L’essentiel
- Depuis quelques mois, Nîmes est le théâtre d’une guerre opposant les trafiquants de stupéfiants de plusieurs quartiers. Les fusillades sont de plus en plus fréquentes, et les victimes de plus en plus nombreuses.
- « Nîmes est devenue une zone de non droit, on fait ce que les trafiquants veulent. La ville est dans leur main », déplore auprès de 20 Minutes Mélissa Gil, la représentante dans le Gard du syndicat Alliance police qui réclame des effectifs de policiers supplémentaires.
- Face aux trafiquants, « les moyens policiers ne sont pas toujours à la hauteur », regrette aussi une source proche du dossier qui dénonce « une structuration défaillante conséquente à la réforme de la police judiciaire ».
Le message d’avertissement circule depuis mercredi sur les réseaux sociaux. Dans un français approximatif, ses auteurs menacent toute personne entrant dans le quartier Pissevin, à Nîmes, de se faire tirer dessus. « On va tuer même les petits de 5 ans. Gardez vos gosses chez vous en sécurité, chaque personne qui croise nos hommes en noir sera criblée de balles, même le petit jeune qui va chercher du pain pour sa mère. » Les « clients » et « guetteurs » des points de deal de la cité sont particulièrement visés. Une publication glaçante qui témoigne d’un emballement dans la guerre de plus en plus violente que mènent les trafiquants de drogue de plusieurs quartiers de la Rome française depuis quelques mois.
« Nîmes est devenue une zone de non droit, on fait ce que les trafiquants veulent. La ville est dans leur main », déplore auprès de 20 Minutes Mélissa Gil, la représentante dans le Gard du syndicat Alliance police. Jeudi, des agents de la voirie qui intervenaient au Mas de Mingue « ont été accueillis par deux mecs cagoulés et armés de kalachnikov », qui leur ont interdit d’entrer dans le quartier pour vider les conteneurs à ordures, relate la syndicaliste. « Les narcotrafiquants veulent tout contrôler. Les services de la ville métropole, les sapeurs pompiers, ne veulent plus aller dans les quartiers, sauf s’ils sont sous escorte policière. Ça va mal. On n’a pas les moyens de tous les accompagner dans leurs missions », poursuit-elle.
Des fusillades de plus en plus fréquentes
Depuis quelques jours, le conflit qui oppose les quartiers nîmois de Pissevin, Valdegour, Némausus-Jonquilles et Mas de Mingue, a gagné en intensité. Mardi, le corps d’un homme de 19 ans, tué par balles et partiellement calciné, a été retrouvé par des promeneurs à Saint-Bénézet, à une trentaine de kilomètres de Nîmes. Le meurtre de cette petite main du trafic de stupéfiants, qui a été ligotée avant d’être incendiée, a été filmé et diffusé sur les réseaux sociaux. Le 10 juillet, au Mas de Mingue, un homme a été tué par balles et un autre a été blessé par des assaillants en voiture qui ont pris la fuite. Quelques jours avant, le 27 juin, une fusillade avait fait six blessés, dont quatre mineurs, dans le quartier populaire de Valdegour.
Dernier épisode en date, ce vendredi matin. Selon nos informations, une fusillade a éclaté dans le quartier de Valdegour et une enquête pour tentative d’homicide a été ouverte par le parquet. La veille, vers 22 heures, à Pissevin cette fois, un groupe de jeunes a été ciblé « par un tireur doté d’une arme longue » qui se trouvait dans une voiture ayant pris la fuite, a indiqué la procureure de la République de Nîmes, Cécile Gensac, dans un communiqué.
« Des moyens policiers pas toujours à la hauteur »
« Tous les jours, ils vont se tirer dessus », souffle Mélissa Gil qui regrette que la police « n’ait pas les moyens de les contrer ». Elle dénonce « le mensonge » de Bruno Retailleau, le ministre de l’Intérieur, qui, en mai dernier, avait annoncé l’arrivée à Nîmes de 30 policiers supplémentaires. « Mais on ne les a jamais vus. Et on ne les verra pas en septembre car il n’y en a que cinq qui arrivent. » La secrétaire départementale du syndicat réclame « l’arrivée pérenne de 30, 40 ou 50 collègues ». « Il faut des renforts conséquents, des policiers mutés ici qui auront le temps d’apprendre avec les anciens, de comprendre les problématiques de nos quartiers, et de protéger les habitants contraints d’y vivre qui se demandent ce qu’on est en train de faire. »
Pour aider les enquêteurs du Gard et de l’Hérault, des policiers de l’unité d’investigation nationale ont été envoyés sur place. « L’une des raisons de la création de l’UIN, fin 2023, ce sont justement des affaires de règlements de compte à Nîmes », rappelle à 20 Minutes une source policière bien informée. Les enquêteurs locaux, poursuit cette même source, « ne sont pas assez nombreux ».
« A Nîmes, il y a un marché pour les trafics, et une guerre effrayante entre gangs pour prendre la main sur les points de deal. On ne peut aussi pas exclure que des organisations comme la DZ mafia veuillent prendre la main sur une partie du secteur. » La ville est, selon nos informations, au centre des préoccupations de la direction nationale de la police judiciaire qui évoque ses problèmes lors de réunions stratégiques.





