
Tout a commencé le soir de la finale de la Ligue des champions. Début d’été 2025, il fait beau, le ciel est bleu, et pourtant une partie de la population ne peut plus sortir, pas même pour fêter notre victoire : les femmes. Et pour cause : elles n’ont plus leur place dans ce type d’événement, au risque de se faire tripoter, insulter, ou recevoir des tessons de bouteille. Par prudence, elles préfèrent rester cloîtrées chez elles et éviter de se faire lyncher sur la place publique.
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Le foot, ce sport censé rassembler, n’est plus fédérateur. Il est devenu désolidarisateur. Paris a peut-être gagné ce soir-là. Mais la France, elle, a perdu un peu de sa légitimité.
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Puis est venue la fête de la musique. Plus de 145 piqûres recensées à travers notre douce France. Triste note amère d’un événement culturel qui a viré en rave party toxique. Comme beaucoup de femmes, je n’ai pas osé mettre un pied dehors. La société avait pourtant prévenu, en amont, sur les réseaux sociaux. Mais une fois la fête terminée, le gouvernement a répondu avec quelques… dissonances.
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En première note, la porte-parole de la Police nationale, Agathe Foucault, a appelé à « relativiser » le phénomène. « Ces appels (à piquer) ont certes existé, mais ils n’ont pas été massifs », a-t-elle affirmé. Puis Gérald Darmanin, dans une partition postérieure, nous a joué une circulaire en parfait accord avec la chanson que la société, elle, avait déjà écrite. Un simple copier-coller des Français, comme un mauvais remix sans écoute.
Continuons sur notre lancée avec le 14 juillet.
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Après avoir déjà subi quelques railleries, il n’en fallait pas plus à la mairie de Paris pour nous présenter ses nouvelles résolutions. Hélène Bidard, adjointe communiste à la Ville de Paris, en charge notamment de l’Égalité femmes hommes, a évoqué les safe places, ces lieux censés protéger les femmes en cas d’agression. Des safe places qui, soit dit en passant, me paraissent aujourd’hui plus que nécessaires. Mais qui ne font que souligner l’échec plus large de notre société : celui d’assurer notre sécurité partout, tout le temps.
La violence ne s’est pas mise en veille. Elle continue, en plein cœur de l’été
Et ces safe places, aussi utiles soient-elles, deviennent le cache-misère d’une hypocrisie politique. Une manière de faire croire aux femmes que le problème est résolu, que des mesures sont prises, que tout va bien. Une gauche qui, après s’être épuisée sur les violences conjugales, tente désormais de reprendre la main sur la question de la sécurité dans l’espace public.
Mais visiblement, cela n’a pas suffi.
Après un mois à agiter des promesses, à marteler le mot « insécurité » sur tous les plateaux, les politiques ont refermé le dossier. Mis sous pli jusqu’à la rentrée. Car pendant qu’ils bouclaient leurs valises, deux femmes, elles, ont déjà été agressées. L’une, pour avoir simplement tenté de garder son téléphone, a reçu trois coups de couteau. Trois coups qui auraient pu lui coûter la vie. L’autre a été étranglée, en plein Champ-de-Mars, regardée droit dans les yeux par son agresseur, juste parce qu’il voulait lui voler son chien.
La violence, elle, ne s’est pas mise en veille. Elle continue, en plein cœur de l’été. Et pendant que les décideurs savourent leurs congés, armés de leurs résolutions creuses et de leurs éléments de langage, d’autres femmes, elles, n’ont toujours pas eu le temps de panser leurs plaies. Finie d’être « une femme libérée » comme dans les années 1980, celle où les femmes dansaient en minijupe dans la rue, insouciantes, la tête haute, le walkman aux oreilles. Aujourd’hui, laissons place à la France n’ayant pas réussi « l’amalgame de l’autorité et du charme ».
Elle trébuche entre deux extrêmes : l’autorité à géométrie variable et une liberté toujours conditionnelle. On prétend défendre les femmes tout en leur demandant d’être prudentes, invisibles, silencieuses. On enrobe l’inaction de jolis mots, on fait de la peur une habitude, et de la résignation une solution. Alors, que va-t-on laisser demain à nos enfants ? Une génération habituée à avoir peur, à se taire, à se censurer pour exister ? Qui sera la prochaine à payer le prix d’un été qu’on n’a pas su protéger ?
Source : Lire Plus






