Depuis le 9 juin 2024 et la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président Macron, la France est entrée dans une grave crise politique, qui devrait atteindre son paroxysme en septembre 2025. L’augmentation récente des taux d’intérêt des obligations de l’État français montre d’ailleurs que les investisseurs sont de plus en plus inquiets quant à la capacité de la France à réduire ses déficits publics, et a fortiori sa dette publique.
Et pour cause : comme cela s’observe de façon continue depuis 2008, cette dernière a battu un nouveau record historique au premier trimestre 2025. Ainsi, en augmentant de 40,51 milliards d’euros en un seul trimestre (soit + 1,2 %), elle atteint désormais le montant astronomique de 3 345,8 milliards d’euros. Depuis le début 2020, la dette publique française a explosé de 958,4 milliards d’euros. Or, sur cette même période, le PIB français en valeur (c’est-à-dire augmenté de l’inflation) a progressé de 500,8 milliards d’euros. Non, vous ne rêvez pas : il manque 457,6 milliards d’euros. Un vrai scandale d’État !
Le drame est que la France est le seul pays de la zone euro qui dérape autant sur les déficits et la dette de ses administrations publiques. De quoi justifier l’augmentation du taux d’intérêt à dix ans des obligations de l’État français à plus 3,4 %, le 11 juillet 2025. Mais attention, ce niveau n’est pas grand-chose comparé à la flambée qui se produira lorsque la note de la France tombera à « simple A » au cours des prochains mois.
N’oublions pas qu’au plus fort de la crise grecque de 2010-2015, le taux d’intérêt des obligations de l’État grec à dix ans a atteint 38 %. Même si un tel cas de figure reste peu probable en France, il faut néanmoins se préparer à une forte augmentation des taux d’intérêt.
Si, jusqu’à présent, les agences de notation ont fait preuve d’une étonnante clémence à l’égard de la France, elles devront forcément réagir en septembre prochain lors du débat autour du budget 2026. En effet, soit le gouvernement Bayrou établit un projet de budget très conciliant et qui ne permettra pas de réduire significativement le déficit public, soit il met en place un budget solide et crédible de réduction de ce dernier et se heurtera alors à la validation d’une motion de censure. Dans tous les cas, la crise politique s’exacerbera et plongera la France et l’Europe dans une tempête économico-financière dramatique.
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Celle-ci se traduira par quatre conséquences principales :
Premièrement, cette crise politique engendrera mécaniquement une augmentation de l’incertitude économique, sociale et sociétale. Dans ce cadre, et comme cela s’observe d’ailleurs depuis un an, de nombreux projets d’investissement qui étaient « dans les tuyaux » risquent d’être reportés, voire abandonnés. D’où une baisse significative de l’activité, qui est déjà particulièrement moribonde.
Deuxièmement et comme cela s’observe également depuis un an, avec certes des phases de pause puis de recrudescence, cette crise politique va alimenter l’augmentation des taux d’intérêt des obligations d’État. Ces derniers devraient ainsi rapidement dépasser les 4,0 %, voire les 4,5 % pour les taux d’intérêt à dix ans. Cette tension va automatiquement engendrer une augmentation des taux d’intérêt de l’ensemble des crédits. D’où une baisse de l’investissement des entreprises, de la consommation des ménages et de l’activité immobilière.
Pour ne rien arranger, cette augmentation des taux d’intérêt obligataires va susciter un alourdissement de la charge annuelle d’intérêts de la dette publique. Déjà proche de 70 milliards d’euros cette année et prévue par Bercy à 100 milliards d’euros « à court terme », la facture va encore s’aggraver. Ce qui augmentera encore davantage le déficit public, d’où une nouvelle hausse de la dette publique, puis des taux d’intérêt, donc un nouvel affaiblissement de l’activité… et le cercle pernicieux continuera.
À ce sujet il est opportun de rappeler que, selon les chiffres de Bercy, de 2015 à 2030, la charge d’intérêts de la dette publique française aura atteint 996 milliards d’euros. Oui ! Quasiment 1 000 milliards d’euros jetés par les fenêtres ! De quoi faire taire ceux qui osent encore soutenir aujourd’hui (et ils sont malheureusement nombreux) que la dette publique ne coûte rien…
Cette crise franco-européenne provoquera évidemment de lourds dommages à l’échelle des marchés financiers internationaux
Troisièmement, face à ces nouveaux dérapages, la France pourrait aussi susciter une nouvelle crise de la dette, puis une nouvelle crise politique à l’échelle de l’ensemble de la zone euro. D’où une nouvelle phase de tensions sur les taux d’intérêt obligataires et par là même une aggravation de la morosité économique… De plus, cette crise de la zone euro engendrera une dépréciation de l’euro, ce qui accroîtra l’inflation importée et par là même l’inflation globale. Dans ce cadre d’une inflation durablement élevée, la BCE ne pourra donc pas réagir massivement pour soutenir l’activité.
Quatrièmement, toutes ces piètres évolutions ne manqueront pas de peser sur les marchés boursiers. Même si 80 % des profits des entreprises du CAC 40 sont réalisés à l’étranger et restent donc peu dépendants de la situation « franco-française », de tels déboires susciteront une crise de confiance auprès des investisseurs internationaux qui pourraient bien réduire durablement leur exposition au « risque France ». N’oublions pas que 54 % de la dette publique française et 50 % du capital des entreprises du CAC 40 sont détenus par des non-résidents.
Compte tenu des interférences financières internationales, cette crise franco-européenne provoquera évidemment de lourds dommages à l’échelle des marchés financiers internationaux. Et ce, d’autant que ces derniers resteront affectés par la guerre commerciale mondiale qui est loin d’être terminée, par des tensions inflationnistes toujours élevées, sans oublier les risques géopolitiques, par définition incontrôlables.
En trois mots : attachez vos ceintures !
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