C’est une note confidentielle adressée cette semaine à Bruno Retailleau, que le JDD s’est procurée en exclusivité. Un état des lieux détaillé de l’immigration sur les six premiers mois de 2025, censé mesurer les effets de la ligne dure désormais assumée par la place Beauvau. Si les chiffres confirment certaines inflexions, ils mettent aussi en lumière plusieurs angles morts.
Premier indicateur scruté : les visas de long séjour, seuls pleinement du ressort du ministère de l’Intérieur. Ils enregistrent une baisse de 2,6 % par rapport au premier semestre 2024, et de 5,2 % sur la période octobre juin. Le ministère y voit un effet direct de l’action de Bruno Retailleau. Du côté de l’asile, les premières demandes reculent de 5,8 %, mais le volume global – incluant les réexamens – progresse légèrement (+ 0,6 %). La France reste le deuxième pays d’accueil en Europe, derrière l’Espagne, devant l’Allemagne.
Sur le terrain de l’éloignement, en revanche, Beauvau affiche ses résultats : + 15,9 % d’expulsions, dont + 22,6 % de départs forcés
Mais c’est sur les titres de séjour que les chiffres interrogent. Les admissions exceptionnelles (AES) chutent de 34 %, un point que le ministre met en avant comme un symbole de rigueur. Mais dans le même temps, les primo délivrances explosent : + 22,3 % sur le semestre. Une hausse tirée par les titres familiaux (+ 5 %), étudiants (+ 7,4 %), et surtout les protections humanitaires : + 76,6 % pour les bénéficiaires de l’asile, + 183,5 % pour les bénéficiaires d’une protection temporaire. Autrement dit : moins de régularisations discrétionnaires, mais plus de titres légaux. La pression migratoire, elle, reste constante.
Sur le terrain de l’éloignement, en revanche, Beauvau affiche ses résultats : + 15,9 % d’expulsions, dont + 22,6 % de départs forcés. Les interpellations d’étrangers en situation irrégulière grimpent de 14,9 %. Des chiffres en nette hausse, portés par la réactivation de la PAF, l’extension des CRA et la circulaire Retailleau sur les OQTF. « Une très forte activité », souligne la note.
Enfin, l’accès à la nationalité, que le ministre a voulu restreindre, reflue lui aussi : – 8,4 % de naturalisations au premier semestre, – 17 % depuis octobre. En cause : le durcissement des critères par décret, acté début mai. Une baisse symbolique, mais dont le poids réel reste modeste face à l’augmentation massive des protections humanitaires.
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Bilan d’étape : Bruno Retailleau peut se prévaloir d’un virage assumé sur les naturalisations, les régularisations discrétionnaires et les expulsions. Mais le tableau d’ensemble révèle une immigration légale qui s’adapte et s’accroît. La doctrine de fermeté imprime sa marque, mais sans enrayer la dynamique des flux.
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