Ils volent, frappent, observent et harcèlent. En Ukraine, les drones sont devenus bien plus que de simples outils de reconnaissance : ce sont de véritables armes stratégiques, redéfinissant les contours de la guerre contemporaine. En mai dernier, lors de l’opération « Toile d’araignée », Kiev a détruit ou endommagé plusieurs bombardiers stratégiques sur le territoire russe, causant des pertes estimées à 7 milliards d’euros selon Volodymyr Zelensky.
En 2024, l’Ukraine disposerait de plus de 1,5 million de drones de différents types. « L’Ukraine est désormais le leader mondial de la guerre par drones », déclarait Zelensky le 15 février sur son compte X. Et ce n’est pas tout : en juin, le général Vincent Breton, directeur du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations, annonçait la livraison prévue de 4 millions de drones en 2025, soit environ 10 000 par jour.
Depuis le début du conflit, les pertes russes dues aux attaques de drones kamikazes ou d’appui se chiffreraient à plusieurs milliards de dollars en équipements (chars, radars, systèmes de défense aérienne). Mais l’efficacité des drones ne se limite pas aux conflits ukrainien ou israélo-iranien : on les retrouve également au Soudan, utilisés par des groupes armés pour infliger des dégâts significatifs.
Dans ce contexte, quels sont les drones de combat les plus redoutés ? Voici un classement – subjectif – des six engins qui se sont illustrés par leur efficacité opérationnelle, leur autonomie, leur capacité d’emport et leur impact stratégique.
6. Bayraktar TB2 – Turquie
Le « TB2 » est surnommé la « Kalachnikov » du XXIᵉ siècle. Presque dépassé, cet engin trouve une place dans ce classement tant il a révolutionné les conflits. Le TB2 s’est illustré en Afrique et avec éclat lors du conflit du Haut-Karabakh (2020), détruisant des systèmes S-300 arméniens, des blindés et des radars. En Ukraine, il a été un symbole de résistance au début du conflit, neutralisant des colonnes russes, des systèmes de défense aérienne Pantsir-S1 et un navire dans la mer Noire. Développé par la société turque Baykar, le Bayraktar est un drone MALE (moyenne altitude, longue endurance). Il dispose d’une autonomie de 27 heures, d’un plafond opérationnel de 7 600 mètres et d’une capacité d’emport de 150 kg (munitions intelligentes MAM-L et MAM-C).
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Cependant, chaque drone devient rapidement obsolète, expliquent les experts. Avec le temps, c’est devenu le cas du « TB2 ». Peu rapides (vitesse de croisière de 130 km/h), les Bayraktar TB2 sont devenus trop vulnérables et ont presque disparu du ciel ukrainien. Accessible à petit prix, médiatiquement puissant, il a toutefois marqué l’entrée des drones dans la guerre d’image.
5. S-70 Okhotnik-B – Russie
En octobre 2024, les images d’un avion abattant un autre aéronef à l’aide d’un missile au-dessus de l’Ukraine, puis celles de l’épave de l’appareil, ont largement circulé sur internet. Après analyse, le drone furtif russe S-70 Okhotnik-B aurait été touché par un missile tiré par un chasseur… russe. Si certains observateurs ont immédiatement moqué l’armée russe, il ne semble pas s’agir d’une erreur : le missile aurait été tiré pour abattre un drone lourd ne répondant plus, afin qu’il ne tombe pas entre les mains de l’ennemi.
Un chasseur russe détruit… un drone russe
Pas encore admis au service actif et toujours en phase de développement, l’aéronef n’a été aperçu que rarement ces dernières années. Mais il ne fait aucun doute qu’il sera l’un des drones les plus perfectionnés. Développé par Sukhoi, le S-70 Okhotnik-B est un drone de combat furtif aux allures de bombardier. Avec une envergure de 20 mètres, une longueur de 14 mètres et une masse au décollage d’une vingtaine de tonnes, il serait capable de voler à 1 000 km/h et d’emporter 2,8 tonnes de munitions, réparties dans deux soutes.
Doté d’une autonomie estimée à plus de 5 000 km, il est conçu pour opérer en tandem avec les chasseurs Su-57 dans un rôle de « loyal wingman » ou « équipier fidèle ». Ses capacités de pénétration, sa furtivité radar et sa puissance de frappe en font un vecteur stratégique d’avenir. Il pourrait transporter des missiles hypersoniques ou des munitions guidées à longue portée, visant des cibles stratégiques en profondeur.
