
Ce jour-là, aux alentours de 17h30, un sac noir dissimulé sous un siège du wagon 6 d’une rame du RER B explose brutalement. La charge contenait une bonbonne de gaz remplie d’écrous et près de six kilos de poudre noire, activée par un retardateur. L’explosion projette des débris, brise les vitres, déforme le toit et endommage les banquettes. La station est plongée dans l’obscurité, tandis que le vacarme laisse place à la panique.
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Le bilan est lourd : huit personnes perdent la vie, tandis qu’environ 150 autres sont blessées, certaines grièvement, nécessitant des amputations d’urgence sur place. La place Saint-Michel se transforme en un vaste poste de secours improvisé, avec près de 500 intervenants mobilisés.
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Le contexte et les pistes d’enquête
Cette attaque inaugure une vague de terreur qui, en l’espace de trois mois, verra huit attentats à la bombe frapper la France, poussant les autorités à mettre en place leur premier plan national de gestion des crises terroristes. Très rapidement, les enquêteurs s’orientent vers une piste islamiste algérienne.
Le Groupe islamique armé (GIA), un groupe radical lié à la guerre civile algérienne, est suspecté. Le conflit algérien s’exporte ainsi sur le sol français. À cette période, le meurtre de l’imam Sahraoui, assassiné deux semaines plus tôt dans une mosquée parisienne, reste dans toutes les mémoires. Cet imam, connu pour ses positions pacifistes, avait cofondé le Front islamique du Salut (FIS), organisation alors visée par le GIA. Malgré les investigations, cette affaire reste non élucidée, plusieurs hypothèses demeurant ouvertes, notamment en lien avec les tensions en Bosnie, où la France est engagée militairement.
En attendant les résultats des analyses scientifiques, notamment sur la poudre utilisée, les autorités multiplient les efforts pour recueillir tout renseignement utile. La tension est telle que le ministre de l’Intérieur de l’époque instaure une récompense d’un million de francs pour toute information menant à l’identification ou à l’arrestation des responsables.
Le 17 août 1995, les craintes se confirment avec une nouvelle explosion place de l’Étoile, à proximité de l’Arc de Triomphe. Une bombe artisanale dissimulée dans une poubelle explose vers 17 heures. Composée d’une bonbonne de gaz et d’éléments métalliques comme des clous et boulons, elle fait dix-sept blessés, dont trois grièvement. Aucune revendication ne suit immédiatement l’attentat.
« Embrasser l’islam »
Quelques jours plus tard, une lettre signée du GIA est adressée au président Jacques Chirac, lui enjoignant d’« embrasser l’islam » pour instaurer la paix. En coulisses, les autorités françaises envisagent également une piste plus complexe, celle d’une manipulation des services algériens visant à déstabiliser la situation en France. Cependant, la piste du GIA restera officiellement privilégiée.
Une enquête marquée par une chasse à l’homme
La traque s’intensifie, notamment avec la découverte d’indices sur un terroriste clé : Khaled Kelkal, un jeune radicalisé connu des services de police. Une chasse à l’homme débute et ne se terminera que trois semaines plus tard lors d’une fusillade avec les forces de l’ordre près de Lyon : « l’homme le plus recherché de France » est abattu. Sa mort entraîne une série d’attentats en représailles, notamment à la station « Maison-Blanche » ou « Musée d’Orsay », faisant plusieurs blessés.
La police réussira finalement à démanteler le réseau du GIA, grâce à de nombreuses écoutes téléphoniques, notamment avec l’arrestation de Boualem Bensaïd. La vague d’attentats prend fin mais le cerveau de l’opération, Ali Touchent, lui, reste introuvable. Les militaires algériens annonceront finalement sa mort en Algérie lors d’une fusillade à la fin des années 1990.
Ce dernier est condamné pour son rôle dans plusieurs attentats à Paris. Lors du procès, il a nié toute implication dans ces attaques ainsi que son appartenance au GIA. Trente ans après ces faits, la justice française a récemment validé sa libération, prévue pour le 1er août prochain, sous réserve qu’il soit expulsé vers l’Algérie, une décision confirmée par la cour d’appel de Paris suite à une demande de remise en liberté.
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