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Israël-Liban : immersion au cœur d’un front en mutation



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22 Juil 2025
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Israël-Liban : immersion au cœur d’un front en mutation
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Dans la province de Safed, au nord d’Israël, le calme est relatif. Rien à voir avec les échanges de feu nourris de novembre dernier. Depuis début juillet, une dizaine de frappes israéliennes ont visé le Hezbollah. Le front, lui, s’est déplacé. Non plus vers le Liban, mais vers la Syrie, à quelques kilomètres de là, dans les hauteurs du Golan. Objectif : freiner l’enracinement de l’axe pro-iranien de l’autre côté de la frontière.

« Le Hezbollah est affaibli, comparé à ce qu’il était », glisse une source diplomatique israélienne au JDD. À la frontière libanaise, les soldats de la FINUL continuent leurs patrouilles. Mais leur présence divise. « Ils risquent leur vie pour rien », tranche Sarit Zehavi, fondatrice du Centre Alma, spécialisé dans les questions de sécurité au nord d’Israël.

« Sur le terrain, leur influence est quasi nulle. » Au sud du Liban, les Israéliens occupent cinq positions, au-delà de la Ligne bleue tracée par l’ONU. Un pied de nez au droit international ? « C’est vrai, ce n’est pas légal », reconnaît un officier israélien. Mais personne ne respecte le droit international, et on préfère ça à compter nos morts. »

Des écoles au ralenti

Dans ces terres du nord, les critiques de la communauté internationale laissent un goût amer. « Il y a une incompréhension profonde de ce qu’est Israël », souffle un haut responsable local. Le refrain revient souvent : « Nous sommes incompris. » Concernant le cessez-le-feu à Gaza, les autorités israéliennes affichent une volonté nette d’en voir l’application. Mais à leurs conditions. « Il reste encore vingt otages là-bas. Si le Hamas avait déposé les armes et libéré tous les otages, la guerre serait finie depuis longtemps. Appliquer le cessez-le-feu, c’est une question de survie. Sinon, on meurt. Et Israël disparaît. »

L’empathie envers les souffrances du peuple palestinien est clairement exprimée. Mais dès qu’il s’agit de parler du futur des Palestiniens, les discours deviennent flous. « Le vrai problème, c’est qu’ils ne veulent pas vivre à côté d’Israël, mais à sa place », avance l’élu local. Pour les responsables israéliens, c’est ce refus qui explique l’impasse persistante sur la solution à deux États, rejetée, disent-ils, par les dirigeants arabes.

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Tout près de la frontière, les tensions liées au Sud-Liban ne sont jamais bien loin. Certaines familles évacuées n’ont pas regagné leurs foyers. Les écoles tournent au ralenti. Et convaincre les étudiants de revenir étudier dans la région est un défi. « Les gens n’ont plus confiance en Tsahal », lâche Assaf Langelvan, président du conseil régional de Haute-Galilée. L’espoir, ici, c’est de reconstruire vite, tourner la page, et retrouver l’effervescence d’avant-guerre. Les villages rêvent déjà du retour des touristes et d’une vie normale, loin des sirènes et des abris.

Au Liban, la France pourrait faire beaucoup plus

Les relations avec la France ? Assaf Langelvan les qualifie de fluctuantes. « Il y a des hauts et des bas », reconnaît-il, tout en pointant du doigt « certaines critiques du gouvernement français, parfois injustes ». Pour autant, il salue le soutien de Paris au peuple libanais. « Nous remercions la France d’aider nos amis libanais », dit-il, avant de nuancer : « Elle pourrait faire beaucoup plus, notamment sur le plan financier. »

Lui parle depuis une région sous tension constante. « La guerre au Liban a touché à ma sécurité, et à celle de mes enfants ». Il avertit : « Si le Hezbollah se réarme, nous devrons continuer les combats. Il faut empêcher qu’un autre 7 octobre se reproduise. » Pour ce responsable local, la réponse dépasse la seule sphère militaire : « L’avenir passe par l’éducation de nos enfants. Ne pas y être fermes, c’est renoncer à exister. »

Bombarder la Syrie, une erreur ?

