Les négociations en cours autour d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, menées depuis des mois par le Qatar et l’Égypte, sont entrées dans une phase critique à la suite de la crise politique qui secoue la coalition gouvernementale de Benyamin Netanyahou. Le gouvernement israélien est sur le gril à chaque fois que l’on approche d’un hypothétique compromis car les courants les plus radicaux et les plus orthodoxes rejettent toute idée de discussion avec le Hamas, et les Palestiniens en général.
Dernièrement, le retrait du parti ultra-orthodoxe United Torah Judaism (UTJ) et du Shas a mis sur la sellette le gouvernement israélien, réduisant sa majorité à 50 sièges contre 61 nécessaires, et ouvrant la perspective d’une instabilité politique aiguë dans les semaines à venir. L’État hébreu prendra-t-il le risque de convoquer des élections ?
Cette situation a des conséquences directes sur les discussions diplomatiques. D’une part, Netanyahou, désormais en position de faiblesse, voit sa marge de manœuvre considérablement réduite : il est pris en étau entre les revendications des partis ultra-orthodoxes, qui exigent des garanties sur les exemptions militaires pour les étudiants des yeshivot (les écoles talmudiques), et la pression de ses alliés d’extrême droite qui conditionnent leur soutien au refus de tout compromis avec le Hamas.
Ce contexte interne le pousse à une posture attentiste, voire intransigeante, pour éviter de donner le sentiment de céder à des pressions extérieures – ce qui pourrait précipiter la perte de ses derniers soutiens parlementaires. L’opinion voit cette histoire d’exemption d’un mauvais œil depuis le début, car le pays est en guerre et tout le monde doit contribuer à l’effort de guerre.
Pour les médiateurs qataris et égyptiens, cette fragilité politique à Jérusalem constitue une source majeure d’inquiétude. Leur objectif reste la conclusion rapide d’un accord qui permette de désamorcer une situation humanitaire catastrophique à Gaza, mais aussi de contenir un risque régional plus large. Or, si le gouvernement israélien venait à s’effondrer, ces négociations déjà complexes entreraient dans une zone d’incertitude totale.
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Un gouvernement sur le point de tomber n’a ni la légitimité ni la capacité politique d’imposer un cessez-le-feu durable
La dissolution du gouvernement repousserait toute décision significative de plusieurs mois, jusqu’à la formation d’une nouvelle coalition issue d’élections anticipées. Cela laisserait le champ libre à une escalade militaire prolongée et aggraverait les tensions à la frontière égyptienne et sur le territoire palestinien. Inutile de parler de la question repoussée une nouvelle fois de la libération des otages israéliens et d’une fin de la guerre et des morts à Gaza !
De plus, Doha et Le Caire craignent qu’en cas de chute de Netanyahou, la scène politique israélienne ne soit recomposée autour de figures encore plus radicales, moins enclines à des compromis, voire hostiles aux médiateurs traditionnels que sont le Qatar et l’Égypte. La perte d’un interlocuteur identifié, même affaibli comme Netanyahou, compliquerait leur rôle de facilitateur et pourrait mettre un terme à des semaines de pourparlers laborieux.
Enfin, les médiateurs cités sont désormais persuadés que cette crise interne israélienne affaiblit la crédibilité de toute promesse ou engagement qu’Israël pourrait prendre dans un accord. Un gouvernement sur le point de tomber n’a ni la légitimité ni la capacité politique d’imposer un cessez-le-feu durable face aux exigences de sa propre coalition fracturée et d’une opinion publique israélienne plus polarisée que jamais : l’impopularité de Netanyahou mais la peur de basculer à nouveau dans une zone de turbulence politique qui se retourne clairement contre l’État hébreu et sa population. Qu’on apprécie ou pas l’actuel Premier ministre, sa chute risque de conduire à de bien pires choses encore en Israël et à Gaza.
*Sébastien Boussois est docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l’IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Équipe Sécurité Défense), à l’Institut d’Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l’Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).
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