
L’aviation israélienne a frappé le 16 juillet le quartier général de l’armée syrienne à Damas, poussant les forces gouvernementales à quitter la province druze de Soueïda. « Notre but est de maintenir le sud-ouest du territoire syrien en tant que zone démilitarisée. Nous ne permettrons pas l’établissement d’un second Liban dans ce secteur », a martelé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou pour justifier les frappes de Tsahal sur les positions de l’armée syrienne. Pour la seconde fois depuis le changement de régime en Syrie, l’État hébreu intervient pour protéger la minorité druze. En mai dernier, des F-35 israéliens avaient frappé les abords du palais présidentiel d’Ahmed al-Charaa.
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Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, la communauté druze syrienne, principalement située dans le sud du pays et représentant environ 5 % de la population, est en proie aux instabilités chroniques. Face à la volonté des nouveaux maîtres de Damas de saper les volontés autonomistes des minorités (Druzes, Kurdes, alaouites), les habitants de Soueïda n’ont pas hésité à prendre les armes, tout en recevant l’appui aérien d’Israël.
Tout a commencé dans la journée du 13 juillet, lorsqu’un commerçant druze a été enlevé à un checkpoint par une tribu bédouine. Cet événement a mis le feu aux poudres, engendrant d’intenses combats entre ces deux communautés rivales. Pour apaiser la situation, les forces gouvernementales syriennes, dirigées par une coalition d’islamistes, sont entrées dans la ville de Soueïda le 15 juillet, décrétant un cessez-le-feu. Ils ont amassé des chars et des hélicoptères à l’entrée de la ville. Or les autorités de Damas ont rapidement fait le jeu des groupes bédouins pour mater les volontés autonomistes druzes et centraliser un pouvoir vacillant. En réponse, la communauté druze, bien que divisée sur ses relations avec le gouvernement central syrien, a mobilisé des groupes armés pour se défendre à l’instar de la milice Rijal al-Karama.
Moyennant la conscription obligatoire dans l’armée de Tsahal, cette minorité ethnoreligieuse issue d’une branche du chiisme conserve ses traditions et son particularisme local
L’intervention des forces gouvernementales syriennes aux côtés des tribus bédouines s’est accompagnée d’exactions. Des habitations ont été pillées, brûlées. Dans la ville, reprise temporairement par l’armée d’Ahmed al-Charaa le 16 juillet, des corps sans vie jonchaient le sol des rues désertes. Le personnel d’un hôpital de la province a été massacré. Des combattants islamistes de la nouvelle armée ont forcé des habitants druzes à se raser la moustache, symbole identitaire fort de cette communauté chiite. À quelques encâblures de Soueïda, des miliciens ont également vandalisé et incendié l’église grecque melkite catholique Saint-Michel du village Al-Soura al-Kabira. Les combats ont fait plus de 350 morts. Face aux bombardements israéliens, les troupes d’Ahmed al-Charaa ont été contraints de quitter les lieux le 17 juillet. Malgré les récentes négociations indirectes à Bakou, en Azerbaïdjan, et à Abou Dabi, aux Émirats arabes unis, entre des délégations israéliennes et syriennes pour parvenir à un accord de normalisation entre les deux pays, le gouvernement de Benjamin Netanyahou a menacé d’une intervention militaire dans le sud de la Syrie si les affrontements ne cessaient pas. Les ministres Amichai Chikli et Itamar Ben-Gvir ont même appelé à l’élimination d’Ahmed al-Charaa.
La communauté druze présente en Israël (environ 150 000 personnes) entretient une relation ambiguë avec l’État hébreu. Moyennant la conscription obligatoire dans l’armée de Tsahal, cette minorité ethnoreligieuse issue d’une branche du chiisme conserve ses traditions et son particularisme local. Ce « pacte de sang », instauré depuis la fin des années 1950, a poussé les chefs locaux à demander la protection israélienne pour l’ensemble de la communauté. Indépendamment de cette demande, Israël y voit également un intérêt stratégique pour sanctuariser davantage les hauteurs du Golan. La probable rencontre entre Ahmed al-Charaa et Benjamin Netanyahou en septembre prochain aux Nations unies s’annonce délicate.
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