Depuis dix-sept ans, le Hezbollah prépare l’éventualité d’une invasion en Israël. Le mouvement chiite libanais a creusé des tunnels sophistiqués, bien plus robustes que ceux du Hamas. Ils sont équipés en électricité, ventilés, parfois climatisés, taillés pour durer. Les livraisons d’armes s’y poursuivent sans interruption, parfois en provenance de Chine ou de Corée du Nord, souvent dissimulées dans des ambulances ou des convois humanitaires. La contrebande contourne les radars. Pour sensibiliser l’opinion publique internationale, Tsahal joue sur l’échelle des comparaisons.

« Le 7 octobre, c’est 1 200 morts, rappelle un soldat. En proportion, ça équivaut à 15 000 morts en France. » Même logique pour les otages : près de 250 personnes enlevées ce jour-là, l’équivalent de 2 500 Français à l’échelle de la population. La question ne tarde pas à arriver : « Auriez-vous attendu de la France qu’elle ne réagisse pas ? »

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Un peu plus loin, le JDD retrouve Gideon Harari. Pendant vingt-cinq ans, cet ancien officier du renseignement militaire israélien a servi au sein d’une unité spécialisée dans le recrutement et l’exploitation d’agents dans les pays arabes. Il connaît la ligne bleue comme sa poche. C’est lui qui nous guide jusqu’à la zone de Kfar Kila, une commune libanaise située au nord de Metula, dans ce mince corridor du nord d’Israël qu’on appelle le « doigt de Galilée ».Ici, tout a été rasé. Un village fantôme. Tsahal a frappé fort, volontairement. « C’est un message », souffle Harari. Une manière de dire aux habitants des alentours : si vous collaborez avec le Hezbollah, vous risquez de perdre votre maison. » Dans ce village libanais, il ne reste que des ruines.

Dans ce mince corridor du nord d’Israël appelé le « doigt de Galilée », Tsahal a frappé fort : tout a été rasé

L’ancien officier ne cache pas ses désaccords avec la stratégie actuelle du gouvernement. « On doit faire la paix avec nos ennemis », lâche-t-il. Pour lui, bombarder la Syrie était une erreur. Ancien spécialiste des services de renseignement, il plaide pour une ligne plus diplomatique avec le nouveau pouvoir syrien. « On doit collaborer avec le président al-Charaa. C’est quelqu’un de très pragmatique. Le problème, ce n’est pas lui, c’est son entourage », affirme-t-il, inquiet de voir s’effriter unfragile dialogue amorcé ces derniers mois entre Damas et Jérusalem.

Selon lui, Israël risquerait de briser une relation encore balbutiante, mais porteuse d’espoir. « On était en train de construire quelque chose. Ce n’est pas le moment de tout réduire en cendres ». Une vision que ne partage pas Sarit Zehavi, la présidente du Centre de recherche Alma. Elle défend la récente frappe israélienne sur Damas. « Un accord avait été passé avec les Syriens : pas de déploiement militaire à Soueida. Ils l’ont violé en attaquant la communauté druze. Israël a répondu. »

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Et d’ajouter : « C’était peut-être un test, une provocation calculée pour jauger notre réaction. » Mais au-delà des divergences d’analyse, une certitude s’impose : car même si beaucoup affirment que « l’Iran a déclaré la guerre à l’État hébreu le 7 octobre 2023 », un autre acteur pourrait bien rebattre les cartes au Proche-Orient. Depuis la crise de Soueida en Syrie, la Turquie a durci le ton contre l’Etat Hébreu. Ankara multiplie les condamnations et renforce sa posture régionale. Ici, certains murmurent que la menace turque pourrait, à terme, dépasser celle de Téhéran.

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