
Il en est des polars historiques encore différemment des romans historiques : outre l’ambiance d’une époque à rendre fidèlement, c’est tout un système judiciaire dans lequel il nous faut nous plonger, avec ses aléas, ses arguties, ses mobiles. Anne Villemin-Sicherman n’en est pas à son coup d’essai puisque nous retrouvons son personnage d’Augustin Duroch pour la neuvième fois.
Publicité
Mais elle s’affirme encore comme maîtresse du genre, avec La Dernière chance d’Éléonore, nous plongeant tantôt dans des scènes de genre à la Watteau de Lille, tantôt dans des toiles sombres de Greuze, tantôt dans le souffle épique révolutionnaire de David. La Terreur révolutionnaire, période aussi brève que fantasmée, prend alors vie à travers un drame qui n’a, semble-t-il, rien de politique : le 23 pluviôse an II, au château de Goin près de Metz, on retrouve le cadavre d’une villageoise sur le perron du domaine d’Éléonore de Cussange. Cependant, la loi des suspects rendant coupable par principe la jeune noble, elle n’a pas d’autre choix que de fuir avec sa fille Lou.
La suite après cette publicité
Face à cette injustice, le vétérinaire Augustin Duroch se lance dans une enquête pour lui-même dangereuse : son acharnement à défendre la fugitive attire vite les soupçons, de même de la proximité de son fils Julien avec Lou. D’autant que, dans la très républicaine Alsace, l’arrivée du redoutable Duquesnoy, envoyé du Comité de Salut public, compromet toute chance d’un procès équitable : dans ce climat de suspicion généralisée, quelle place la vérité peut-elle se frayer face à une idéologie totalitaire ?
La suite après cette publicité
L’auteur, avec une plume élégante et précise, reconstitue brillamment l’atmosphère oppressante de la Révolution mais aussi sa quotidienneté. Les personnages, fictifs ou historiques, sont finement travaillés et s’inscrivent dans un contexte rigoureux. Anne Villemin-Sicherman a fait là œuvre d’historien : elle partage sa solide bibliographie en fin d’ouvrage et le résultat, haletant et vivant, n’en est que plus impressionnant. Les dialogues sont particulièrement réussis — et c’est un exercice qu’un lecteur habitué du genre sait périlleux. Citoyenne Villemin-Sicherman : acquittée !
La dernière chance d’Éléonore, Anne Villemin-Sicherman Calmann-Lévy 456 pages 21,90 euros
Source : Lire Plus