4. Shahed-136/Geran-2 – Iran
Moscou a récemment intensifié sa campagne de bombardements par drones en Ukraine, atteignant des niveaux sans précédent. Selon le Wall Street Journal, citant une analyse du Center for Information Resilience, la Russie aurait employé plus de 20 000 drones d’attaque et leurres en 2025. Parmi eux, une grande majorité seraient des Shahed-136. Dans la guerre entre Israël et l’Iran, cet engin a été l’arme numéro un de Téhéran. En juin dernier, à la suite d’une opération d’envergure menée par Israël contre des installations nucléaires, militaires et civiles à Téhéran et ailleurs dans le pays, une horde de drones a fait route vers l’État hébreu, qui les a majoritairement interceptés.
Développé par l’Iran et massivement utilisé par la Russie sous l’appellation Geran-2, le Shahed-136 est un drone kamikaze de longue portée. D’une autonomie d’environ 2 000 km, il vole à basse altitude pour éviter les radars et peut transporter 30 à 50 kg d’explosifs. Ce drone bon marché (quelques dizaines de milliers de dollars) a la capacité de saturer l’espace aérien. En Ukraine, il est utilisé pour viser des infrastructures énergétiques, des postes de commandement ou des batteries antiaériennes.
3. Wing Loong II – Chine
Les Wing Loong II, également appelés « Pterodactyl II », sont des drones de combat et de reconnaissance de type MALE (moyenne altitude, longue endurance), conçus par Aviation Industry Corporation of China (AVIC). Polyvalents et endurants, ils figurent parmi les modèles les plus performants de leur catégorie. Capables d’emporter jusqu’à douze bombes ou missiles téléguidés par laser, les Wing Loong II disposent d’une autonomie de vol d’environ 20 heures, d’un plafond opérationnel de 9 000 mètres et d’une charge utile de 400 kg répartie sur six points d’emport.
Ils sont également équipés de capteurs électro-optiques et infrarouges, leur permettant de mener des missions de renseignement en temps réel grâce à une liaison satellite. Le Wing Loong II a été déployé par plusieurs pays, notamment les Émirats arabes unis, l’Égypte, l’Arabie saoudite, le Nigeria ou encore l’Éthiopie, dans le cadre de conflits où il a mené des frappes ciblées contre des véhicules, des groupes armés et des infrastructures stratégiques. En Libye, par exemple, les forces du maréchal Haftar s’en sont servies dans le cadre de campagnes de bombardement, avec un impact opérationnel notable.
2. Drones FPV – Ukraine
Fruit de l’inventivité ukrainienne, les drones FPV (First Person View), ou pilotage en immersion, sont des engins légers destinés à l’origine à un usage civil. Sur le plan opérationnel, pour un coût allant de 500 à 3 000 euros, ils sont déployés pour la reconnaissance avancée, le marquage de cibles et le renseignement en temps réel, facilitant la manœuvre et l’adaptation rapide des unités sur le terrain. « Cette combinaison de technologie de pointe et de doctrine tactique renforce la supériorité opérationnelle et l’agilité des forces engagées », explique l’armée de Terre française, qui multiplie les entraînements avec ce type d’aéronef.
Souvent imprimés en 3D, pilotés comme des drones de course et équipés de charges explosives de 1 à 2 kg, leur autonomie est limitée à quelques kilomètres, mais leur précision est redoutable. Ils sont aujourd’hui déployés par milliers sur tous les fronts du conflit ukrainien. Pilotés en temps réel via des lunettes VR, ils peuvent viser les trappes de chars, les positions retranchées ou les véhicules en mouvement. Moins chers qu’un obus d’artillerie, ils offrent un avantage tactique considérable. En 2023, des brigades ukrainiennes ont revendiqué la destruction de plusieurs centaines de blindés russes grâce à ces engins.
1. MQ-9 Reaper – États-Unis
Conçu par General Atomics pour l’US Air Force, le MQ-9 Reaper est un drone de combat à long rayon d’action, capable de mener des frappes de précision à grande distance. Avec une autonomie de 27 heures, un plafond de vol de 15 000 mètres et une capacité d’emport de 1 700 kg d’armements variés (missiles Hellfire, bombes guidées GBU-12, JDAM), il représente le sommet de la technologie occidentale. Au total, une quinzaine de pays en sont dotés, dont la France. Au nombre d’une dizaine d’unités au sein des armées françaises, il a été largement utilisé lors de l’opération Barkhane ou encore pendant les Jeux olympiques 2024.
Son efficacité a également été démontrée en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et au Sahel, où il a mené des dizaines de frappes ciblées, souvent dans des environnements hostiles. En 2020, c’est un MQ-9 qui a éliminé le général iranien Qasem Soleimani à Bagdad, lors d’une opération d’une précision stratégique. Déployé de manière plus discrète en Ukraine, il assure aussi des missions de renseignement au profit de Kiev. Pour cela, l’appareil est notamment équipé, sous son ventre, d’une boule optronique avec une caméra permettant de zoomer « à de très grandes distances », de voir « dans le champ infrarouge pour détecter les sources de chaleur » et de « repérer les sources lumineuses de nuit », explique un officier français.
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