Le JDD. Après avoir été élue députée en 2022 puis d’avoir vu votre mandat annulé en raison d’imbroglios administratifs, vous êtes entrée au Parlement européen en 2024. Pourquoi vouloir maintenant briguer la mairie de Reims ?
Anne-Sophie Frigout. Je suis née, j’ai étudié et j’ai enseigné à Reims. J’aime viscéralement la cité des Sacres, qui est une ville très importante pour l’histoire de France. Alors je me sens naturellement concernée par son déclin récent, entre l’insécurité galopante et politique anti-voiture qui plombe l’économie locale.
Que prévoyez-vous pour renforcer la sécurité en ville ?
Aucun quartier n’est épargné par le trafic de drogues et par les rixes. Reims a besoin d’un choc de sécurité. Pour cela, il faut nécessairement renforcer les effectifs de police. Je souhaite porter à 200 le nombre d’agents municipaux, en créant 69 postes supplémentaires. À l’image de ce qui a été instauré à Cannes, je veux imposer des travaux d’intérêt général aux collégiens et aux lycéens indisciplinés afin de lutter contre le sentiment d’impunité chez les mineurs et de prévenir la récidive.
Ce qu’il nous faut, c’est une politique de tolérance zéro contre les incivilités, avec une brigade dédiée, qui pourra identifier et verbaliser les comportements empoisonnant le quotidien des habitants. Parmi les nombreux problèmes récents, je pense notamment aux dépôts sauvages : les Rémois sont nombreux à se plaindre des amoncellements de déchets dans certains quartiers, notamment les plus populaires.
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Que prévoyez-vous pour redynamiser le centre-ville de Reims, étranglé par une politique écologique jugée trop restrictive ?
Ras-le-bol de l’écologie punitive ! À travers une politique positive, je souhaite attirer plus de visiteurs en ville en proposant notamment la gratuité des transports en commun pour les moins de 25 ans et les plus de 60 ans. Le but : faciliter la mobilité, réduire la circulation de voitures et redonner un peu de pouvoir d’achat à des personnes qui touchent de petites retraites ou à des étudiants en difficulté.
« Il faut arrêter de subventionner des lieux qui se rendent volontairement complices de l’ultragauche »
Je tiens également à soutenir l’économie locale et les commerces de proximité, qui font face à des travaux incessants à Reims depuis des mois. Je ne conteste pas les projets en soi, ils peuvent être pertinents, mais ces travaux sont désorganisés. Je veux aussi lancer l’opération « Samedi en ville », consistant à rendre les parkings gratuits pendant deux heures une fois par mois. Ce sera un véritable coup de pouce pour attirer les Marnais et pour inciter des Rémois à venir faire leurs achats en centre-ville plutôt que dans des centres commerciaux en périphérie.
Vous avez enseigné l’histoire-géographie au collège à Reims. Quelles sont vos ambitions pour l’éducation dans votre ville ?
En tant que conseillère régionale du Grand Est, j’avais proposé l’expérimentation de l’uniforme dans les lycées l’année dernière. Le maire de Reims s’y était opposé, avant de finalement le mettre en place dans certaines écoles cette année. Cette expérimentation semble porter ses fruits. C’est une bonne chose pour remettre de la cohésion. Je soutiens donc la généralisation du port de l’uniforme à l’école.
Par ailleurs, je pense qu’il faut sensibiliser les jeunes au patrimoine de notre ville et à la protection animale, à laquelle je suis particulièrement sensible.
Vous êtes régulièrement ciblée par l’ultragauche. Votre permanence a été saccagée début juillet après que vous ayez empêché la tenue d’une conférence antifasciste à l’université de Reims. Comment votre combat contre cette mouvance se traduirait-il politiquement si vous étiez élue maire ?
Il faut arrêter de subventionner des lieux qui se rendent volontairement complices de l’ultragauche, comme certaines associations qui servent de terreau à l’idéologie violente des antifas. Oui, je suis ciblée régulièrement mais il ne faut pas céder face à eux.
Je suis la seule élue à Reims à m’insurger contre cette mouvance. Certes, le maire Horizons, Arnaud Robinet, a rapidement pris des mesures pour sécuriser ma permanence en installant une barrière et en envoyant un équipage de police, mais il n’a pas suspendu pour autant les subventions municipales de 43 000 euros accordées aux associations qui soutiennent ces antifas.
Sur quels autres sujets avez-vous des reproches à faire à votre opposant du parti d’Édouard Philippe ?
Ces dernières années, il a pris des positionnements assez étonnants, comme le fait de proposer [dans une lettre adressée à l’ancien Premier ministre, Jean Castex en 2020, NDLR] la candidature de la ville pour expérimenter la légalisation du cannabis. Une initiative surprenante pour un homme venant de la droite. Cela a choqué beaucoup de gens d’autant plus qu’Arnaud Robinet est aussi président de la Fédération Hospitalière de France.
« Aux dernières élections européennes, le RN a été le premier parti dans la ville »
Il a également eu beaucoup de mépris envers certains administrés qui s’interrogeaient sur sa politique et demandaient des réponses sur l’insécurité ou sur les travaux dans la ville. Il leur a même vivement répondu sur les réseaux sociaux, avant de faire des excuses publiques [dans un article de L’Union publié le 4 juillet dernier]. Un maire ne devrait pas dire ça.
Vous avez été élue eurodéputée en juin 2024. Le RN a effectué une percée à Reims. Pensez-vous que 2026 peut être l’année d’un basculement pour le parti ?
Aux dernières élections européennes, le RN a été le premier parti dans la ville. On a fait quasiment le double de la liste Renaissance de Valérie Hayer. Cela montre que la population locale a besoin d’un vrai changement, d’un programme sérieux et crédible, dont je dévoilerai l’ensemble des mesures au fil de ma campagne. Reims a besoin d’un électrochoc, et donc d’une maire à temps plein, dont la priorité absolue est de servir les Rémois.
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