférant célébrer le 9 mai, fête de l’Europe. Ce geste, salué outre-Rhin, suscitera l’hostilité d’associations d’anciens combattants et sera finalement annulé par François Mitterrand en 1981, qui rétablit le jour férié et les cérémonies, qualifiées alors de « fête internationale de la liberté et de la paix ».
Pour leurs défenseurs, le lundi de Pâques et le 8 mai ne sont donc pas de simples jours fériés : ils témoignent d’une mémoire commune et d’un calendrier façonné par l’histoire et la religion. Le gouvernement, lui, doit désormais consulter syndicats et patronat avant toute réforme, comme l’impose la loi Larcher. Après la bataille des retraites, le dialogue social s’annonce déjà électrique. Mais pour beaucoup, le débat dépasse les chiffres : c’est bien une question de mémoire, d’histoire… et d’identité.
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