Le JDNews. C’est rare d’interviewer un dirigeant en poste depuis quarante-cinq ans…
Jean-Pierre Blanc. Ah, ça n’existe pas ! (rire) Je suis dans une phase de transition. Il y a trois ans, j’ai embauché Clémentine Alzial, qui me succédera. Elle a la même vision de l’économie du café et de ce que doit être le monde de demain. J’ai mis deux ans pour la trouver. Comme on s’entend bien, je suis encore là… (sourire) Dans dix jours, je vais dans une de nos coopératives en Birmanie. C’est la passion qui m’anime.
Peut-on dire que Malongo est un challenger du marché du café ?
On est un petit parmi les gros et un gros parmi les petits. On nous pense souvent plus gros que nous sommes parce qu’on fait 140 millions d’euros de chiffre d’affaires, qu’on a 400 employés, qu’on est connus en France et qu’on exporte à l’étranger.
Vous êtes le numéro 1 en France du café commerce équitable, et vous êtes à l’origine de ce choix chez Malongo…
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On m’a pris pour un fou à l’époque… Je travaillais déjà pour trouver des cafés d’origines différentes et surtout des cafés biologiques. Au début des années 1990, on m’a donné une adresse au fin fond du Mexique. J’y suis allé et j’ai rencontré un prêtre hollandais, Francesco van der Hoff, cofondateur du label Max Havelaar, et un couple de paysans qui vivait dans une petite masure en briques. Je me souviens qu’il m’avait offert comme petite collation du maïs bouilli avec quelques morceaux de tomates. Cette expérience m’a tellement touché qu’à mon retour en France, j’ai dit aux équipes : « J’ai trouvé un café qu’on va payer plus cher, mais que personne ne connaît ! » (rire) Je me suis accroché à ce projet et il a fallu attendre 1997 pour voir la première boîte, celle que vous avez encore en magasin, la blanche avec les images des petits producteurs dessus. C’est moi qui ai pris ces photos ! J’ai eu la chance que les patrons de Monoprix et Carrefour soient sensibles à ma démarche et m’ouvrent leurs portes.
Comment résumer le principe du commerce équitable ?
C’est d’abord une coopérative de petits producteurs dans laquelle il y a une gouvernance tournante. C’est ensuite un prix minimum garanti, même quand les cours du café sont très bas. Et puis, c’est une prime de développement. L’an dernier, nous avons versé environ 3 millions de dollars. Ça finance des programmes pour l’éducation, pour la santé, pour améliorer le niveau de vie… Aujourd’hui, le commerce équitable est un concept économique qui a fait ses preuves. Pour nous, c’est au Mexique, au Honduras, en Bolivie, en Colombie, mais aussi en Éthiopie, au Burundi, au Zimbabwe, au Congo, et également au Laos et en Birmanie.
Vous participez même à la lutte contre le trafic de drogue dans certains pays ?
C’est un partenariat avec l’Office des Nations unies contre la drogue et les criminalités (ONUDC). On a commencé il y a huit ans en Birmanie chez un producteur qui avait remplacé ses pieds de pavots par du café.
« Notre modèle économique apporte une solution à la déforestation ou à l’exode rural »
Mais il n’avait pas de débouchés. Donc, j’ai dit que j’étais prêt à vendre son café à condition qu’il soit de qualité. Comme ça a bien marché, on a fait la même chose au Laos, puis en Bolivie et en Colombie avec la coca. Notre modèle économique répond à des questions de société. C’est aussi une partie de la solution face à la déforestation ou à l’exode rural, par exemple.
Votre discours se heurte à la réalité du marché du café, une matière qui est cotée…
Ça, c’est scandaleux ! Le marché tel qu’il existe a été créé pour réguler les périodes de production et de consommation. Mais aujourd’hui, les places de marché sont devenues de véritables outils de spéculation. C’est le casino. On voit des écarts de prix sur une même journée, à la hausse comme à la baisse, du fait des traders. Ils mettent des milliards sur la table et font péter le marché. Le café est devenu la cryptomonnaie des matières agricoles. On doit sortir de ce schéma quelle que soit nos convictions. Et ça ne veut pas dire revenir à la lampe à huile, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit !
Les Français sont-ils sensibles au commerce équitable ?
Oui, même si c’est vrai que vous ne retrouvez pas ce label dans le panier d’achat de tous ceux qui y sont sensibles. Le commerce équitable est passé dans l’état d’esprit, mais pas encore dans le caddie de la ménagère. C’est un peu comme avec le « made in France ».
Comment avez-vous fait pour relocaliser la production de votre machine à dosettes de Chine en France ?
J’ai été pris pour un fou, une fois de plus ! (rire) J’ai été plusieurs fois en Chine et je ne comprenais pas pourquoi on n’était pas capables de faire la même chose, quitte à être un peu plus chers. J’ai compris qu’il fallait de l’innovation. Nous avons donc revu notre façon de produire, en travaillant en amont sur l’écoconception pour avoir moins de pièces à monter. Résultat : on a 70 pièces sur notre machine fabriquée en France contre 140 sur celle qui l’était en Chine. Et puis, je voulais qu’on produise la même quantité de machines tous les jours de l’année. C’est ce qu’on fait : 300 machines par jour, quelle que soit la période. En 2022, on a racheté le matériel d’un sous-traitant à La Roche-sur-Yon et on a repris son personnel. Tous les fournisseurs sont dans un rayon de 80 kilomètres.
Et vous affichez un prix plutôt compétitif (119,90 euros)…
Moi, je ne veux pas que mon client change de machine à café tous les deux ans. Donc je la garantis cinq ans et je fais l’échange gratuitement à domicile. Personne n’avait vu ça. Ça nous oblige à ce qu’il n’y ait pas de panne mais ça a du sens. On fait aussi de la seconde vie pour faire durer l’objet le plus longtemps.
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