Un an et demi qu’il était « banni » des ondes. Depuis son départ tumultueux de NRJ, fin 2023. Mais depuis le 28 avril dernier, il a retrouvé le micro, aux commandes de la matinale (7 h-11 h) d’Europe 2. Six semaines plus tard, il en est déjà devenu la locomotive. Et toute la station (propriété de Lagardère News) est portée par son arrivée. Avec déjà 99 000 nouveaux auditeurs gagnés sur sa tranche, des écoutes digitales en hausse de 35 % et des extraits de son émission qui comptabilisent des millions de vues en ligne, l’émission de Sébastien Cauet et sa bande est déjà un succès incontestable. Décryptage d’un come-back retentissant.
Le JDNews. Quel est votre sentiment, en découvrant les premiers résultats d’audience ?
Sébastien Cauet. Déjà, rappelons que le sondage s’étale sur trois mois, et que je n’ai fait que six semaines d’antenne. Au départ, j’avais dit à mes équipes et à la direction qu’on essaierait juste de stopper l’hémorragie. Avec Europe 2, d’une certaine façon, on se redonnait une chance mutuellement. Ils me tendaient un micro, et je relançais la machine. Mais on n’imaginait pas que les gens nous rejoindraient aussi vite. C’est d’autant plus encourageant que notre rentrée s’est faite en fin de saison. Un signe du destin peut-être : il y a vingt-quatre ans, déjà sur Europe 2, j’avais démarré au mois d’avril [« Le Morning » de Cauet, NDLR], et l’émission avait été un carton ! Là, je pense qu’il y a des gens qui m’aiment bien depuis des années qui ont changé de radio pour l’occasion. On a eu énormément de témoignages d’amour, notamment sur les réseaux. Le public me remercie chaque jour et ça me touche infiniment… même si c’est à moi de tous les remercier.
Quelle est la recette de ce succès fulgurant ?
J’ai commencé à 13 ans sur une radio locale dans l’Aisne, j’en ai 53… ça fait pile quarante ans de radio. La base, c’est d’être heureux d’être là. D’être honnête avec les gens et, surtout, de les aimer. Beaucoup de personnes qui m’écoutent depuis longtemps me raccrochent à un bout de leur vie. Sans m’en rendre compte, j’étais là pour eux, souvent dans des moments difficiles. Sur Europe 2, je voulais de nouveau faire une émission populaire, conviviale, qui repose sur des valeurs familiales. Que l’on arrive à créer quelque chose d’ultra-complémentaire à Europe 1, qui est une radio d’actualité.
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« Ce que j’ai vécu, et que je vis encore, je ne le souhaite même pas à mon pire ennemi »
Je revendique la dimension très populaire de l’émission, qui parle à toute la France, notamment dans les campagnes. Je pense que les gens aiment mon côté « on peut rire de tout ». Mais c’est aussi le succès d’une équipe soudée depuis longtemps. C’est d’ailleurs la condition pour que ça fonctionne aussi rapidement. Il n’y a pas eu besoin de rodage entre nous. Avec Piètre, Stouf [Stéphanie] et Corentin notamment, on se connaît depuis dix, quinze, voire vingt ans. Ça fait toute la différence.
En novembre 2023, vous faisiez l’objet d’une série d’accusations d’agressions sexuelles qui vous ont valu d’être écarté de la station NRJ. Vous restez présumé innocent mais certaines procédures sont encore en cours. Vivez-vous votre succès actuel comme une revanche ?
Comme une revanche, non, même si certains m’ont qualifié « phénix » pour ma capacité à renaître de mes cendres. Mais ce que j’ai vécu, et que je vis encore, je ne le souhaite même pas à mon pire ennemi. Je n’en parle pas, car la justice est encore en cours, et je laisse les juges travailler. J’ai néanmoins appris le sens du mot « résilience ». J’ai connu des choses terribles, comme la perte de mes parents, très jeune, mais là, je crois que c’est ce que j’ai vécu de pire. L’amour de ma femme, de mes proches, et les milliers de témoignages affectueux que j’ai reçus au quotidien m’ont sauvé. C’est ce qui fait que je suis là aujourd’hui. C’est terrible, car tout s’est arrêté en un claquement de doigts. C’est un tsunami dans une vie [ému]… je suis vraiment passé par une phase très dure. Mais mon émission sur Europe 2 est la meilleure thérapie du monde.
Est-ce un problème d’époque ?
Il y a en tout cas une puissance de calomnie médiatique, réseaux sociaux compris, qui va plus vite que la justice.
On vous retrouve à la rentrée sur Europe 2 ?
Bien sûr ! Reprise le 18 août, avant tout le monde. Je pense d’ailleurs que le décalage est une bonne chose. Comme le fait de faire un 7 h-11 h, qui s’écarte des créneaux habituels de radio. En sortant du sacro-saint 6 h-9 h, on touche un autre public. Les mamans à la maison, tous ceux qui sont encore en voiture, bref, tous ceux qui peuvent nous écouter différemment. Les habitudes d’écoute de nos auditeurs ont changé, et la radio doit se réinventer urgemment.
C’est-à-dire ?
Quand j’ai démarré, la concurrence, c’était les autres radios et la télévision. Mais aujourd’hui, vous avez des dizaines de milliers de concurrents potentiels ! Chaque contenu sur Internet, chaque chaîne YouTube, chaque série Netflix est un concurrent. La question à se poser tous les jours : que puis-je faire pour donner envie aux auditeurs de revenir dès le lendemain matin ? Comment les inciter à rallumer leur bon vieux poste de radio, à relancer l’appli ou à réécouter les podcasts ? D’autant que l’humour vieillit mal. Il faut, en effet, savoir le réactualiser régulièrement. Et j’ai justement toujours tenté, avec mes équipes, de regarder plus loin.
Avez-vous d’autres projets en parallèle ?
La priorité c’est de poursuivre cette matinale sur Europe 2. Mais ce que j’aime dans ce groupe [Lagardère News], c’est qu’il y a des possibilités incroyables. En digital, peut-être en télévision, en explosant encore un peu plus les podcasts et, pourquoi pas, se retrouver un jour sur deux radios [Europe 1 et Europe 2]. Ça n’a jamais été fait et ça pourrait être marrant… Moi, j’aime casser les codes !
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